Buried, de Rodrigo Cortés


Le pitch de Buried est assez simple : un américain moyen est enfermé dans un cercueil en Irak avec un téléphone portable à moitié rechargé, un briquet et peu d’oxygène. Le film se déroulant uniquement au sein de ce cercueil durant 1h30, le spectateur est en droit d’avoir certaines appréhensions et de se demander comment ne pas s’emmerder face à un type enfermé dans une boite…

Et pourtant, le réalisateur espagnol Rodrigo Cortés est un petit malin : usant d’une réalisation très vivante malgré l’espace restreint dans lequel se déroule l’action, Cortés a tourné son film dans l’ordre chronologique en trois semaines (pas rien pour son acteur principal Ryan Reynolds qui aura fini par souffrir de claustrophobie à la fin du tournage) en faisant une trentaine de plans par jour à l’aide de deux caméras, travaillant un maximum sur la lumière, les couleurs et les angles de vision. Rarement un plan est répété durant le film qui, en terme de montage, est sublimement rythmé et minutieux.

Au-delà de son efficacité technique, le scénario, écrit par Chris Sparling (qui ne va pas tarder à passer derrière la caméra avec Falling Slowly), est en soi une prouesse : malgré son espace pour le moins limité, Buried est une critique très amer du système politico-administratif des autorités américaines exprimée au travers d’un personnage victime non seulement de ses bourreaux, mais aussi de ses compatriotes qui ne cessent de jouer l’incompréhension et la fainéantise avec un cynisme désespérant. Le personnage principal n’est qu’un grain de sable paumé au milieu d’un désert infini, ce que ses compatriotes ne cessent de lui faire comprendre au cours de ses conversations téléphoniques, tandis que ses bourreaux surestiment son « pouvoir » en croyant qu’il peut leur rapporter beaucoup d’argent. Contraste qui dénonce aussi la guerre en Irak et le nombre incalculable de victimes innocentes.

Jamais ennuyeux et constamment haletant, Buried est une pépite surprenante, audacieuse et courageuse qui, malgré certains partis pris scénaristiques (le serpent) et quelques coquetteries esthétiques très discutables (le plan en plongé s’éloignant lentement de Reynolds donnant l’illusion que le cercueil fait dix putains de kilomètres), reste l’une des meilleures surprises de l’année 2010. En bref, nous sommes très loin du 127 hours de Danny Boyle…

Je dirais juste ‘Green Lantern‘.

A propos de Rock

même si son nom évoque la boxe ou le catch, il y a une grande sensibilité chez Rock. Enfant spirituel d’Harmony Korine, il se plait à explorer les mêmes errances que le réalisateur américain. Même si ses goûts sont larges, il s’intéresse au cinéma mal branlé, et éprouve une compassion pour les réalisateurs fauchés. Ceux qui n’ont pas le budget mais qui font leur métier en y mettant tout leur coeur. Grand mélomane (Ernest Ping, Nipple boy), il s’essaie à la réalisation de clips et de courts-métrages. Domicilé à Strasbourg

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