Punishment Park


Punishment Park est un des rares films à utiliser le concept d’uchronie, c’est-à-dire qu’il prend un événement historique et imagine une suite différente. Ici, nous sommes en pleine guerre du Vietnam et l’on part du principe que Nixon, alors président des USA, ordonne l’état d’urgence et autorise l’interpellation et le jugement de tout individu suspecté de troubler l’ordre public et de mettre en danger la sûreté de l’Etat. Sont ainsi pris dans le filet toutes sortes de jeunes activites, des hippies, la plupart du temps pacifistes et que l’on juge avant tout pour leurs idées contestaires.

Ces citoyens américains sont par conséquent condamnés pour des incitations à l’émeute et ont le choix entre une peine de prison ou quelques jours dans un « punishment park ». Libérés en plein désert, le petit groupe dispose de 3 jours pour se rendre à un drapeau américain situé à 70 km de leur point de départ. S’ils sont arrêtés et ne résistent pas, ils purgent la peine de prison. Dans le cas contraire, libres aux autorités d’utiliser la force.

Remarquable sur la forme, le film prend l’aspect d’un véritable documentaire, sans forcer le trait, et sans artifices inutiles. On y croit dès les premières images. Sans en avoir l’air, Watkins déconstruit le « genre » documentaire : entretien des personnes sur place, spontanéité des images, caméraman qui panique, prise de position de l’équipe technique, voix off égrenant le temps restant et la température. Il n’y a quasiment aucune musique. La mise en scène ne serait rien sans le naturel déconcertant des acteurs, pour la plupart non professionnels. Une grande partie du film est consacré au jugement des suspects, qui constitue un débat d’idées détaillées et qui va droit au but sur des questions de fond, notamment concernant la politique de la guerre à l’étranger.

Entrer dans le punishment park revient donc à se faire chasser par la police comme un animal. Il faut courir dans un désert avec 15° la nuit et 45° le jour. Pas facile, facile! Le film se vit donc aussi comme un cruel divertissement, un Fort Boyard du facho où chasseurs et proies sont des êtres humains. Le survival politique tourne au sadisme alors que le groupe de « concurrents » se dirige vers un point d’eau qui n’existe pas.

Réflexion profonde sur les origines violentes des Etats-Unis, Punishment Park est un pain dans la gueule, un brûlot sur les racines du mal et de la perversion politique. Il est difficile de ne pas y voir un écho effrayant avec la guerre en Irak. Après les attaques du 11 septembre, le patriot act a vu le jour et sous des motifs de « sécurité intérieure », retire des droits au peuple. Le terrorisme a simplement remplacé le communisme. Punishment Park illustre donc avec force le dérapage réaliste de telles lois paradoxales qui finissent par priver de liberté ceux qui la défendent, dans une chasse aux sorcières généralisée, exécutée par un Etat devenu schizophrène et anthropophage.

Réalisé par Peter Watkins. USA. 1971. Dvd disponible chez l’éditeur Doriane Films


A propos de Jérôme

toute-puissance mégalomaniaque, oeil de Sauron, assoiffé de pouvoir et d’argent, Jérôme est le father de big brother, unique et multiple à la fois, indivisible et multitude, doué d’ubiquité. Il contrôle Cinétrange, en manipulant l’âme des rédacteurs comme des marionnettes de chiffons. Passionné de guerre, il collectionne les fusils mitrailleurs. Le famas français occupe une place d’exception dans son coeur. C’est aussi un père aimant et un scientifique spécialisé dans les nouvelles technologies de l’information. Pour faire tout cela, il a huit doppel gangers, dont deux maléfiques. Il habite au centre du monde, c’est-à-dire près de Colmar.

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