Feffs 2016 : Saturday Night Fever

Sobre et efficace sont les deux qualificatifs les plus précis pour désigner les qualités du film I’m not a serial killer (un quoi ?). Tourné dans une petite ville du Minnesota, Billy O’Brien narre l’histoire d’un ado qui pense être un serial killer, et qui  se met en quête d’un tueur responsable de meurtres horribles dans la région. Il va découvrir la véritable identité de son voisin.

Le réalisateur prend le parti de suivre le jeune homme perturbé. Caméra à l’épaule, steadycam, caméra proche des acteurs, les vingt premières minutes ressemblent à un documentaire sur une famille banale du Midwest, enfin banale, la famille de l’ado en question est une famille de croque-morts. Ce jeune homme a l’air dérangé se pose beaucoup de questions sur son identité. Les nombreux meurtres qui ont lieu dans cette ville l’intriguent et il va suivre une des futures victimes de l’assassin. Le serial killer n’est autre que son voisin à la retraite joué par l’excellent Christopher Lloyd. Difficile de ne pas penser au film Fargo  avec le froid du Minnesota. Le premier meurtre vu par l’ado va changer la donne : le serial killer en question n’est autre qu’un extraterrestre qui a besoin de tuer des humains pour survivre.

Cette rupture, personne ne s’y attend (le spectateur s’identifie à l’ado, sidéré comme toute la salle). Le film de genre s’installe dans cette tension entre les deux personnages. Ils vont s’affronter toujours indirectement pour finir par l’inévitable confrontation. Efficace. Sobre, car Billy O’Brien n’en fait jamais trop dans sa mise en scène. La musique est peu utilisée, il n’y a pas de plans-séquences dingues, il utilise beaucoup le hors-champ pour décrire le monstre qui sommeille en Christopher Lloyd, décidément très convaincant. L’ombre du génial Under the skin plane après cette rupture et le réalisateur parvient à en faire une relecture, en insistant sur la tension dramatique qui tend vers le genre policier; la quête d’identité devient une enquête.

Une seule séquence semble un peu plus faible dans cet ensemble : la révélation de l’extraterrestre de couleur pétrole.  Présent en entier dans le champ, le monstre ne semble pas responsable des horreurs perpétrées et annihile tout le suspense présent depuis plus d’une heure. Le jeune héros et sa mère vont le faire disparaître (ils vident des cadavres d’habitude).

I'm not a serial killer

Pour la suite de la soirée, après la froideur et la sobriété du film de Billy O’Brien, place à The love witch, œuvre aux multiples références. Ce film a un défaut majeur : le scénario est faible. Elaine, jouée par la délicieuse Samantha Robinson, est une sorcière qui jette des sorts aux hommes. Elle va s’éprendre de l’inspecteur qui enquête sur des meurtres auxquels elle est mêlée.

Très vite, le spectateur se rend compte que l’histoire peine à avancer. Cependant il est impossible de passer à coté du travail de mise en scène d’Anna Biller. Ce film est l’aboutissement de neuf années de travail de la part de la réalisatrice…qui est aussi scénariste, productrice, monteuse et costumière sur ce projet. Visuellement, The love witch est étourdissant. Les couleurs magnifiées par le chef-opérateur, la lumière, les scènes en voiture avec les paysages qui défilent, les gros plans sur les visages des personnages, le 2.35. Quel plaisir de revoir une production hollywoodienne typique des années 1960 ! Cependant les années 1970 et l’ambiance des giallo ne sont jamais loin durant cette édition du FEFFS (la rétrospective principale est M for Murder). Un giallo met en avant une femme, une femme qui a peur de son désir et qui désire ce dont elle a peur. Cette sorcière à la fois princesse et femme fatale désirée par tous les hommes est au cœur de l’intrigue et ses pulsions seront le moyen de faire avancer l’action. Les scènes d’intérieur, la figure de cette femme fatale, les meurtres et la musique de l’inévitable Ennio Morricone (auteur de dizaines de musiques de films de genre durant les années 1970) ne peuvent que tendre vers une lecture giallesque de ce projet ambitieux pour l’œil du cinéphile.

Cette nostalgie omniprésente fait oublier les faiblesses du scénario mais rappelle que le cinéma est avant tout un plaisir des sens.

The Love Witch

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