La part animale, de Sébastien Jaudeau

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Arrivé avec femme et enfant en plein coeur de l’Ardèche, Etienne voit sa vie basculer aux premiers jours de son embauche dans un élevage ultramoderne de dindons Douglas. Au contact de Chaumier, son nouveau patron, et des bêtes dénaturées de l’exploitation, Etienne change …

Ce que ne dit pas ce frileux résumé, c’est qu’Etienne doit en fait masturber les dindons, puis recueillir le sperme, afin de faciliter le processus de reproduction. Le pitch a de quoi faire sourire. Pourtant les techniques décrites ci-dessus nous sont montrées dans le film sur un ton de documentaire sérieux. Etait-ce pour autant nécessaire de faire un film centré sur cet horrible gallinacé (il a une queue de rat violacé qui lui recouvre le bec et il fait un bruit grotesque) ?
En vérité, le récit se concentre sur le personnage d’Etienne autour duquel gravitent des personnages qui cherchent vainement une raison de vivre. Chaumier est un patron antipathique, qui ne sait que parler de son élevage, de rentabilité et d’expérimentations sur les dindons. Délaissée, sa femme Brigitte trouve refuge dans les bras d’un autre. Mais elle panique totalement lorsqu’elle découvre qu’elle est enceinte.
Etienne et sa femme Claire doivent gérer leur nouvelle sexualité car l’homme a en quelque sorte des relations sexuelles avec les dizaines d’animaux présents dans l’élevage.

Mais Etienne va finalement prendre goût à ce métier. En partageant le quotidien des animaux, il va être contaminé par leur innocence et leur simplicité, et ému par leur destin industrialisé. Il remarque que finalement les dindons et les humains ont beaucoup en commun! On prend leur progéniture (l’enfant perdu de Brigitte), on les castre (Etienne voit sa libido baisser), puis ils meurent (Maria, la vieille dame, décède). La différence, c’est que l’humain possède la parole mais pour exprimer quoi ? Pour théâtraliser la mort qui le terrifie semble dire l’auteur.

A l’instar de Brunot Dumont, le réalisateur Sébastien Jaudeau se sert d’un cadre rural à priori ennuyeux, pour créer une atmosphère d’étrangeté. Des arbres menaçants, une ferme isolée, quelques lignes à haute tension barrant un paysage vide de toute trace humaine. Bénéficiant d’un traitement sonore particulier, et d’une esthétique froide, la part animale est un film très subjectif, qui surprend à chaque scène, et qui laisse une grande place à l’imagination du spectateur.

« Plus ça va et moins ça va. Si ça continue, il faudra que ça cesse. » (Maria, clairvoyante sur sa vieillesse)

Dvd disponible chez Océan Films.

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