Sakura No Kage et Survival, de Guillaume Tauveron


affiche_sakura_no_kagePierre est un tueur à gages. Un mystérieux contrat l’amène au Japon, sur les traces d’un hommes d’affaires et des ses filles. Il doit abattre l’une d’entre elles devant les yeux du père.

Réalisé à quatre mains par Hiroshi Toda et Guillaume Tauveron, Sakura no kage est un étrange échange entre la France et le Japon, qui nous rappelle un peu les expérimentations transculturelles d’un Jean-Pierre Limosin. Le début du film se passe à Clermont-Ferrand. Nous sommes les témoins de la vie d’un assassin, faite d’un quotidien somme toute banal : Pierre se fait des oeufs au plat. Il va faire son footing. Il prend sa douche. Et occasionellement, il tue un quidam! Le début est contemplatif, se passe presque de tout dialogue. Au moment où l’on sent poindre l’ennui, le film opère une première rupture de ton avec l’arrivée d’une mystérieuse enveloppe. Un contrat lui demande de tuer la fille aînée d’Okayama, un homme d’affaires japonais. Le tueur se rend alors à l’autre bout de la planète. Okayama n’est pas là. Pierre fait alors connaissance de sa fille aînée, au caractère très taciturne et avec laquelle il va se lier d’amitié, ou d’amour, la frontière est assez floue. Leur relation est décrite par une succession de dialogues muets et tout passe par leur façon de bouger, de se déplacer et de se regarder. Ce langage des corps est magnifié par un découpage millimétré des scènes.
Nouvelle rupture de ton lorsqu’apparaît l’autre fille d’Okayama. Celle-ci se passionne pour le français (et pour tous les clichés qui accompagnent notre culture) et le réalisateur compose alors sur le thème de la comédie, lorsqu’elle drague littéralement le personnage principal.

Artiste indépendant, Guillaume Tauveron n’oublie cependant pas de donner une forme professionnelle à son film. Les cadres sont soignés, tout comme la lumière. La qualité d’image est au rendez-vous et donne un aspect très abouti à l’ensemble. Pas le moindre amateurisme ici si ce n’est dans quelques mouvement de caméra limités par le matériel. Grâce à un soin maniaque apporté à la décoration, les réalisateurs sont parvenus à donner au film un style personnel très épuré. Très peu de mobilier, un minimum d’accessoires, et de nombreux plans fixes confèrent au film un aspect typiquement « japonais », que l’on pourrait qualifier de zen. Guillaume Tauveron et Hiroshi Toda ont fait preuve d’un indéniable talent pour développer une atmosphère basée essentiellement sur l’esthétique. Il faudra sans doute être quelque peu sensible à la culture japonaise pour saisir cette magie. Celle-ci nous fait progressivement aimer les personnages, et l’on finit par ne plus s’en détacher.

Alors que Sakura No Kage est un long-métrage (1h10), Survival est un court-métrage de 20 mn, réalisé cette fois-ci, par un Guillaume Tauveron seul aux commandes. Le thème de la survie est abordé mais il ne s’inscrit pas dans la vague actuelle des slashers forestiers. Sullivan est un ancien champion de kickboxing. Un cancer l’empêche néanmoins de poursuivre sa carrière. Déchu, le combattant sombre dans l’alcool et délaisse sa petite amie. Il se laisse mourir à petit feu jusqu’à sa rencontre avec trois êtres mystérieux. La maladie, la mort et Dieu l’attendent pour un ultime combat.

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L’ambition du film est de réunir des univers à priori très éloignés les uns des autres. Le réalisateur conçoit donc un cocktail singulier à base de kickboxing, de romantisme et de mystique, et s’affranchit ainsi d’être catalogué dans un quelconque genre. S’il y a bien quelques coups de savates échangés entre « la mort » et Sullivan, le film évite l’écueil du ridicule. Le récit ne traîne pas, la mise en scène est dynamique. Damien Leconte, enfermé dans le stéréotype du tas de muscles avec un bon fond, s’en sort plutôt bien. Malgré quelques dialogues poussifs, la cohérence de l’ensemble sauve les meubles et l’on passe au final un bon moment, grâce à quelques jolies scènes d’action, soutenues par des effets spéciaux assez réussis.

Sakura no kage sur dailymotion : partie 1, partie 2

Survival sur dailymotion


A propos de Jérôme

toute-puissance mégalomaniaque, oeil de Sauron, assoiffé de pouvoir et d’argent, Jérôme est le father de big brother, unique et multiple à la fois, indivisible et multitude, doué d’ubiquité. Il contrôle Cinétrange, en manipulant l’âme des rédacteurs comme des marionnettes de chiffons. Passionné de guerre, il collectionne les fusils mitrailleurs. Le famas français occupe une place d’exception dans son coeur. C’est aussi un père aimant et un scientifique spécialisé dans les nouvelles technologies de l’information. Pour faire tout cela, il a huit doppel gangers, dont deux maléfiques. Il habite au centre du monde, c’est-à-dire près de Colmar.

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