Last Caress


On avait quitté le duo François Gaillard et Christophe Robin sur Blackaria, tentative intéressante de raviver le giallo à travers un univers onirique et fétichiste évoquant à la fois Lewis Caroll, Le venin de la peur de Lucio Fulci, la série des Femme scorpion et le Brian De Palma des années 70. Sans crier au génie, le résultat était souvent surprenant, visuellement inventif et souvent touchant de par cette volonté de sortir des sentiers battus.

Last caress se situe dans la même veine mais affiche des ambitions moindres, permettant au film d’être à la fois plus efficace mais aussi plus timoré sur le plan narratif et visuel.

En s’inspirant ouvertement, du moins pendant les 20 premières minutes, du génialissime La baie sanglante, les auteurs rentrent d’emblé dans le vif du sujet, mêlant sexe, gore et humour potache dans une ambiance à la fois sensuelle, ironique et décomplexée. On pense aussi à l’excellent Torso de Sergio Martino. Le pitch, assez rudimentaire, tourne autour d’un tableau que convoitent plusieurs personnages dans un manoir. Pendant  ce temps, cinq individus, visiblement en vacances, viennent rendre visite à la propriétaire des lieux, détentrice du fameux tableau, pur « Mc Guffin » au sens Hitchcockien du terme. Le jeu de massacre commence dans une atmosphère très old school,  naviguant entre l’imagerie gothique sixties des films de Margheriti ou Bava (toutes les séquences nous plongeant dans le passé mystérieux), les slashers eighties et les films érotiques kitch dont nous abreuvait régulièrement M6 le dimanche soir.

Le scénario devient alors un prétexte à toute une série de meurtres graphiques très habilement découpés et filmés, agrémentés de scènes de cul plutôt osées dans ce type de production fauchée. Ce ne sont pas des actrices X qui sont venus faire leurs petites apparitions mais bel et bien des comédiennes amatrices  peu farouches pour montrer leurs charmes. En premier lieu la chef opératrice, Anna Naigeon, qui entretient un curieux effet miroir avec son propre corps. Pour ma part, je regrette que la jeunesse des comédiens qui ne collent pas avec l’âge réel des personnages.

Le rythme soutenu maintient le spectateur en éveil, qui ne sait pas toujours s’il assiste à un pur film de genre excessif et primaire ou à une bouffonnerie sanglante jouant à fond la carte du second degré. Connaissant François, je pencherais pour la première option mais il est évident que le film oscille constamment entre les deux tendances sans jamais vraiment trancher dans le vif. D’où parfois, l’impression d’assister à un slasher moderne « à la manière de »  qui ne s’assume pas complètement. Passé ces réserves, à prendre avec des pincettes si l’on se focalise sur le maigre budget, Last Caress (titre repris à un morceau des Misfits, group punk garage dans la lignée des Cramps) est une bonne surprise, qui démontre qu’avec un dixième du budget régie de n’importe quel film d’auteur français,  il est encore possible de réaliser des pelloches qui tiennent la route avec tout ce qui fait saliver le voyeur qui est en nous ; des effets gores crédibles (encore une fois bravo à David Scherer qui livre un travail impressionnant), de l’érotisme chic, des dialogues drôles et vulgaires comme on les aime et surtout un sens de la topographie et de la mise en scène qui n’a rien à envie à certaines productions cossues. D’autant que la direction d’acteur (mention spéciale à Anthony Cinturino très crédible en tueur impassible) est  plutôt soignée et les dialogues mieux écrits que dans les précédents opus de François Gaillard. A ce niveau, la présence de Christophe Robin est précieuse.

Une fois admis les partis pris et les intentions plastiques, Last caress séduit aussi par sa photographie contrastée,  naviguant entre l’esthétique glacée de certains bons pornos de Marc Dorcel et une luminosité éclatante teintée de rouge et de bleues héritée des meilleurs films de Mario Bava. Les séquences en extérieurs sont moins convaincantes d’un strict point de vue visuel.

Pour l’instant invisible hors festival, le film sortira très prochainement en DVD et peut-être Blu-Ray chez Le Chat qui fume. Logique, on est jamais mieux servis que par soi-même. Du pur cinéma d’exploitation, jubilatoire et racoleur, sincère et jamais ennuyeux. C’est le principal !

(FRA-2011) de François Gaillard et Christian Robin avec Julie Baron, Antony Cinturino, Guillaume Beylard, Ioanna Imbert, Yannis El Hajji, Anna Naigeon, Clara Vallet, Aurélie Godefroy.



    A propos de Manu

    Docteur ès cinéma bis, Manu est un cinévore. Il a tout vu. Sorte d'Alain Petit mais en plus jeune, son savoir encyclopédique parle aux connaisseurs de films méconnus. Il habite près de Montpellier où il peut observer la faune locale : le collectif School’s out, l’éditeur le chat qui fume et l’éditeur Artus Films. Avec son air d’Udo Kier, il n’est pas exclu qu’on le retrouve dans une production de genre.

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