Scott Pilgrim vs The world 2


Film protéiforme, SPVTW ne raconte ni plus ni moins que des souvenirs d’adolescence. En cela, l’intrigue ne va évidemment pas chercher très loin, et tout comme Shaun of the dead du même réalisateur, il ne cherche pas à véhiculer un message hautement philosophique. L’histoire évoque les affres amoureux d’un jeune homme de 22 ans, qui cherche à se décider avec qui il doit flirter. D’un côté, il y Knives Chau, une minette de 17 ans qui l’admire parce qu’il est trop cooool; il maîtrise les jeux d’arcade et joue dans un groupe de rock. De l’autre, il y a Ramnoa, la fille de ses rêves, plus âgée, plus mature (les flashbacks nous révèleront qu’elle a terminé sa période rebelle). La seule portée du film  est donc l’illustration de l’habituel passage de l’adolescence à l’âge adulte. Entre les deux, Scott Pilgrim devra affronter tous les obstacles de cette période de la vie représentés par les ex maléfiques de Ramona : la mode, les régimes alimentaires, la célébrité, la recherche d’une identité sexuelle, le talent musical, la cupidité. Chaque personnage caricatural se définit par un seul trait de caractère, considéré par la société adolescente qui trouve cela « cool ».

Là où le réalisateur Edgar Wright fait fort, c’est qu’il invente de nouvelles règles et définit un nouveau média, à équidistance du jeu vidéo, du cinéma et de la bédé. Il transforme donc ce qui avait l’air d’être une comédie romantique pour ados, en spectacle audio-visuel truffé d’idées de mise en scène. C’est peut-être là également son inconvénient car le public doit accepter ces nouvelles lois qui régissent non seulement le déroulement de la trame mais aussi la crédibilité de l’univers. On pourra éprouver un certain plaisir à voir Wright enfreindre volontairement l’habituelle grammaire cinématographique, au risque que tout un chacun se réfère aux lois tacites du cinéma pour démonter le film. Ainsi quand le téléphone sonne, on voit marquer « drrrriiiing » sur l’écran. Cet effet purement esthétique n’a aucune espèce d’intérêt puisque le cinéma, depuis qu’il est « parlant », peut très bien diffuser le bruit du téléphone. Par contre, le « drrriiing » écrit est tout simplement indispensable en bande-dessinée. L’artifice n’a aucune utilité dans le film mais c’est oublier que nous regardons autre chose qu’un film. Pourquoi mettre un « drrring » écrit ? Pourquoi pas, arais-je envie de dire ? En quoi est-ce réellement gênant si ce n’est que ça bouscule notre conception de ce que devrait être un film.

Cela peut être perçu comme une faiblesse du réalisateur (mettre un effet clipesque pour faire « style ») mais l’objectif premier d’Edgar Wright est vraiment de se référer à plusieurs médias en même temps. D’autres artifices, tout aussi inutiles en mode « cinéma », sont inspirés du jeu vidéo : la barre de pipi ou l’extra-life. Il s’agit d’une vie supplémentaire que le héros a gagné et qui n’a de sens que dans un jeu puisqu’elle donne au joueur l’occasion de rejouer une même partie. Dans un film, refaire vivre à un personnage une même scène mais de façon différente tient de l’hérésie et n’est acceptable que si elle vient d’un délire bien défini (les fins alternatives de Wayne’s World) ou alors d’un élément surnaturel (Un jour sans fin).

Et tout le film est ainsi, modifiant les règles physiques ou logiques. Un cut de montage (transition ciné) peut servir de transition géographique. Plusieurs fois, le son qu’entendent les personnages dans la scène, servent en fait de bande originale au film. A un moment Scott Pilgrim s’exclame : « pourrais-tu me résumer la relation que tu as eu avec ce salaud afin que je trouve un détail que je puisse utiliser au bon moment ? ». A travers cette ligne de dialogue, le personnage se place à un niveau diégétique et informe purement et simplement le spectateur de ce qui va suivre !

Les nombreuses scènes d’action, d’homériques bastonnades, sont également un mélange de cinéma façon Matrix et de jeu de combat. Les chorégraphies sont parfois complexes, à base de kung-fu, de figures acrobatiques réalisées à partir de combinaisons compliquées de touches et de pouvoirs spéciaux surnaturels.

L’autre piège du film est de voir dans le film le portrait du geek traditionnel (féru d’informatique, boutonneux, looser en amour, fan de star wars). Si le film prend quelques éléments de jeux-vidéo des années 90, il n’en fait pas pour autant son fer de lance, et surtout Scott Pilgrim n’est pas un geek. On le voit une fois jouer sur un jeu d’arcade, relever son email, et jouer le score de Final Fantasy à la basse. Ca s’arrête là. Scott est donc un adolescent comme les autres. S’il y a des références parsemées ça et là, elles sont assez rares et ne sont aucunement utiles à la compréhension de l’histoire. Michael Cera, au physique de gringalet, n’est pas un autiste et il devient super fort dès lors qu’il s’agit de se battre. Encore une fois, c’est une entorse au réalisme mais personne n’a dit qu’il s’agissait d’un film réaliste. De l’aveu de l’auteur de la BD originale, Scott est le héros d’un film qu’il se fait de sa propre vie.

Il ne faudra pas sous-estimer la musique dans le film. L’adolescence de Scott Pilgrim, c’est avant tout faire du « rock indépendant » avec son groupe. Durant tout le film, Edgar Wright tente de communiquer l’enthousiasme, l’énergie, et le fun de faire de la musique qui dépote et aussi de l’écouter, l’esprit « garage » en somme que de nombreux ados. Pour cela, Beck s’est chargé de composer un rock qui fait du bruit. La musique contamine également les scènes d’action et inversement et l’on a parfois l’impression de voir une comédie musicale mixée avec du jeu vidéo comme dans l’hallucinante scène où le premier ex maléfique, Mathew Patel, se lance dans une espèce de parodie de bollywood avec des vampires !

Scott Pilgrim reste un objet indescriptible. Une première vision offre avant tout une claque dans les mirettes et les oreilles. C’est un mille-feuille additionnant les genres, mélangeant les médias culturels. Indigeste selon certains, avant-gardistes selon d’autres, on ne peut cependant pas nier l’exceptionnelle densité des idées en tous genres. On peut le regarder plusieurs fois et toujours trouver des « trucs » même dans des scènes à priori toutes simples.

Le film est furtivement sorti en salles fin décembre et est déjà disponible en blu-ray toutes zones aux USA.


A propos de Jérôme

toute-puissance mégalomaniaque, oeil de Sauron, assoiffé de pouvoir et d’argent, Jérôme est le father de big brother, unique et multiple à la fois, indivisible et multitude, doué d’ubiquité. Il contrôle Cinétrange, en manipulant l’âme des rédacteurs comme des marionnettes de chiffons. Passionné de guerre, il collectionne les fusils mitrailleurs. Le famas français occupe une place d’exception dans son coeur. C’est aussi un père aimant et un scientifique spécialisé dans les nouvelles technologies de l’information. Pour faire tout cela, il a huit doppel gangers, dont deux maléfiques. Il habite au centre du monde, c’est-à-dire près de Colmar.


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2 commentaires sur “Scott Pilgrim vs The world

  • Jérôme Auteur du billet

    Bonne nouvelle (enfin pour ceux qui sont patients), le dvd/blu-ray est annoncé chez Universal pour le 5 avril 2011.

  • hrodwolf

    Yo, trop de la balle ce film !!!1
    En plus d’être fun et marrant, SPVTW donne envie de revenir à la fin de l’adolescence, de se balader par une fraîche nuit d’hiver et faire de la balançoire avec une jeune fille en fleur (oups cette vanne est involontaire).
    La superbe musique rock n’est pas en reste, elle met dans l’ambiance et mon pied bas la mesure sans même que je m’en rende compte à chaque visionnage.
    Ton article est vraiment excellent et m’a fait découvrir des éléments que je n’avais pas remarqué. L’analyse que tu y fais sur la création d’un nouveau média est très interessante et plutôt bien vue.
    En revanche tu ne réponds pas à la question fondamentale :
    Knives ou Ramona ?