Grace, de Paul Solet

Décidément la malédiction du festival de Gérardmer persiste et dure. Les meilleurs films de la compétition se retrouvent systématiquement au placard et ne bénéficient plus de sorties en salles. Après Stuck, Triangle et Dream home pour n’en citer que quelques uns, c’est au tour de Grace d’en faire les frais. Bonne nouvelle : le film est disponible avec le nouveau Madmovies.

Tourné avec très peu de moyens dans des conditions pour le moins minimalistes (décors réduits à l’essentiel et peu de scènes en extérieurs), Grace possède l’arrogance et le charme instantané des premiers films, soit une volonté jusqu’au-boutiste de ne pas céder aux sirènes de la facilité, de traiter son sujet frontalement, sans détour ni second degré, sans temps mort et retournements de situations improbables. En moins d’une heure vingt, le jeune Paul Solet par le biais du cinéma de genre saignant, traite de la maternité, du rapport malsain que va entretenir une mère avec son enfant, revenu d’entre les morts. Et oui, un bébé zombie assoiffé de sang ! Le concept n’est pas tout à fait neuf mais Solet a eu la bonne idée de donner au nourrisson un aspect physique tout ce qu’il y de plus normal. Rien à voir avec la monstruosité physique et l’agressivité du nouveau né dans Le monstre est vivant de Larry Cohen.

Il se dégage de cette œuvre lancinante et étouffante, une tristesse, une mélancolie sourde qui rappelle un autre film magnifique sur une maternité anormale, Chromosome 3 de David Cronenberg. D’ailleurs, la future maman se rend chez une sage-femme qui habite dans un lieu un peu mystique et retiré rappelant la demeure du psychiatre qu’incarnait Oliver Reed. Une influence peut-être inconsciente mais qui ne dessert jamais le déroulement d’une intrigue aussi ténue que touchante.

Le film s’ouvre par une séquence de sexe filmée volontairement sans conviction. La fille s’ennuie, elle  accepte sans rechigner les assauts de son partenaire mais semble complètement ailleurs.  L’acte physique est réduit à sa fonction première : la reproduction. Ensuite, Pete Solet décrit avec justesse et précision un univers petit bourgeois, aseptisé et coquet juste comme il faut. La mort brutale dans un accident de voiture du mari marque le basculement de cette série perverse et pourtant émouvante. Fini le petit bonheur « surfait » du gentil petit couple surveillé de près par des parents trop présents. Le malaise s’installe insidieusement (la terrifiante belle-mère incapable de surmonter le décès de son fils) et contamine le destin tragique d’une mère incapable de voir la réalité en face. Par amour, elle va sombrer dans une folie rappelant le niveau anxiogène des premiers films de Polanski (en particulier Répulsion).

Baignant dans une lumière éclatante, loin des teintes austères auxquelles le cinéma d’horreur contemporains nous gratifient en général, Grace nous plonge dans un quotidien paisible qui va basculer progressivement dans l’horreur. Si on peut regretter quelques effets grands guignols inutiles sur la fin et des seconds rôles sans envergure, l’ensemble frappe par sa rigueur, sa cohérence thématique et sa mise en scène, classique mais maîtrisée de bout en bout.

Porté à bout de bras par l’excellente Jordan Ladd, Grace révèle un cinéaste talentueux à mi chemin du Polanski de Rosemary’s baby et du Frank Henenlotter des débuts. Le film frappe par ses images entêtantes (les mouches qui s’agglutinent autour du bébé, la belle-mère qui tente de séduire son mari devant une glace) et surtout par son climat dérangeant et paroxystique. Un premier film réussi.

(USA/CAN-2010)  film de Paul Solet. Avec : Jordan Ladd, Gabrielle Rose, Samantha Ferris, Malcolm Stewart. TF1 video. Format : 2.35 (16/9 compatible 4/3). Son : Français (dolby digital) Anglais (5.1). Sous-titres : Français. Bande annonce

0 commentaires sur “Grace, de Paul Solet”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *