Bitch Slap, de Rick Jacobson


Non, Cinétrange ne fait pas enfin dans le porno, ce portnawak ricain joliment titré Bitch Slap n’est autre chose qu’une nouvelle giclée profitant de la mode lancée par Quentin Tarantino et Robert Rodriguez avec le projet Grindhouse. Le but des investigateurs de Bitch Slap est d’offrir un délire nostalgique avec des femmes à fortes poitrines dans des tenues très économiques et avec un vocabulaire qui ferait exploser le caisson de Pierre Larousse. Ça sent évidemment l’hommage au Faster, Pussycat! Kill! Kill! de Russ Meyer (tout à fait assumé de la part des créateurs du film), et au fur et à mesure de ce bordel, les références ne manquent pas : nous passons – très légèrement – par l’esprit enragé des films de Blaxploitation comme Coffy ou Foxy Brown pour terminer sur de la production Roger Corman. Ça peut donner envie, mais de quoi parle ce truc ? Trois filles (une strip-teaseuse, une junkie en cavale et une femme d’affaires) se retrouvent dans le désert californien à la recherche d’un butin qu’elles vont tenter de voler à un grand ponte de la pègre. Tout simplement.

Réalisé et co-scénarisé par Rick Jacobson, rejeton de la télévision qui nous avait offert quelques épisodes d’Alerte à Malibu, Hercules : The Legendary Journeys, Nikita et surtout Xena, la guerrière, Bitch Slap est à la base un produit de fan pour des fans (je parle bien de fans de films d’exploitation). Ecrit de sorte à ce que le film soit réalisé de la manière la plus économique possible (aucune scène de nuit, un seul lieu en extérieur, tous les autres sont réalisés devant un fond vert) et surtout de sorte à ce qu’il soit le plus racoleur (des gonzesses à moitié à poil, de l’action et un scénario tenant sur un ticket de métro), le film de Rick Jacobson n’est finalement pas si proche des délires de Russ Meyer et se retrouve aux antipodes des films de Jack Hill. Dans l’esprit, un film comme Pervert! de Jonathan Yudis, réalisé en 2005, possède bien plus la saveur d’un Russ Meyer (Vixen! style), tandis que Bitch Slap ne s’amuse qu’à recycler des idées, et pas forcément les meilleures, pour devenir un soi-disant hommage.

Il y a dix ans, elle était au collège.

L’histoire se balance entre le présent des trois filles dans le désert californien et les flashbacks censés justifier leur situation. Même si le scénario faiblard aurait pu être pardonnable, la réalisation de Rick Jacobson suscite l’ennui et parfois même le dégoût. La totalité des séquences de flashbacks étant tournée devant un fond vert, la laideur des images se retrouve d’autant plus accentuée ; en bref, ça pue le numérique dans tous les coins à se demander parfois si les acteurs sont bien en chair et en os. Et malgré le titre du film et son affiche s’adressant essentiellement à un public masculin, Bitch Slap est étrangement très puritain, ce qui l’éloigne encore plus de ses influences. Une bataille d’eau, un pseudo strip-tease, un roulage de pelle entre filles et le film en a fini. Finalement, Bitch Slap est très proche d’une petite allumeuse que l’on pourrait croiser lors d’une soirée étudiante : ça agite volontairement le décolleté sous le nez, ça frotte son cul contre n’importe quoi et n’importe qui sans véritable sensualité, mais ça se plaint lorsque tu lui fais part du fond de ta pensée.

America Olivo (à gauche) est vénère d’avoir joué dans le remake de Vendredi 13. Plus tard, elle apprendra qu’elle jouera dans Transformers 2.

Cela dit, le film offre des combats parfois bien fichus chorégraphiés par LA qualité du film qui est Zoe Bell, fidèle de Tarantino qui a bossé sur Kill Bill 1 & 2, Inglorious Basterds et Death Proof, mais aussi sur des films comme Blood & Bone et Le Royaume. Il serait aussi juste d’avouer que le charme des actrices principales (très particulièrement celui de Julia Voth) fait plaisir aux yeux et leur prestation (très particulièrement celle d’America Olivo) a le mérite d’être convaincante même si elle vire dans la caricature.

Mais au final, Bitch Slap est loin d’être fun et, en plus de sa réalisation dégueulasse, souffre d’une trop longue durée (1h48) et d’un humour d’ado attardé qui rend l’expérience difficilement supportable, mais gagne sa place à côté du Machete tout pourri de Robert Rodriguez.

« Le doigt de Dieu se fourre partout. » (Flaubert)

Contrairement à ce dernier, Bitch Slap n’a pas connu de sortie en salles en France, et aucune sortie DVD n’est encore prévue chez nous. Le DVD dont il est question ici est un Zone 1 édité par Fox Home Entertainment (avec sous-titres anglais et espagnols) pour le moins généreux côté bonus : 2 commentaires audio (un avec le réalisateur et son co-scénariste, Eric Gruendemann, et un autre avec les trois actrices principales) et un making of d’1h40 titré Building a Better B-Movie. Celui-ci, assez complet, propose une observation du tournage sous tous les angles tout en proposant des interviews relativement sympathiques de la part de l’équipe du film. Malgré le pauvre résultat de son travail, Rick Jacobson apparaît comme un réalisateur plutôt humble aux intentions tout à fait louables et le tournage semble s’être déroulée dans une ambiance bon enfant. Malheureusement, pour quelqu’un qui n’a pas apprécié le film, il est très très dur d’arriver au bout de ce documentaire…

Zoe Bell (au centre). C’est tout.

A propos de Rock

même si son nom évoque la boxe ou le catch, il y a une grande sensibilité chez Rock. Enfant spirituel d’Harmony Korine, il se plait à explorer les mêmes errances que le réalisateur américain. Même si ses goûts sont larges, il s’intéresse au cinéma mal branlé, et éprouve une compassion pour les réalisateurs fauchés. Ceux qui n’ont pas le budget mais qui font leur métier en y mettant tout leur coeur. Grand mélomane (Ernest Ping, Nipple boy), il s’essaie à la réalisation de clips et de courts-métrages. Domicilé à Strasbourg

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