Leviathan versus Gravity 1


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Les deux films partagent le même objectif : l’immersion totale du spectateur dans un milieu extraordinaire et dangereux. Le récit a lieu dans l’espace pour le film d’Alfonso Cuaron, et sur un chalutier pour celui de Lucien Castaing-Taylor et Verena Paravel. Les deux œuvres usent de méthodes  similaires pour arriver à leur fin. On y voit des plan-séquences, c’est-à-dire des scènes qui se déroulent en un plan, sans coupure, pour donner une impression de temps réel. Sont inclus également des plans « à la première personne », qui permettent au spectateur de prendre la place d’un personnage, comme dans Strange Days de Kathryn Bigelow.  Les deux films utilisent beaucoup le son et la spatialisation pour envelopper le spectateur dans un univers sonore très riche. Enfin, chacun illustre les divers aspects d’un métier très technique (astronaute à ma gauche, marin pêcheur à ma droite).

Mais les deux films s’opposent également sur plusieurs points. Gravity montre des images presque complètement artificielles, car créés par ordinateur. Leviathan quant à lui ne montre que du réel, filmé sur le vif. Ainsi, le rendu de l’image est diamétralement opposé entre les deux films. Celui de Cuaron présente un univers « ultra-net », soutenu par une 3D riche en détails et des mouvements de caméra fluides liés à l’état d’apesanteur. Sur le chalutier, c’est l’inverse. L’image est parfois sombre, souvent granuleuse, et tremblotante du fait de la mer agitée. Gravity utilise souvent de la musique pour surligner l’action tandis que Leviathan n’a que le ronronnement des moteurs pour rythmer les scènes.

Leviathan illustre le métier hallucinant de marin pêcheur qui consiste à voguer, qu’importe la houle, à travailler jour et nuit, et à ne dormir que quelques heures. Les tâches sont éreintantes. Il faut lever de lourds filets et  avoir les pieds continuellement dans l’eau ruisselante et les entrailles de poisson. Malgré les conditions extrêmes de tournage, les images sont sublimes et on a parfois de la peine à croire qu’elles viennent bien de notre planète. Un comble ! L’atmosphère fait souvent penser à l’univers d’Alien imaginé par H.R. Giger. Les organismes (humains, poissons, coquillages) sont intimement mêlés aux machines (cordes, métal, moteur) dans un milieu très humide, ce qui créé des tableaux biomécaniques surréalistes. Dans d’autres scènes, Leviathan pourrait tout à fait être un film d’épouvante. On pense à ces mouettes fantomatiques dont l’omniprésence devient inquiétante à la longue. D’autres éléments finissent de créer une atmosphère étrange : les visages burinés par le métier, masqués à moitié par d’imposants cirés, et ces ordres incompréhensible criés dans le vent. Mais on est aussi parfois proche du film d’horreur lorsque le documentaire montre crûment comment les poissons sont vidés et nettoyés. C’est à la fois beau et horrible, d’assister à la valse des têtes coupées sur le pont, alors que le bateau est continuellement ballotté par les vagues.  Il y a même une scène qui fait un peu penser à Cannibal Holocaust (je laisse la surprise). Et c’est sans compter toutes les espèces de poissons et autres animaux que les filets ramènent du fond de la mer, une diversité étonnante de spécimens bizarres.

Gravity est donc plus un spectacle inoffensif qui caresse le public dans le sens du poil. Il lance le spectateur dans l’espace tout en le rassurant avec les codes du blockbuster (de beaux acteurs, des moments de bravoure, de la musique dramatique). Leviathan quant à lui prend des risques, parfois se plante (certains plans sont trop longs et n’amènent rien) et se situe assez près du style expérimental de Philippe Grandrieux. D’abord les images sont très abstraites, incompréhensibles et le déroulement de la scène finit par nous faire comprendre ce qui se trame. C’est une manière de montrer qu’il existe un univers fantastique et passionnant derrière le poisson que l’on retrouve dans nos supermarchés et nos assiettes. Les personnages de Leviathan sont des types hirsutes, des forces de la nature bardées de tatouages, de gros fumeurs dont le visage laisse apparaître tous les stigmates de la dure vie en mer. C’est tout de même mieux que Sandra Bullock en short de yoga, non ? non ?

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A propos de Jérôme

toute-puissance mégalomaniaque, oeil de Sauron, assoiffé de pouvoir et d’argent, Jérôme est le father de big brother, unique et multiple à la fois, indivisible et multitude, doué d’ubiquité. Il contrôle Cinétrange, en manipulant l’âme des rédacteurs comme des marionnettes de chiffons. Passionné de guerre, il collectionne les fusils mitrailleurs. Le famas français occupe une place d’exception dans son coeur. C’est aussi un père aimant et un scientifique spécialisé dans les nouvelles technologies de l’information. Pour faire tout cela, il a huit doppel gangers, dont deux maléfiques. Il habite au centre du monde, c’est-à-dire près de Colmar.


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