Fissures

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Le prologue, sec et intriguant, sonne comme un avertissement, un présage de ce qui va suivre par la suite.

Une mère et sa fille roulent en voiture. Soudain un impact violent brise la vitre avant de la voiture. Première fissure sur le pare-brise. La mère, affolée, semble traumatisée d’avoir mortellement blessé un daim. Sur le coup, on ne comprend pas très bien la raison de cette panique excessive. Il y a bien sûr une explication à ce comportement étrange.

Plus tard, la mère, une sorte de voyante, meurt assassinée. Sa fille décide d’emménager dans sa maison quelque part dans un village au nord de la France. Ingénieur du son pour des documentaires animalier, Charlotte décide de mener l’enquête elle-même en utilisant son savoir-faire. Mais très vite quelque chose se dérègle. Elle parvient à enregistrer des sons qui ont eu lieu dans le passé et revit du ce qu’à vécu sa mère par bribes.

fissures_psFissures (ou Ecoute le temps) démarre sur un postulat abracadabrant, résolument fantastique, intégré dans un contexte réaliste. Dès les premiers plans, le spectateur est immergé dans une ambiance pesante, lourde. Temps pluvieux, campagne étouffante et monotone (les bois, les champs), habitations austères d’un petit village paumé. Le cadre est posé. Charlotte tente de comprendre ce qui s’est passé et rencontre les habitants de ce hameau. La galerie d’autochtones,  peu réjouissante, n’évite pas les clichés de circonstance : paysans superstitieux, simplet de service, brute épaisse, néo rural adepte des produits bio, petits bourgeois provinciaux, composent un ensemble de protagonistes, hétérogène et, avouons le, taillé à la serpe. Le réalisateur s’est contenté d’esquisser des silhouettes archétypales en leur dotant d’une psychologie plutôt sommaire.

Cette description caricaturale de la France profonde est le point faible de ce film étrange et ambivalent. Il joue sur des registres à priori diamétralement opposés qui lui confèrent une aura un peu particulière. Le fantastique le plus ébouriffant contamine un récit finalement classique, axé autour d’une intrigue très Chabrolienne, dont on craint par ailleurs les facilités du dénouement.

Derrière cette apparence parfois pénible d’assister à un thriller routinier, en contrepoint, le monde se dérègle, se fissure. Au fur et à mesure que Charlotte plonge dans le passé, perce à jour les secrets inavouables des habitants, la maison s’écroule. Son enquête, prend des allures de thérapie. Elle va surtout  redécouvrir sa mère, par le prisme de sa voix. Elle n’a jamais pu accepter le don de sa mère, perçu alors comme un être névrosé et inquiétant. Dans le village, cette tireuse de cartes fut considérée comme une sorcière. Pourtant tout le monde la consultait.

Le  récit, aux ramifications nombreuses (meurtre d’un enfant, problème de pollution), s’étoffe et compose un puzzle déroutant. Charlotte  s’invente alors une organisation personnelle de l’espace-temps. La maison devient un labyrinthe de fils entremêlés, d’annotations diverses, un repère irréel d’énigmes entrelacées. Charlotte plonge dans un voyage intérieur lui permettant de réaliser un véritable travail de deuil. L’idée nous effleure qu’elle sombre dans la folie, dans une sorte de coma pathologique. Le doute est permis même si le cinéaste balaye toute ambiguïté par la suite.

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Finalement, les apparences sont trompeuses. Les coupables désignés au préalable sont innocents. La résolution de l’intrigue est presque banale. Alain Kavaïté ne s’embourbe pas dans le sensationnalisme au risque d’être déceptif.  Ce qu’il perd en efficacité, il le gagne en crédibilité et densité.

La mise en scène, au diapason, s’appuie sur un style hétéroclite, fusion pas toujours maîtrisée entre sophistication (le scope, montage conceptuel) et âpreté (caméra portée à l’épaule, lumière crue et terne).

Hésitant et bancal, Fissures est néanmoins un premier film prometteur qui préfère la suggestion aux effets chocs. Louons au jeune cinéaste, une volonté de créer une ambiance asphyxiante, de garder une part de mystère, d’éviter d’encombrer son film de dialogues trop signifiants.

Emilie Dequenne est épatante dans le rôle de Charlotte. Elle confirme, depuis ses premiers pas dans Rosetta, un talent inaltérable avec le temps.

(FRA-2007) d’Alain Kavaïté avec Emilie Dequenne, Mathieu Demy, Ludmila Michaël

Edition Pathé. Image : DVD 9 – 16/9 compatible 4/3 – Format 2.35. Son : Dolby Digital 5.1 Mono Français.

Bonus :
– Scènes coupées
– Film Annonce
– Teaser

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