La horde, de Yannick Dahan et Benjamin Rocher

Synopsis :

Banlieue  parisienne. Décidé à venger la mort d’un des leurs, un groupe de policiers prend d’assaut une tour HLM, dans laquelle se trouve planqué un gang.  Tout ce joli petit monde va se retrouver confronté à une horde de zombies.

Critique :

Dès les premières images, les intentions des réalisateurs sont claires. La horde est pensé, emballé et pesé comme un pur film d’action, un divertissement pour adultes fun et décomplexé, rendant hommage à John Carpenter et John McTiernan entre autres. Mais avec des zombies dedans. Les premières minutes intriguent par ailleurs. Les auteurs jouent habilement sur l’équivocité de la fonction des personnages. Avec leurs tronches de bad guy, les flics ressemblent étrangement à  une bande de voyous. Cette ambiguïté bien marquée ne peut qu’être volontaire étant donné la tournure que va prendre la vengeance de ces policiers hors la loi. La première demi-heure fonctionne à plein régime. Dahan et Rocher filme leur petit délire référentiel dans un cadre typiquement français, un HLM. Cet  ancrage dans un contexte social appuyé n’est qu’un prétexte à planter l’action au cœur d’un cadre topographique pertinent.

Calqué sur le principe des meilleurs films de Romero  (La nuit des morts vivants) et de Carpenter (Assaut évidemment), à savoir  des individus que tout oppose vont se  retrouver dans une situation où ils doivent s’associer pour affronter un ennemi commun, La horde se montre d’une efficacité redoutable à défaut d’être original.

Techniquement, c’est irréprochable. La mise en scène agit comme un uppercut à l’estomac. Le montage est alerte et dynamique, les lumières blafardes mettent en valeur un décor glauque et uniforme, les mouvements de caméras sont fluides et parfois impressionnants, comme ce travelling en plongée dans la cage d’escalier. Pas frileux pour un sou, les deux réalisateurs en mettent plein la vue, conscients du potentiel graphique de leur film de zombies. La démarche est simple, en remontrer aux productions récentes (L’armée des morts, 28 jours plus tard)  en frappant encore plus, en assumant pleinement le trop plein, la vulgarité et le délire politiquement incorrect. Le contrat est rempli. Mais cet étalage de violence gratuite et de dialogues à faire passer Dobermann pour un monument de subtilité, finit par lasser. La surcharge empêche la horde de ce hisser au niveau du récent Planète terreur, autrement plus jouissif. Le scénario pourtant écrit à quatre mains, en partie par des ex-rédacteurs de Mad movies (dont Arnaud Bordas et Stéphane Moïssakis) pêchent par excès de références, par un manque flagrant d’imagination et d’enjeux. Au bout d’une demi-heure tout est dit, le film se déroule sous nos yeux sans qu’on soit ni surpris ni inquiet. En ne laissant aucune place au hors-champ, les auteurs se privent du caractère anxiogène et étouffant de ce type de film.

Les personnages sont réduits à de simples archétypes. Ils possèdent certes un vrai physique mais sont désincarnés. Ils n’existent pas réellement à l’écran. C’est probablement intentionnel mais ce manque d’ambition marque aussi les limites de ce zombie-like efficace mais prévisible. Le contexte social est juste un prétexte pour enfermé les protagonistes dans un lieu étouffant, le cadre post-apocalyptique en arrière-plan est sous exploité, les citations sont parfois lourdingues (comme cette séquence très Romero où les humains torturent et humilient un zombie) et l’humour souvent au ras des pâquerettes.

Tous ces défauts nuisent à la cohérence globale de ce film généreux et honnête, bourré de bonnes intentions. Néanmoins, La horde est un film de fan destiné clairement à un public ado et geek, avide de bastons qui décoiffent, de gunfights assourdissants, de joutes verbales excessives et de gore qui tâche. Dans les limites imposées, ce mélange de polar et de films d’horreur se visionne comme une bonne série B chargée en testostérone.

Malgré tous ses défauts, ne boudons pas notre plaisir et réjouissons-nous de l’émergence dans l’hexagone d’un cinéma de genre de plus en plus présent et intéressant (A l’intérieur, Martyrs, Dorothy, Vinyan).

TF1 Vidéo

Fiche Technique

Langues : Français

Format : 2.35 16/9

Son : 5.1 dts

Durée : 93 mn

Bonus :

Bande-annonce

Rivoallan (court métrage)

Scènes coupées

6 commentaires sur “La horde, de Yannick Dahan et Benjamin Rocher”
  1. arf… J’ai trouvé « A l’intérieur » ridicule, « Martyrs » ridicule, et la fin de « Vinyan » foireuse, donc je risque pas d’aimer ce zombie-like sauce banlieue. Mais on sait jamais, tout arrive ! 🙂
    Un hommage à McT là-dedans ? intrigant…
    En tout cas l’article met bien les points sur les i sur l’incarnation des personnages, le contenu qui faiblit au bout de 30 minutes… les années 2000 nous ont bien gavé avec ce genre de défauts.

  2. L’hommage a Mc TIernan est clair d’un point de vue du découpage filmique lors de certaines scènes. Je pense même qu’on est pas loin du plagiat à certains moment.
    La horde est une série Z de luxe. Pris comme tel, j’ai plutôt apprécié à contrario de Frontière par ex que j’avais pris au sérieux et trouvé complètement nul.
    Je suis d’accord avec Alexis concernant Martyrs. Je trouve que c’est un film à voir, intéressant même. Mais c’est un film que je n’aime pas. A l’intérieur pêche par excès de gore gratuit. Mais je trouve que Béatrice Dalle est vraiment flippante.

  3. Salut Manu, désolé je n’ai pas trouvé d’autre moyen de contacter que par ici (je ne t’ai pas vu à la table ronde Argento et aux Frissons de l’angoisse, tu n’y es pas venu ?).
    J’aime bien la nouvelle présentation du site (le bleu à la place du orange, c’est pas mal…)!
    Pourrais-tu m’envoyer ton mail stp ? J’ai un petit truc à te demander.
    merci et à très bientôt !
    Adrien

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