Watchmen en blu-ray

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Le récit se déroule en 1985, dans une vision fantasmée et/ou alternative de l’Amérique. Nixon est toujours au pouvoir, les super-héros sont des êtres de chair et de sang qui font partie du quotidien. Tous plus ou moins à la retraite, ils vivent comme tout le monde dans un anonymat parfois insupportable. Lorsqu’un de ses anciens compagnons, le comédien, meurt assassiné, Rorschach mène l’enquête et convainc le reste de la troupe de découvrir l’identité du meurtrier. D’autant que ce dernier semble bien décidé à supprimer tous ces super héros à la retraite. Ces meurtres cachent en réalité un projet bien plus inquiétant, mettant en péril l’humanité tout entière.

Autant prévenir d’emblée le lecteur de cette chronique. C’est avec beaucoup de suspicion et d’a priori que je m’apprêtais à visionner Watchmen. Et ce pour plusieurs raisons.

Primo, jusqu’ici je n’appréciais guère le travail de Zack Snyder. Pas tant pour ses prises de position idéologiques et son appartenance à la NRA mais davantage pour son style visuel pompier, son opportunisme flagrant et son absence de point du vue en adaptant des œuvres cultes (Zombie de Romero et la BD 300 de Miller). Ensuite, le génial Alan Moore n’a pas eu beaucoup de chances avec le cinéma. L’extraordinaire From hell s’est transformé sous la caméra des Frères Hugues en « whodunit » consensuel, visuellement séduisant mais vain sur le fond. V pour vendetta s’est vu expurgé de tout son potentiel anar et sa mélancolie diffuse et tenace. Quant  à La ligue des gentlemans extraordinaires, Stephen Norringthon en a tiré un navet de luxe aussi divertissant qu’idiot. Enfin, la complexité inépuisable de Watchmen, mélange fascinant d’un récit protéiforme, âpre et très adulte et d’un graphisme coloré mais paradoxalement austère, semblait mal désignée pour une adaptation live.

Le résultat, contre toute attente, dépasse toutes les espérances possibles.

watchmen2Dès le prologue, sombre et glaçant, d’une violence quasi hypnotique, Zack Snyder prend le risque de s’éloigner graphiquement de la BD afin de s’approprier une palette visuelle plus cinégénique. L’expériences récente de Sin city a dû convaincre les auteurs de ne pas chercher à reproduire l’effet case. D’autant que la rigueur  plastique de la BD The Watchmen ne pouvait que  décontenancer le spectateur. L’esthétique outrée de Snyder trouve enfin une résonance profonde, une forme élégante de mélancolie graphique dès les premières images, magnétiques et charnelles.

Un super héros au bout de rouleau se fait supprimer par un mystérieux homme masqué. Après ce début fracassant, Snyder nous balance l’un des plus beaux génériques de cinéma, entre modernité et nostalgie assumée. Le tout sur le The times They are A-changin’ de Bob Dylan. 50 ans d’Histoire révisée défilent sous nos yeux : grandeur et décadence des super héros, hypothèse délirante (Nixon toujours président) et plaisir des yeux incandescent (magnifique baiser lesbien, une fleur au bout d’un fusil). Et ce n’est qu’un début. Le récit n’a même pas commencé que l’on se retrouve immergé dans un trip hallucinant et dense.

Les expérimentations visuelles de Snyder sont ici canalisées par un scénario captivant, peuplé de personnages troubles et ambigus, de nombreuses fausses pistes, de théories idéologiques aussi passionnantes que douteuses. Le pavé de Moore et Gibbons est respecté à la lettre sans sentir la photocopie à plein nez. Watchmen est avant tout une splendide réflexion sur le statut de super héros, sur ses aspirations, ses motivations, son devenir. Tour à tour fasciste, schizophrène, travesti, nationaliste, le super héros est un cas pathologique, une bête de foire aux multiples personnalités et aux nombreuses étiquettes. Suivi de près par Gibbons, Snyder prend son temps pour filmer les dérives existentielles de ses personnages. Les pannes sexuelles et les frustrations du Hibou, la déchéance mentale du Comédien, le mysticisme glacé du Docteur Manhattan qui se déshumanise progressivement et surtout la folie autodestructrice, fascisante et désespérée de Rorschach (extraordinaire Jackie Earle Haley, comédien quasi inconnu) sont merveilleusement retranscrits à l’écran. Snyder dose admirablement le potentiel intello et sérieux du récit (pas la moindre trace d’humour ne vient parasiter l’histoire) et les scènes d’action sont d’une beauté plastique insensée.

Construit comme une sorte de whodunit aux multiples ramifications, ce comic book live atteint des sommets de lyrisme et accumule les morceaux de bravoure grâce à une mise en scène sophistiquée, limpide et inventive (ralentis judicieusement utilisés créant des effets de suspension du temps, mouvements de caméra vertigineux).  On n’oubliera pas de sitôt la mort du Comédien, l’incarcération de Rorschach, les évasions psychés de Docteur Manhattan).

Porté par un souffle épique inouï,  Watchmen est tour à tour une fable humaniste, un péplum des temps moderne, une œuvre politique et théorique, un grand trip sensoriel, un poème mystique. Les références littéraires, philosophiques et bibliques ne sont pas fortuites. Le film est une sorte d’Odyssée des temps modernes. Snyder retrouve le souffle épique des grandes légendes humaines qui ont bercé notre culture. L’utilisation décalée d’une bande son saisissante (Simon and Garfunkel, Nena, Dylan Leonard Cohen) insuffle une drôle d’émotion à cette œuvre immense, obsédante et singulière qui mérite à coup sûr plusieurs visions afin d’en saisir toute la substance et la profondeur.

Le maître étalon des films de super héros qui renvoie tous les Batman, Spider Man au autres X-Men au rang de bluettes infantiles.

(USA/GB/CAN-2008) de Zack  Snyder. Avec Jackie Earle Haley, Patrick Wilson, Matthew Goode, Billy Crudup

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blu-ray-logoBien entendu, le format blu-ray rend hommage à l’énorme travail graphique entrepris par Zack Snyder. On regrettera cependant que ne sorte pas la version « director’s cut » en France. Pour une question de droits, le blu-ray français restera donc privé pour le moment de plus de vingt minutes supplémentaires, pas absolument indispensables mais permettant de mieux comprendre les intrigues secondaires.

Les bonus sont disponibles en HD et sur un blu-ray à part. Un premier documentaire nous montre quelles sont les relations entre science réelle et la science fictive présentée dans les BD et notamment dans Watchmen. Les différents concepts physiques utilisés dans le film nous sont expliqués par un professeur qui fait des liens avec les connaissances réelles dans chaque domaine. Vous saurez tout sur le projet Manhattan et la mécanique quantique, l’effet Tcherenkov et bien d’autres !

Un autre petit reportage s’attache à répéter ô combien le comic d’origine fut révolutionnaire et qu’il est devenu un best-seller, vendu encore aujourd’hui. On y voit aussi l’origine des personnages et de leur look, l’histoire de la bande-dessinée en somme.

Pour finir, de petits journaux vidéo se concentrent sur certains aspects de Watchmen : les minutemen nous donnent quelques détails sur la première génération des Watchmen, le masque de Rorschach, et bien d’autres.

Disponible en dvd et blu-ray chez Paramount.

1 commentaires sur “Watchmen en blu-ray”
  1. Oui, une trame et un style original, sans conteste… mais comme un sentiment d’inachevé, de bancal aussi. j’aurai du mal à matérialiser ce commentaire mais une profondeur un peu en reste. Des stigmates de 300, peut être (le néant numérique abyssal, là…)

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