Restrepo 3


Produit par National Geographic, Restrepo marque une étape dans le « genre » documentaire car il propose de placer le spectateur au plus près de la guerre. Pour se faire, deux reporters ont suivi une unité de soldats, en déploiement dans la vallée de Korengal en Afghanistan.  Les américains ont occupé cette région stratégique de 2005 à 2010 et affrontent presque quotidiennement les talibans. Restrepo est le nom donné par les soldats à un poste avancé, en souvenir d’un des leurs, mort au combat.

En s’engageant dans cette mission, les deux réalisateurs Tim Hetherington et Sebastian Junger étaient donc quasiment sûr de capter des moments de « tactac boumboum » (c) Léo.  Le plus étonnant avec ce film est qu’il n’est pas étonnant. On y voit des scènes de la vie quotidienne des soldats et bien sûr des accrochages avec les talibans. Le truc, c’est que ça ressemble à n’importe quelle fiction sur la guerre. On parlait récemment de Generation Kill ou Démineurs. Eh bien, Restrepo pourrait être une fiction, un « documenteur », ça ne ferait aucune différence. On y retrouve l’esprit de corps, la forte motivation pour « faire le boulot », la peur de l’attaque, les empoignades viriles et les quelques souvenirs de la vie civile (musique techno, posters), références guerrières (les Spartiates de 300). De même, l’un des soldats avoue avoir pris un grand plaisir au combat, présentant tous les signes d’un début de dépendance à l’adrénaline, comme le personnage principal de Démineurs. On constate également les difficultés inhérentes au terrain, les alentours escarpés présentant de somptueux panoramas, que doivent affronter les soldats sous la forme d’un trek quotidien. Enfin, nous voyons les efforts déployés pour communiquer auprès de la population civile et pour essayer d’identifier et traquer les talibans ou leurs collaborateurs, chose ardue quand on connait peu les coutumes locales.

Même si les images ont des airs de déjà-vu, la tension n’en est pas moins grande, car l’on sait que tout ce qu’on voit est réel. Les images sont particulièrement dures lorsque l’on voit les conséquences de « dommages collatéraux ». Des civils et notamment des enfants sont blessés par des tirs de roquettes d’un hélicoptère. Plusieurs soldats sont tués ou blessés au combat pendant la période du reportage. Les images prises sur le vif alternent avec des entretiens avec les soldats, effectués après la mission. Ils en profitent pour expliquer leurs peurs, leur ressenti face à la menace et à la mort, et ce qu’ils ont retiré de cette expérience.

On dénombre cependant quelques éléments que l’on ne voit pas souvent dans les fictions. Par exemple, lorsque l’équipe déplore un mort, on voit un soldat éclater en sanglots, littéralement ravagé par l’émotion. Généralement, les soldats sont représentés comme d’insensibles machines à tuer. S’ils ne sont pas joyeux lorsque l’un des leurs meurt au combat, ils ne sont toutefois jamais montrés ébranlés comme ici. Les films de guerre montre aussi souvent les officiers comme des incompétents notoires. On a droit ici à un authentique chef d’équipe qui parvient à lier et à rassurer une unité. Dans les fictions, on peut toujours voir l’ennemi, même s’il n’est représenté que par une image. Dans le documentaire, l’ennemi est invisible. Evidemment les journalistes doivent éviter tout contact pour une raison évidente de survie, mais même les soldats ne semblent jamais voir de près leurs ennemis sauf dans un accrochage particulièrement violent.

Enfin, on peut voir la communication entre les soldats et villageois dirigés par les « anciens ». Si les américains parviennent tout de même à s’exprimer et à recueillir des informations, l’aspect politique pose toujours problème. Les talibans menacent de mort tous ceux qui voudraient donner des informations aux américains. Ces derniers veulent construire une route dans la vallée, promettant travail et argent aux autochtones. Mais l’on voit bien que cela ne convainc guère.

Si Restrepo ne nous apprend pas grand chose de neuf sur la guerre, son authenticité en fait toutefois un précieux et passionnant témoignage.

Restrepo n’est pas disponible chez nous. Aux USA  blu-ray/dvd (sous-titres anglais) et en Angleterre, en dvd uniquement.


A propos de Jérôme

toute-puissance mégalomaniaque, oeil de Sauron, assoiffé de pouvoir et d’argent, Jérôme est le father de big brother, unique et multiple à la fois, indivisible et multitude, doué d’ubiquité. Il contrôle Cinétrange, en manipulant l’âme des rédacteurs comme des marionnettes de chiffons. Passionné de guerre, il collectionne les fusils mitrailleurs. Le famas français occupe une place d’exception dans son coeur. C’est aussi un père aimant et un scientifique spécialisé dans les nouvelles technologies de l’information. Pour faire tout cela, il a huit doppel gangers, dont deux maléfiques. Il habite au centre du monde, c’est-à-dire près de Colmar.


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3 commentaires sur “Restrepo

  • Jérôme Auteur du billet

    Je ne sais pas. Il faudrait demander à Studio Canal. Apparemment ce sont eux qui sortent les programmes de National Geographic en dvd.
    Mais bon, il y a beaucoup beaucoup de films dispo à l’étranger et pas chez nous.