Armadillo de Janus Metz

Après Démineurs, Restrepo, Lebanon, Generation Kill, nous poursuivons notre exploration des films de guerre contemporains.

La séquence d’introduction ressemble à l’émission « striptease ». On y voit les jeunes recrues au sein de leur quotidien, avant le grand départ. Ils écoutent du métal, font la chouille une dernière fois en se payant une stripteaseuse (justement) et disent au revoir à leur famille.

Dans son approche, Armadillo ressemble beaucoup à Restrepo. Un courageux journaliste (le réalisateur Januz Metz) décide de suivre au jour le jour une unité de jeunes soldats, déployés en Afghanistan pour combattre les talibans en 2001. La différence ici est que nous avons à faire à des danois et non aux habituels marines US. Qu’ils soient américains ou vikings, on remarque que les jeunes gens ont tous une certaine envie de se battre, au moins pour tenter l’expérience. Les différences se trouvent dans la gestion du stress. Dans Restrepo, les soldats sont (trop) préparés, surentraînés, et du coup ils appréhendent le combat proprement dit. Les Danois, eux, ont apparemment toujours du recul, avec à un humour omniprésent. Ils semblent aussi  réfléchir au conflit et au bénéfice de leur propre présence sur les lieux, contrairement au Marine dont l’objectif est de faire son devoir patriotique. Même en situation de danger, il y en a toujours un pour plaisanter. Cela peut passer pour de l’inconscience mais ils semblent tout de même moins affectés en cas de souci. Le film a donc l’intérêt de nous montrer un point de vue européen, ce qui est plutôt rare.

Cependant, les intentions du réalisateur ne sont pas très claires. Dans un entretien figurant dans les bonus, il affirme qu’il a voulu retranscrire l’authenticité. Il est certainement impossible de faire un documentaire totalement objectif. Mais son film fait tout pour se présenter sous les traits d’une fiction. Le montage, la photographie (métallique façon La chute du faucon noir) et le rythme font que ce que nous voyons pourrait très bien être « mis en scène » et joué par des acteurs. Il y a même une structure dans la narration et un « climax »  constitué par un accrochage sanglant avec un petit groupe de talibans. Pour finir, la jaquette entretient aussi l’ambiguïté : « pour vous c’est du cinéma, pour eux c’est la réalité ». Étrange démarche que de vouloir faire passer la réalité pour du cinéma…

Au final, le film n’apporte donc pas un regard très « neuf » sur cette guerre en particulier et sur la guerre en général. On retrouve à nouveau la situation difficile des civils, qui ne peuvent dénoncer les talibans sous peine de se faire massacrer par ces derniers. On constate que si les moyens humains, matériels et technologiques sont là, c’est toujours le « renseignement »  qui pêche. Où viser, qui viser, restent de grandes inconnues. On voit que l’on peut tout à faire à distance (les drones) et par écran interposé. Mais quand l’ennemi ressemble à n’importe quel paysan, le déballage d’armes high-tech est inutile.

Le film soulève tout de même un point particulier qui avait créé la polémique à sa sortie. Pendant un combat, des talibans sont cachés dans un fossé. Les Danois envoient une grenade, ce qui anéantit les ennemis. Problème : ils ne sont pas tous morts mais agonisants et gravement mutilés. Dans le feu de l’action, les soldats décident de les achever « le plus humainement possible ». Sur le coup, ils pensaient que c’était la meilleure chose à faire. Même lors du débriefing, l’adrénaline ne retombe pas et les soldats revivent l’événement avec une certaine passion. Ce n’est que quelques jours plus tard que les conventions de Genève viennent sur le tapis et que l’on commence à se poser des questions. Difficulté supplémentaire : le réalisateur a tout mis dans son documentaire, trahissant ainsi l’esprit de groupe des soldats. Pourtant cette honnêteté fait que l’on ne peut que comprendre la difficulté à gérer des questions morales, dans une situation de danger mortel, où le meurtre devient permis.

Le blu-ray permettra d’apprécier les différentes méthodes de tournage. Les décors naturels de l’Afghanistan sont capturés de manière esthétique avec un piqué exceptionnel tandis que les combats rapprochés sont filmés avec une caméra embarquée dotée d’une faible résolution. Dvd et blu-ray sont déjà disponibles chez Distrib Films.

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