[Rec] 2, de Jaume Balaguero & Paco Plaza


Après le succès plus ou moins inattendu de [Rec] en 2008, les réalisateurs espagnols Jaume Balaguero et Paco Plaza ont décidé de faire franchir la porte de cet immeuble de Barcelone par une brigade d’intervention spéciale, équipée de plusieurs caméras, et un médecin à la recherche de l’antidote qui pourrait mettre à terme ce mystérieux « virus » qui transforme les gens en véritables bêtes enragées assoiffées de sang. « Des zombies », direz-vous, mais Balaguero et Plaza ont tenu à faire évoluer cette suite vers une direction un peu différente.

En effet, certains fans ont boudé cette suite parce qu’elle dit clairement : « Non, [Rec] n’était pas qu’un film de zomblards sprinteurs, bande de cons, on va vous surprendre ! » En restant fidèle à la fin du premier volet qui survolait l’histoire de cette enfant possédée par un démon et séquestrée dans un appartement glauquissime par une sorte de savant fou, [Rec] 2 se révèle comme un mixe entre 28 jours plus tard et L’exorciste. Pourquoi pas ?

Sachant que Jaume Balaguero et Paco Plaza n’étaient pas tout de suite partant pour donner suite à [Rec], la motivation provenant essentiellement des questions qui leur ont été posées à plusieurs reprises concernant une éventuelle suite (d’après les propos des réalisateurs dans le Making of de [Rec] 2), ce second chapitre s’avère être très malin parce qu’il met au clair toutes les zones floues que pouvait laisser le premier. L’hésitation de la première contaminée avant de se jeter sur sa proie (« Mais pourquoi c’est la seule qui hésite alors que les autres foncent direct ? ») ou encore le gamin qu’on rencontre brièvement à la fin du film dans l’appartement de la possédée (« Mais pourquoi il n’apparaît plus dans cette séquence ? Où est-ce qu’il est passé ??? ») sont, par exemple, les points d’interrogations auxquels cette suite répond de manière cohérente et très efficace. Chaque « contaminé » étant en fait possédé par un autre corps, leurs réactions et leurs actes sont dirigés par cet élément infiltré, et l’appartement de la fille possédée dissimule beaucoup de secrets.

Bien que cette saga annoncée s’éloigne peu à peu du film de zombie façon Zack Snyder, son évolution est des plus intéressantes sans qu’elle ne rompe avec ce qui a fait le succès de son premier volet : l’intensité provoquée par la caméra subjective. [Rec] fait l’effet d’un train fantôme, le spectateur s’identifie au caméraman qui a atterri dans ce cauchemar sans le vouloir et craint ce qui peut se cacher derrière chaque porte ; [Rec] 2 est plus proche du jeu vidéo, le spectateur s’identifie toujours à un caméraman qui, cette fois-ci, porte une arme et est censé exploser ces foutus possédés. Avouées par Jaume Balaguero, les références de cette suite sont surtout les jeux vidéo Doom et Quake. Mais le véritable tour de force faisant partie de ce procédé s’appelle Pablo Rosso, directeur de la photographie ayant travaillé pour le sous-estimé Saint Ange de Pascal Laugier et s’étant glissé dans la peau du caméraman Pablo sur [Rec] (et celle de… Rosso sur [Rec] 2). Pablo Rosso parvient à créer un éclairage subtil donnant à [Rec] toute son ambiance inquiétante et particulière, et sa visibilité irréprochable malgré le procédé réaliste et parfois casse gueule de la caméra subjective.

Les personnages du film, pour la plupart des flics bien évidemment dépassés par les événements, sont traités de manière à ce qu’ils soient proches du spectateur. La séquence d’intro les montre en train de parler de foot, ce qui permet bêtement de gagner la sympathie du public (enfin, en partie) pour donner une autre dimension réaliste au-delà de son procédé technique. Le personnage le plus intéressant est celui du prêtre (qui se faisait passer pour un médecin auprès de la brigade et qui sert vraiment à quelque chose !) qui est le seul à savoir ce qui se passe réellement, à savoir comment y mettre fin et à pouvoir donner l’ordre d’évacuer l’immeuble. Ni un personnage plaisant, ni un personnage antipathique, il est un visage complexe incarnant la connaissance de l’origine de ce cauchemar. En bref, nous sommes très loin du prêtre-meuble de Paranormal Activity.

Malgré ces qualités, [Rec] 2 possède un bémol, ou plutôt une décision qui mériterait un petit débat : l’utilité de ses personnages adolescents. Avec ces personnages, Balaguero et Plaza ont dit vouloir faire un clin d’œil à Internet et notamment à la vague YouTube, comme ils l’avaient fait pour la télévision dans le premier [Rec]. Sauf que dans ce dernier, le clin d’œil tenait un propos intéressant, tandis qu’ici, il ne sert pas à grand-chose tant il semble être un prétexte pour que la jeune génération se retrouve aussi dans [Rec]. En bref, il s’agit du souci de plaire. A moins que Balaguero et Plaza aient voulu tenir la dimension réaliste de leur film jusqu’au bout en montrant simplement que le monde continue à tourner à l’extérieur de cet immeuble, mais qu’il se pose aussi plein de questions et que, dans cette situation, il peut bien y avoir des petits cons trop curieux voulant faire parler d’eux grâce à une vidéo-scoop ? Ce qui, en soi, ne serait pas négligeable parce que ce serait un reflet malheureusement juste d’une partie de la jeune génération actuelle. Pourquoi pas ? Mais ce parti pris scénaristique ne demeure pas très convaincant pour la simple raison qu’il ne sert que très peu à l’action du film, voire pas du tout.

Au final, [Rec] 2 reste une suite honorable et maligne, un sympathique film d’action et d’horreur trébuchant quelques fois, mais se relevant grâce à quelques bonnes idées scénaristiques et une réalisation intelligente ne trahissant jamais son précédent volet.

L’édition prestige éditée par Wild Side offre dans son premier dvd un aperçu des décors dans une vidéo de dix minutes et quelques scènes coupées qui ne valent pas vraiment la peine d’être vues. Le deuxième dvd est beaucoup plus intéressant puisqu’il propose un Making of de près de deux heures dévoilant tous les défis techniques du film, comme par exemple le fait que la plupart des acteurs, tout en interprétant leur personnage, ont dû éclairer eux-mêmes certaines séquences sous les conseils de Pablo Rosso. Mais il donne aussi l’occasion de profiter pleinement des différents maquillages qui sont, au final, très peu vu dans le film à cause de sa spontanéité en termes de réalisation. Jaume Balaguero et Paco Plaza font aussi partager leur point de vue sur le film. Le Making of terminé, vous pourrez vous jeter sur 52 minutes supplémentaires d’images du tournage qui ne font que rallonger le documentaire. En bref, une édition qui satisfera tout fan de Making of.

Jaume Balaguero parie ses Playmobil que [Rec] 3 remportera plus de Goyas que L’orphelinat.

A propos de Rock

même si son nom évoque la boxe ou le catch, il y a une grande sensibilité chez Rock. Enfant spirituel d’Harmony Korine, il se plait à explorer les mêmes errances que le réalisateur américain. Même si ses goûts sont larges, il s’intéresse au cinéma mal branlé, et éprouve une compassion pour les réalisateurs fauchés. Ceux qui n’ont pas le budget mais qui font leur métier en y mettant tout leur coeur. Grand mélomane (Ernest Ping, Nipple boy), il s’essaie à la réalisation de clips et de courts-métrages. Domicilé à Strasbourg

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