The Human Centipede, de Tom Six

Deux jeunes et jolies touristes américaines visitent l’Europe. Alors qu’elles se trouvent en Allemagne à la recherche d’un night club, elles se perdent au milieu de la forêt. Elles tombent alors sur la luxueuse villa d’un éminent chirurgien à la retraite : le Dr Heiter. Ayant passé sa vie à séparer des siamois, l’homme est devenu misanthrope et souhaite tenter l’expérience inverse : assembler trois personnes en utilisant le système digestif, et donc relier la bouche de l’un à l’anus de l’autre par le biais de la chirurgie…

A défaut d’être un chef-d’oeuvre, The Human Centipede (le mille-pattes humain en français) est un film que l’on n’a jamais vu, un concept « what the fuck » sur toute la longueur. Le début du film, copié-collé de Hostel et autre torture porn dans les balkans, n’est qu’un traquenard. Le récit rejoint rapidement les terres de Cronenberg, et plus précisément les frères Mantle de Faux semblants, pour une démolition du serment d’Hyppocrate. Le réalisateur se vante d’avoir demandé à un chirurgien si une telle opération serait possible. Dans le film, la méthode (illustrée par le schéma ci-dessus) nous est donc exposée avec moult détails anatomiques, qui rendent crédible et donc effrayante, cette idée absurde de faire un collage bucco-anal de trois humains.

La réussite du film tient surtout à son acteur principal, Dieter Laser, interprétant le savant fou. Prenant son rôle avec un sérieux indéboulonnable, il fait flipper car l’on ne sait jamais s’il faut éclater de rire ou être terrorisé. Le Dr Heiter possède le flegme de l’inspecteur Derrick mais dès que l’on évoque la chirurgie, sa passion s’éveille quelque peu et il constitue un parfait successeur à Herbert West, le réanimateur. Dans un entretien, Tom Six qualifie l’acteur de « Christopher Walken déshydraté », ce qui correspond bien à la description. Avec talent, il joue de son charisme naturel. La vaste maison du bon docteur participe aussi au malaise claustrophobique. Le mobilier est noble et les murs d’un blanc immaculé. Tout est rangé, rien ne traîne, et les accessoires sont limités au strict minimum. La décoration  consiste en d’immenses tableaux où figurent des représentations artistiques de siamois et d’opérations chirurgicales. A la cave, bien sûr, il y a un petit bloc opératoire avec tout le nécessaire.

Le plus dérangeant provient certainement de l’aspect sexuel. Le réalisateur joue avec les clichés, histoire de rendre la chose encore plus provocante. Notre savant fou a donc forcément des allures de médecin nazi, et il arbore parfois un accoutrement digne de l’iconographie SM, à base de cravache et de bottes munies d’éperons (bite my boots!). Il incarne par conséquent le dominateur ultime et son mille-pattes humain est son esclave. Il joue avec lui comme avec un chien. De par sa nature même, la créature mutante est forcée à la coprophagie; le déjeuner de l’un faisant le dîner du suivant. Dans cet amalgame de membres et de duodénums, certaines places valent mieux que d’autres !

Tom Six, réalisateur néerlandais portant un chapeau de cow-boy, réalise là un film original, un film de genre qui ne se réclame pas de cette appartenance justement. Provocant certes, car il touche à des tabous; mais aussi amusant grâce à un humour noir décomplexé. L’auteur a su doser l’horreur visuelle, en mettant un peu de gore, mais pas trop, et juste au bon moment. Il a déjà promis une séquelle, avec un mille-pattes humain composé de douze personnes. Je ne sais pas si c’est une bonne idée.

Le film sortira dans toutes les salles de France pour les fêtes de Noël. Non, je plaisante. Avec un peu de courage, vous pourrez le voir dans la nuit du 9 octobre (à 2h du matin) au Katorza à Nantes pour le festival de l’absurde séance. Sinon il faudra se rabattre sur le blu-ray ou le dvd anglais qui sort le 4 octobre chez Bounty Films.  Le blu-ray bénéficie d’un piqué exceptionnel rendant l’expérience encore plus traumatisante. Le son est en DTS MA 2.0 « seulement » mais suffisant pour poser une ambiance des plus bizarres. Les bonus comprennent des entretiens avec Tom Six qui revient sur la genèse de son film, l’origine de ses idées délirantes et le travail avec les acteurs qui n’a pas été de tout repos (rester toute la journée à quatre pattes, la tête collée aux fesses d’un autre, c’est pas évident). Autres bonus : un reportage « behind the scenes », des scènes coupées, et la bande-annonce et le commentaire audio du réalisateur.

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