La route, de John Hillcoat 2


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Le réalisateur australien prend plaisir à jouer les chirurgiens et à user de son bistouri rouillé pour trifouiller les bas-fonds de l’âme humaine. Que ce soit dans The Proposition ou The Road (pas vu Ghosts of the civil dead) , John Hillcoat place ses personnages dans des conditions extrêmes. Tel un anthropologue, il les observe alors se débrouiller dans un univers qui a perdu son système social et ses repères moraux pour différentes raisons.

Dans la route, il s’agit d’un gigantesque cataclysme dont les flammes ont tout ravagé. Il ne reste que quelques survivants et la nourriture a été épuisée. Un père et son fils parcourent les routes, explorent des endroits abandonnés afin de trouver de quoi survivre.

John Hillcoat reprend son style visuel qui faisait le charme de The Proposition. En lieu et place des cartes postales d’outback australien écrasé par le soleil, on trouve ici d’immenses étendues de nature morte. La photographie, grise et froide, noie le récit dans une atmosphère post-apocalyptique à glacer les sangs. Le thème du cannibalisme est traité ici avec réalisme. Certains hommes sont prêts à manger de la chair humaine pour assurer leur survie. Même si c’est un comportement extrême, la question finit par se poser lorsqu’il n’y a vraiment plus rien à manger. Nous sommes très loin du sensationnalisme de Ruggero Deodato et ses tribus indigènes qui festoyent en étripant des touristes aventuriers. Pour autant, La Route propose quelques plans graphiques plutôt choquants.

Mais avant tout, le film évoque avec intensité la relation père-fils, sans la présence de la mère, qui a préféré la mort à la douloureuse survie. Le père est prêt à tout pour que son fils survive. Il est aussi prêt à le tuer avant qu’il ne tombe dans les mains des cannibales. Si ce sentiment de sacrifice est noble, il est aussi source d’aveuglement et de paranoïa. Le père et son fils sont à peu près les seuls garants d’une morale minimum. Car tout est à redéfinir dès qu’ils font une rencontre. Faut-il partager le peu de nourriture restant ? Que faire avec quelqu’un qui veut vous dérober vos biens ? Le film partage un peu la thématique de the mist, de Franck Darabont. On y retrouve aussi un père et son fils, ainsi que d’autres personnages, face à un danger mortel. Ils doivent s’organiser pour faire les bons choix afin d’assurer leur survie. En temps normal, faire le bien ou faire le mal est assez évident, mais face à une mort certaine, ces choix deviennent incertains et difficiles.

La route serait presque une réussite mais on sent qu’il ne va pas jusqu’au bout. Si Viggo Mortensen a visiblement maigri pour les besoins de son personnage, l’enfant n’a bien sûr pas fait les mêmes efforts. Et à son visage bien rond, on voit qu’il mange ses cinq fruits et légumes par jour. Avec un steak de temps en temps. Seule une scène nous dévoile son torse amaigri mais les plans suggèrent l’emploi d’un « body double » (on ne voit pas la tête, puis on ne voit que le dos). Cela reste un détail qui dérange, tant le reste du film, et notamment les décors, font leur effet. Certaines scènes auraient demandé à être approfondies comme le passage où une mère et sa fille sont poursuivies par des cannibales et qui ne donnera même pas lieu à une discussion entre les deux personnages principaux. La scène finale insiste un peu trop sur le pathos, et en rajoute trop sur les dialogues larmoyants. Peut-être est-ce là le prix à payer pour un film commandé par Dimension Films, des producteurs pas forcément intéressés par un film totalement noir.

Actuellement dans les salles.

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A propos de Jérôme

toute-puissance mégalomaniaque, oeil de Sauron, assoiffé de pouvoir et d’argent, Jérôme est le father de big brother, unique et multiple à la fois, indivisible et multitude, doué d’ubiquité. Il contrôle Cinétrange, en manipulant l’âme des rédacteurs comme des marionnettes de chiffons. Passionné de guerre, il collectionne les fusils mitrailleurs. Le famas français occupe une place d’exception dans son coeur. C’est aussi un père aimant et un scientifique spécialisé dans les nouvelles technologies de l’information. Pour faire tout cela, il a huit doppel gangers, dont deux maléfiques. Il habite au centre du monde, c’est-à-dire près de Colmar.


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2 commentaires sur “La route, de John Hillcoat