Blackaria, de François Gaillard et Christophe Robin


blackaria-posterOn l’a bien compris, le cinéma de genre aujourd’hui remake ou remixe les grands classiques des années 70. Ce début de 21ème siècle a vu fleurir des hordes de zombies (et c’est pas fini) et nombre de tueurs fous errant dans les bois à la recherche d’adolescents. Personne ne s’est pourtant intéressé au giallo, rendu célèbre dans les seventies par le maestro Argento. Le mystérieux collectif School’s out, composé d’illuminés fanatiques de cinéma transalpin d’époque, nous offre ce Blackaria, sorte d’étrange hommage au giallo et à l’ensemble des auteurs italiens ayant abordé le genre.

Angela, une charmante jeune femme, est dérangée par la musique de ses voisines du dessus. Alors qu’elle va leur demander de baisser, elle est invitée à participer à une petite orgie par la maîtresse des lieux : Anna Maria. Angela refuse mais reste troublée par les avances de cette mystérieuse femme et commence à avoir des visions d’horreur. Peu de temps après, elle retrouve Anna Marie sauvagement assassinée dans son appartement. Angela trouve une sorte de boule de cristal, qui lui permet de voir l’avenir. Elle décide de fuir avec l’objet.

Blackaria est un film de fétichistes. A l’inverse de nombreux jeunes réalisateurs, François Gaillard et Christophe Robin n’ont pas fait un simple copié-collé mais ils ont minutieusement listé tous les objets et les concepts du genre, afin de les inclure dans une intrigue. Le film nage entre deux eaux, parfois parodique ou référentiel, mais parfois sérieux. Les amateurs d’érotisme auront droit à une quantité généreuse de scènes chaudes, avec de jeunes femmes pulpeuses souvent bien dénudées. Le fétichisme est roi et l’on retrouve les objets inhérents au genre : bas noirs, escarpin, jeux de transparence à l’aide de lingerie fine, manteau rouge sang, etc. Tout est dans le détail. Avec son flou artistique à la David Hamilton, Blackaria distille un délicieux érotisme soft et kitsch. La caméra très voyeuse finit de faire pencher l’oeuvre du côté du cinéma d’exploitation. On a le cul, il nous manque donc la violence et le film n’est pas non plus avare en scènes gores audacieuses. On retrouve David Scherer aux commandes des effets spéciaux qui dégoulinent. Il améliore ses procédés de film en film et nous offre ici quelques plans réellement impressionnants. Là encore, les codes sont respectés. On retrouve les armes blanches habituelles du giallo : couteau de cuisine, rasoir, verre brisé. Le climax du film est atteint quand Eros et Thanatos se mélangent dans la scène esthétiquement très réussie de l’ascenceur.

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L’intrigue est relativement mince mais ce n’est pas là l’intérêt du film, même si cela permet d’avoir un fil rouge, liant entre eux des moments visuels forts. L’esthétique travaillée et l’atmosphère voluptueuse du film sont les points forts du film. Blackaria peut être vu comme un film très « premier degré ». Les auteurs n’ont pas essayé de faire les malins mais ils ont simplement restitué ce qu’ils aimaient dans le genre avec un soin particulièrement maniaque. Le talent évident des auteurs pour reconstituer le visuel d’époque suffit à faire oublier les quelques défauts du film : dialogues parfois trop « écrits », comédiens amateurs, qualité d’image un peu brouillonne par moments, de petites choses principalement dûs à un manque de moyens. Signalons enfin la musique de Double Dragon, sorte d’électro rétro, dont les sonorités des eighties parviennent à nous installer instantanément dans l’atmosphère d’une époque.

Malgré son côté « indépendant légèrement fauché » (n’exagérons pas tout de même, la plupart des scènes font illusion), Blackaria vaut largement le détour de par ses scènes plutôt osées dans le sexe et le gore. Cet étalage de chair et de sang pourrait être vulgaire si le film ne possédait par une forme originale, un visuel séduisant. Blackaria recherche à présent un éditeur et espérons qu’il puisse être vu par tout le monde, car il est de toute façon bien meilleur et plus rafraichissant que beaucoup de films de genre qui sortent en salles…

Vous pourrez trouver sur SciFi-Universe, un intéressant entretien avec l’équipe du film.

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A propos de Jérôme

toute-puissance mégalomaniaque, oeil de Sauron, assoiffé de pouvoir et d’argent, Jérôme est le father de big brother, unique et multiple à la fois, indivisible et multitude, doué d’ubiquité. Il contrôle Cinétrange, en manipulant l’âme des rédacteurs comme des marionnettes de chiffons. Passionné de guerre, il collectionne les fusils mitrailleurs. Le famas français occupe une place d’exception dans son coeur. C’est aussi un père aimant et un scientifique spécialisé dans les nouvelles technologies de l’information. Pour faire tout cela, il a huit doppel gangers, dont deux maléfiques. Il habite au centre du monde, c’est-à-dire près de Colmar.

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