Feffs 2016 : Opération Avalanche et Cruising


Un dimanche après-midi très contrasté, c‘est peu dire lorsque qu’un spectateur s’attarde sur Opération avalanche et Cruising un peu plus tard.

Opération avalanche a tout pour être alléchant. Le film se déroule dans les années 1960 en pleine Guerre Froide. Quatre agents de la CIA doivent débusquer une taupe russe à la NASA, lors des développement technologiques qui ont pour objectif de se rendre sur la Lune.

Réalisé par Matt Johnson, le film est un faux documentaire. C’est à la fois la force et la faiblesse du film. L’utilisation du found footage est très agréable et utile pour le scénario dans la première moitié du film. Le spectateur découvre les dessous de cette Guerre Froide en ayant les réactions en direct des différents dirigeants des services américains. L’accent est mis sur la conquête de l’espace, enjeu énorme entre les deux superpuissances. La reconstitution de l’alunissage de Neil Armstrong dans un hangar est très bien faite grâce à l’utilisation du found footage qui garde des traces de ce projet classé secret. Le réalisateur recrée par la forme, l’aspect des documentaires des années 1960. Un vrai plaisir pour l’œil.

Le défaut du found footage réside souvent dans l’utilisation systématique du procédé. Ce défaut avait été déjà pointé dans une édition précédente du festival pour le film Frankenstein’s Army. L’artifice n’a plus lieu d’être après la volonté du gouvernement américain de faire disparaître les quatre agents responsables de cette supercherie. Le recours à de fausses petites caméras pour une mise en abîme (un complot pour mettre fin à un premier complot) n’est pas très crédible et cette deuxième partie plus faible atténue les bonnes idées de la première partie.

Autre ambiance pour le deuxième film. Cruising ou La chasse de William Friedkin (1980), est une véritable découverte. Difficile à voir jusqu’au milieu des années 2000 ( il est alors réédité en DVD), Cruising est un film qui a eu une histoire complexe. Friedkin s’est inspiré d’un roman et d’un fait divers pour élaborer son film mais le tournage a été plus que complexe. Les associations homosexuelles ont souvent manifesté sur le tournage à New York et elles ont dénoncé ce film comme un film homophobe, ce qu’il n’est aucunement. Les relations entre Friedkin et Pacino n’ont pas été très bonnes car l’acteur ne donnait pas satisfaction au réalisateur au départ.

Histoire complexe dans son élaboration, le film propose également un scénario alambiqué. Un serial killer sévit dans le milieu gay SM à NY à la fin des années 1970. Il semble impossible de le trouver. La police propose d’infiltrer ce milieu par un policier ambitieux campé par Al Pacino qui va tout faire pour parvenir à ses fins.

Cruising

C’est un privilège d’avoir vu ce film de Friedkin au cinéma car son travail de mise en scène est vraiment incroyable : cette fiction avec un fond de faits divers permet une plongée en apnée dans un milieu totalement inconnu à coups de plans-séquences fluides pour montrer aux spectateurs ce qu’était ce milieu gay SM à la fin des années 1970, scènes presque expressionnistes à Central Park. La lumière et la forêt mettent en avant la psychologie du monstre durant les atrocités qu’il perpétue. Il y a une scène d’anthologie dans un peepshow où pornographie et assassinat se renvoient l’un à l’autre par des symboles évidents.

Al Pacino joue un rôle compliqué et semble s’effacer derrière cette histoire. Il essaie d’attraper le tueur par tous les moyens au risque de se perdre lui-même. De chasseur, il devient chassé, un appât pour coincer ce serial killer qui se révèle être un jeune thésard au passé familial lourd. Les eaux troubles montrées au début et à la fin du film mettent en avant la noirceur du film. Cette société décrite au début du film (cadavres retrouvés, flics corrompus) n’a pas tellement changé à la fin. A un détail près : le flic qui a connu ce milieu a changé, il rapporte ses vêtements de cuir chez lui.

Film détesté par la critique et renié par Pacino, Cruising présente une vision un peu décrépi des milieux homosexuels de Greenwich Village mais il reste l’œuvre d’un des auteurs majeurs et les plus controversés du cinéma (L’exorciste, Sorcerer…).


A propos de Mister K.

Adorateur de Jean - Pierre Dionnet et des ses émissions cultes Cinéma de quartier et Quartier interdit, Mister K. aime le cinéma bis. Râleur et amateur de sensations fortes au cinéma (Anthropophagous entre autres), il viendrait d’une contrée lointaine (chère à Marine Le Pen) appelée Haute - Marne.

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