Tokyo Gore Police


Une nouvelle vague de cinéastes japonais compte bien prendre la relève des Takashi Miike, Hideo Nakata, Kiyoshi Kurosowa et consorts. Issus du porno ou du manga trash, des francs tireurs livrent des films ultra gores, décomplexés et extrêmes dans leurs propos. Après Machine girl et Meatball machine, voici que débarque ce Tokyo gore police au titre on ne peut plus explicite. Amateurs de fantastique subtil avec des fantômes aux cheveux gras, passez votre chemin. Bienvenue dans un univers fun, politiquement incorrect et ultra-sanglant.

Tourné en numérique avec un style d’image très lisse, le début peut agacer. Mais en moins d’une minute, le ton est donné. L’esthétique sitcom est vite balayée par une séquence d’ouverture « explosive » (la tête d’un flic qui se fait littéralement exploser). Le contraste entre l’apparente mièvrerie de l’enrobage visuel (musique pop, voix off d’une gamine) et la violence pleinement assumée de la scène, détonne. Ce préambule fracassant n’est qu’un avant goût de ce que nous réserve la suite. On découvre alors une jeune femme flic, Ruka, spécialisée dans la traque des mutants, des êtres assoiffés de sang capables de se greffer des armes à la place de leurs membres. Peu loquace, déterminée et solitaire, Ruka est obsédée par le meurtre de son père. Sa quête de vengeance la mène à combattre ces mutants avec une détermination inouïe. Le cinéaste enchaîne alors les morceaux de bravoure à la vitesse grand V. Les geysers d’hémoglobine tâchent constamment l’écran, les organes se vident des corps mutants dans un montage hystérique à la limite du n’importe quoi. Intrigant au départ, on dit que l’on va se lasser de ce déballage de tripaille filmé avec une frénésie aussi jouissive qu’épuisante. Heureusement, Tokyo Gore police est plus intelligent qu’il ne le paraît au premier abord. Loin de la pure provocation gratuite, cet ovni marque des points grâce à une ironie mordante, jalonnant le long métrage du début à la fin. Toutes les publicités ponctuant régulièrement le film (le délirant spot sur les vertus du rasoir) renvoient explicitement au cinéma génial de Paul Verhoeven et particulièrement à Robocop et à Starship Troopers, influences majeures du cinéma de genre japonais.
Le discours politique sous-jacent, critique à peine voilée d’une société consumériste et fascisante, vantant constamment les mérites d’une police pour le moins radicale, prend même une tournure quasi-anarchique dans une deuxième partie pamphlétaire et enragée dans laquelle plus aucun doute n’est permis. Le cinéaste se livre sans arrière pensée à une charge irresponsable et extrême contre l’ordre établi. Cette vision politique peut paraître facile et un brun naïve mais elle n’ en demeure pas moins percutante.

La force du meilleur cinéma d’exploitation est poussée jusque dans ses derniers retranchements. Le but est de livrer un spectacle outré, excessif, transgressif, vomissant sans pudeur tout ce qui se fait de plus trash dans l’underground japonais : gode filmé en gros plan, humour douteux, membres sectionnés, mutations grotesques à l’image de la jeune fille et son vagin géant et agressif, rien ne nous est épargné. Seul l’érotisme paraît gentillet dans ce film de vengeance moderne et stylisé, référentiel et osé, expérimental et potache. Entre le brûlot constestataire et le divertissement trash, Tokyo gore police dispose aussi de la sublime plastique de Eichi Shiina, l’héroïne d’Audition, digne héritière des Reiko Ike ou Miki Sugimoto .

Si l’hystérie d’un montage en roue libre peut agacer, Tokyo gore police brille souvent par une mise en scène inventive et variée (beau travail du chef op qui alterne les couleurs chaudes et les tonalités blafardes avec intelligence) et surtout par un scénario soigné et retors, soulignant la supériorité du film par rapport aux autres expériences du genre.

Le film transcende son aspect provoc à deux balles par une ingéniosité graphique et narrative, renvoyant les films de Sinshy Tsukamato à de simples bluettes. Une excellente surprise.

(JAP-2008) de Yoshihiro Nishimura avec Eichi Shiina, Itusji Itao, Jui Bu

Edition Elephant films. Disponible en blu-ray et dvd . Durée : 98 mn. Format : Full hd 1920 x 1080. 1 –  1.85. Langues : Français 5.1 dts HD Japonais 5.1 dts HD. Sous-titres : Français. Supplément : Bandes Annonces


A propos de Manu

Docteur ès cinéma bis, Manu est un cinévore. Il a tout vu. Sorte d'Alain Petit mais en plus jeune, son savoir encyclopédique parle aux connaisseurs de films méconnus. Il habite près de Montpellier où il peut observer la faune locale : le collectif School’s out, l’éditeur le chat qui fume et l’éditeur Artus Films. Avec son air d’Udo Kier, il n’est pas exclu qu’on le retrouve dans une production de genre.

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