Drive, de Nicolas Winding Refn

Ne faites pas de ce que dit ce grand maniaco-dépressif d’Hamlet une généralité  : il n’y a pas que du pourri au Royaume de Danemark, il y a aussi Nicolas Winding Refn. Après une trilogie Pusher qui en a estomaqué plus d’un (et révélé Mads Mikkelsen), suivi d’un Bronson et un Valhalla Rising  plus discutés malgré leurs qualités, il était facile de croire que la première incursion du réalisateur/gambler dans le cinéma américain risquait d’être décevante. Soyons clair d’entrée : Ceux qui pensent ainsi se gourent méchamment.

Drive n’a à posteriori que peu de rapport avec The Driver de Walter Hill (1978), que la trilogie basse du front des Transporteur avait déjà sympathiquement pillé. Certes, on retrouve une manière identique de présenter un personnage à priori semblable : un « chauffeur » freelance (Ryan Gosling), professionnel au sens noble, louant ses compétences de pilote à des braqueurs le temps d’un casse. Un homme peu loquace, aux nerfs d’acier, méticuleux et qui ne sera jamais nommé. Refn va coller au train de ce personnage solitaire qui ne semble avoir pour seul vrai foyer que le siège conducteur d’une muscle-car. L’appartement quasi monacale qu’il occupe est voisin de celui d’Irene (Carey Mulligan), dont le mari est en prison, et son fils Benicio. Comme tout authentique solitaire taciturne serait enclin à le faire, le « Driver » va s’attacher rapidement et intensément à la jeune femme et l’enfant. Seulement, derrière la décontraction inébranlable, la nonchalance et la tendresse contenue mais réelle du Driver se cache une violence froide et expéditive, qui s’exprimera dès que la sécurité de ses « proches » de fraîche date sera compromise.

Avec Drive, Refn livre un film profondément masculin en toute sincérité et simplicité, sans user des ficelles grosses comme le calibre du Desert Eagle, de machisme échevelé, de sentiment de puissance en solde ou de punchlines qui sentent la sueur de burnes. Son Driver est néanmoins un archétype propre à titiller le besoin d’identification du spectateur mâle : il est cool, il est beau gosse, il conduit comme un dieu, il bosse dans le cinéma (il est cascadeur), il a de l’honneur et de la probité… C’est une sorte de chevalier errant un peu voyou, un héros d’un autre temps aux valeurs surannées, un cousin éloigné version automobile du Ghost Dog de Jim Jarmush. Mais Refn va aussi entrainer ce même spectateur vers le côté immensément sombre et dangereux de cet archétype, via la référence omniprésente du scorpion, des scènes d’une brutalité sèche et intense, ou même allant braconner du côté du slasher old school le temps d’une séquence renvoyant à Halloween ou Maniac. Cependant, il ne fait pas de son Driver un simple schizophrène et le montre tout à fait capable de juxtaposer la tendresse la plus intense à la violence la plus extrême lors d’une scène bouleversante dans un ascenseur. Le Driver est tout simplement un homme conscient de la force qui l’habite et qui pourrait bien, ironiquement et tragiquement, le séparer de ceux qu’il veut protéger en l’utilisant.

Drive est donc plus qu’un film noir bigrement bien emballé. Ce n’est pas seulement le portrait sensible d’un homme hors de son temps et fonctionnant selon ses propres règles. C’est aussi un vrai film de mecs, une catharsis pour homme viscérale et d’une puissance peu commune . « Si votre film plait à tout le monde, c’est qu’il est raté » avait dit Nicolas Winding Refn… Il est effectivement probable que tout le monde ne goûte pas la violence et la linéarité délibérée de Drive. Mais alors que le film fait déjà sensation dans les festivals et a récolté le prix du meilleur réalisateur à Cannes (amplement mérité), il se pourrait que la dernière œuvre du réalisateur danois le fasse un peu mentir. À la vue du film, ce ne serait que justice.

Sortie le 5 octobre 2011

15 commentaires sur “Drive, de Nicolas Winding Refn”
  1. Refn fait dire à un de ses personnages ce qu’il pense du film :
    « Un film sexy avec des courses de voitures. Les critiques disent que c’est européen. Pour moi c’est juste de la merde. » (cité de mémoire)

    Assez d’accord avec tout ça. C’est très divertissant et très bien ficelé. C’est très bon si on compare avec 99,9% des films qui sortent en ce moment. Mais comparé a quelques grands films de l’histoire du cinéma, ça ne vole quand même pas très haut. Et si on s’en tient à la filmographie de Refn, ça n’est pas aussi novateur et libre que les Pusher.
    En fait, le héros, c’est Refn lui-même. Il nous raconte son histoire dans ce film; voila ce que j’en retiens:
    Il a toujours vécu à Los Angeles, mais il vient juste d’emménager. Il est fou amoureux de la muse européenne, mais il a besoin d’argent pour vivre et pour la faire vivre. Pour ce faire il se contente de « conduire », c’est un bon technicien, mais au volant il peut faire des étincelles. Alors donc il est tirailler entre son amour pour la muse européenne, sa famille qui habite à côté de son nouvel appartement, l’Art et le besoin de pognon. Et le pognon c’est les USA. C’est quoi le monde du cinéma aux USA ? Pas une mère de famille blonde, les seules filles sont des putes aux gros nichons qui dansent nus pour un petit mafieux sans envergure dont les patrons sont d’autres petits mafieux sans envergure. Et tout ce beau à la trouille du parrain, celui qui commande: un « youpin qui se fait pincé la joue comme un gamin de 8 ans » par ceux qui ont vraiment le pouvoir et qu’on ne verra jamais parce qu’il vivent à Philadelphie.
    Alors finalement, la question que tout le monde se pose à la fin du film: Refn va t il rester aux USA ou retourner en Europe ? Va-t-il prendre l’argent ou rejoindre la déesse blonde ? Si il abandonne l’argent sur un parking après s’être débarrassé du mafieux (le même qui avait donné la définition du film au début), on ne sait pas si il retourne en Europe pour autant… Les paris sont ouverts. On peut néanmoins avancé que, si on s’en tient au film, Refn ne restera pas à Hollywood. Mais il existe d’autre cinéma aux USA que le cinéma des mafieux qui font de la merde sexy avec des courses de bagnole…

  2. Il semble que certains ne comprennet pas tout au cinéma…
    Il serait déjà bon de réctifier certaines erreurs dites dans le commentaires précédents:
    Non ce n’est pas l’histoire de Refn.
    Refn est Danois, il vit à New York (rien à voir avec LA) de huit à 18 ans après quoi il retourne au Danemark pour devenir réalisateur. Quant à la blondeur de son actrice, n’oublions pas qu’au Danemark, les gens sont plutot blond tout comme la femme de Refn!
    Mais non, Refn n’est pas pro américain. Ce qui l’interesse? faire du cinéma encore et encore. Et plutot orienté artistiquement plutot que branché divertissement! Tous ses films sont présentés comme des films d’actions et déroutent toujours les amateurs de grosses daubes bien lourdes et bourrées de clichés!
    Non seulement vous trouverez dans Drive de l’action, mais aussi une histoire d’amour, de mafia, et un retour au source dans un style ’80. Cela pourrait s’arreter là mais regardez-y de plus près… Admirez l’atmsphere du film (un film est avant tout une création d’atmosphere propre à l’oeuvre), décollez-vous la rétine par ses plans sublimes et créatifs, surprenez votre esprit par le rythme saccadé, oscillant entre calme intense et ultra violence, mais de grace! Nous vous contentez pas de ne voir que l’histoire en faisant des raccorcis ou des comparaisons!
    Courrez voir ce Film! La palmarès de Cannes cette année fut un bon cru, ouvert et artistique! Drive en est la preuve!

  3. Je trouve plutôt amusant que Mr Freeze nous conseilles de « ne pas se contentez juste de l’histoire du film » tout en critiquant mon critiquant en se limitant justement à la lettre de mon texte…. Peut-être que j’avais une trop haute opinion du lectorat de cinétrange finalement ?
    Me sentant moi-même, au même titre qu’une bonne glace, doué d’une perception extra’sensorielle et transcendante de ce qui fait un bon film (et qui coïncide à point nommé avec l’avis de la critique BCBG de la côte d’azur), j’oserais donc également un conseil: un film doit être jugé sur ce qu’il montre, et non pas sur ce que vous imaginez qu’il montre, ou ce que vous aimeriez qu’il montre, bref un film n’est pas une interprétation littérale mais une suite d’image.Le texte (tout les textes) se prête par contre à une lecture entre les lignes. Que ceux qui ont des oreilles m’entendent…
    (Je dois quand même mettre au crédit de Mr Freeze que j’ignorais que Refn ait habité à New York avant ses premiers films danois, mais ça ne change strictement rien à la validité de mon post précédent. J’ai jamais mis les pieds aux USA, mais en tant qu’amateur de ciné, je pourrais développé la même métaphore qui dirait que j’ai vécu à L.A. toute mon enfance étant qu’à cette époque tout les films que je regardais venaient de là… est-ce plus clair comme ça Mr Freeze ou tu veux un dessin en prime ?)

  4. Je pense vraiment qu’il faut se contenter de l’histoire que nous racontes le film, sinon on peut raconter n’importe quoi, ce qui nous chantes, mais ça n’a plus rien à voir avec le cinéma .

  5. Il semble que monsieur de Al Azif ait un problème avec les gens qui ne sont pas d’accord avec lui. Une telle agressivité est dommage car nous parlons cinéma, nous échangeons des points de vue et des opinions. Que tu n’aimes pas Refn est son film, libre à toi mais de grâce épargnons nous des querelles de clochers! Les gouts et les couleurs sont propres à chacun. C’est un problème pour toi apparemment.
    « bref un film n’est pas une interprétation littérale mais une suite d’image » ??? Ah bon?
    Que le grand Kubrick me croque! Donc un tableau est une simple image, une sculpture, un caillou taillé, etc…
    Avec de telle phrase, on comparerait Fritz Lang à Michel Lang ou Max Pécas? Tous les 3 font des suites d’images? Si pour moi le cinéma est une religion, une telle phrase est un blasphème!
    L’art est une question de vision personnelle, un royaume de subjectivité; bref, c’est encore un monde où la libre pensée règne en maitre et non, comme semble le penser Al Azif une route tracée sur laquelle il convient de rester sous peine de se retrouver sur le bas coté.
    Je ne saurais que trop te conseiller le documentaire « The Gambler » (78′), DVD bonus de la trilogie « Pusher » qui en dit plus long sur Refn.
    Sache enfin qu’il n’y a aucune animosité dans mon commentaire, juste de la passion. Plutot que de marteler ce qui faut voir, comment il faut le percevoir, essayons d’avoir un échange constructif, non?
    Cordialement, un passionné à un autre passionné 🙂

  6. Je cite Mr Freeze: « Il semble que certains ne comprennet pas tout au cinéma…
    Il serait déjà bon de réctifier certaines erreurs dites dans le commentaires précédents »

    J’ai un problême avec les gens qui commencent leur « échange constructif » de cette manière… Surtout ce qui est dit directement à la suite montre que les mêmes personnes ont rien compris à ce que je dit. Une preuve en est que j’ai bien aimé son film alors que tu m’attribues le sentiment inverse. J’ai aucun problème avec ceux qui ne partagent pas mon point de vue tant qu’il ne commence pas leur argumentation par dire que les autres ont rien compris, qu’ils font des erreurs et qu’ils sont de surcroit agressif, intolérants, incultes, et que leur avis est nier avec des références du genres « les critiques de Cannes » ou encore la soi-disant « libre pensée ». Après toutes ces joyeuseté, le fait que tu introduises le thème de la religion n’est même plus nécessaire à démontré la rigoureuse malveillance de ta stratégie d’argumentation.
    1) Tu montres à chaque phrase que tu n’as rien compris à ce que j’ai dit et tu vas jusqu’à m’attribuer des idées et des sentiments qui me sont étrangers.
    2) Tu invoques des arguments d’autorité qui n’en sont que pour toi, ou qui n’ont rien à voir dans la discussion
    3) Tu sors une interprétation académique du cinéma qui sort directement du champs universitaire français, dans lequel tout les critiques de cinéma dominants sont des littéraires et non des cinéastes.
    3) Cerise de l’autorité scolastique: une soi-disant « liberté » qui n’existe dans le vocabulaire et l’argumentation philosophique occidentale que pour expliquer le mal dans un monde où Dieu tout-puissant est bon.
    4) Tu termines en beauté en mettant les biens-pensants de ton côté par un appel à l' »échange constructif » (dont tu viens pourtant de détruire systématiquement tout les prémisses)
    5) Dans ton élan de grandeur, tu vas jusqu’à insinuer une supposée égalité entre nous deux, ce qui est censé achevé de faire passer la pilule en tentant de me récupérer moi-même à ton avis.

    Je résumerai donc ma réponse devant la cour inquisitoriale de Mr Freeze:
    Un tableau est effectivement une image et rien d’autre. Le cinéma une suite d’image. Une sculpture c’est de la matière mis en forme.
    Pour finir je me contenterai de conseillé le visionnage de « La passion de Jeanne d’Arc » de Dreyer à ce qui liront ceci.

  7. Oui… à ceux qui te liront, toi et ta psychologie de salle de bain.
    Résultat, jamais je ne me repointerai ici. Continue à t’admirer avec tes films barbants qui te donnent l’impression d’etre!

  8. La psychologie de salle de bain es un terme que j’envisage effectivement de revendiquer. Comme quoi même une glace composée d’une forte quantité de colorants chimiques peut avoir des lumières.

  9. Al Azif, ton premier commentaire est quand même un peu déplacé. Je comprends un peu Mr Freeze. T’as pas l’impression que tu es parti un peu en live ? ^^
    Personne n’est parfait, je suis le premier à sortir des bêtises…
    Après perso j’ai pas vu le film donc je peux rien dire. J’ai vu Valhalla R. au ciné, ça a fait son ptit effet. J’aurais sans doute beaucoup aimé si la photo n’était pas aussi retouchée, mais ça reste un film-voyage trippant et intelligent.

  10. Sur quoi tu te base pour dire que mon commentaire est déplacé ?
    Une remarque ad hominem peut être déplacée (voir les commentaires de Mr Freeze à ce propos), un commentaire hors-sujet (idem) peut être déplacé. Personnellement je livre une interprétation de ce film, sans jamais dire qu’il s’agit d’une vérité indépassable ou de la seule et unique interprétation. Je ne force pas les gens à y adhérer. Je ne base pas mon argumentation sur le fait que tout le monde se trompe sauf moi, ou sur le fait que « certain ne comprenne rien au cinéma » mais que moi je vous expliquerai quoi penser et comment penser.
    Je me contente, strictement, de relever certains passages du film (que j’ai vu, et oui, c’est incroyable) et je propose de les calquer (ou plutôt de les voir comme un calque) de Refn transposant certains éléments de sa vie à l’écran et incarné par le personnage principal du film Drive (ainsi que par certains éléments portés par d’autres personnages.) J’en profite pour dire qu’une telle interprétation, si elle semble vous choquez, n’est pourtant absolument pas originale. Il demeure que j’en garde l’entière responsabilité. Maintenant, si quelqu’un veut critiquer cela, du point de vue cinématographique s’il vous plait, je le lirais avec un grand plaisir. Si ce commentaire ne vous plaît pas pour une tout autre raison que d’ordre cinématographique et interprétative, je pense ne pas tomber loin de la vérité en indiquant que personne n’en a rien à faire.

  11. Bah Mr Freeze et toi vous devriez vous affronter dans un comics ! ^^
    Là où je trouve que tu pars un peu en live c’est quand tu sors des phrases comme :
    « le pognon c’est les USA. C’est quoi le monde du cinéma aux USA ? Pas une mère de famille blonde, les seules filles sont des putes aux gros nichons qui dansent nus pour un petit mafieux sans envergure dont les patrons sont d’autres petits mafieux sans envergure. »
    En fait je pense pas que ce genre de charge contre le ciné US soit crédible. On est plus dans la haine que dans la critique, je pense. Et les « putes à gros nichons » tu les trouve pas forcément dans le ciné US mais plutôt dans le marché du DTV, et encore… le plus souvent elles ont des petits nichons ! ^^
    Quant à Christina Hendricks, je sais pas exactement quel rôle elle a, mais je la trouve très talentueuse. C’est une bombe atomique certes, mais très talentueuse.
    Un jour un journaliste a demandé à Schwarzie : « Quelle est la différence entre vous et n’importe quel autre culturiste ? ». Arnold a répondu : « Moi je suis un acteur. ». Et quel acteur ! On peut donc être un cliché (qui n’en est pas un aujourd’hui ?) et avoir du talent. De toute façon les clichés envahissent le cinéma et les séries… Les productions d’aujourd’hui sont toutes plus ou moins formatées d’une manière que je n’apprécie guère. Et je vise le cinéma français en premier.
    En général je m’intéresse au cinéma du passé, ça m’épargne beaucoup de souffrance.
    Après il y a surement des propos de Mr Freeze à jeter à la poubelle, je dis pas le contraire.

  12. “le pognon c’est les USA. C’est quoi le monde du cinéma aux USA ? Pas une mère de famille blonde, les seules filles sont des putes aux gros nichons qui dansent nus pour un petit mafieux sans envergure dont les patrons sont d’autres petits mafieux sans envergure.”

    Ca c’est la description d’une scène de Drive. Ce que je pense du cinéma US n’entre pas en ligne de compte dans cette description. Je prétend qu’il s’agit du message de Refn étant donné que c’est lui qui est créditer comme le réalisateur de ce film, et par conséquent de cette (ces) séquences que je résume de cette manière.
    Peut-être devrais-tu allé jeter un oeil au film avant de poursuivre cette conversation ?

  13. Sortie aujourd’hui de « Only god forgives » qui va égalment de le sens de mon interprétation de Drive en poussant encore plus loin le bouchon. Ceux qui n’ont pas apprécier ma critique/interprétation de drive « devraient fermer les yeux. Les autres regarder bien »
    Retour de la blonde aux gros nichons qui ne pense qu’au pognon : elle vient des Etats-Unis bien sûr. Ses fils ? Des dealeurs de drogue dont l’un est complétement taré au point de violé et tuer un fille dès le début du film sans raison. Le second c’est Bryan Gosling, un type complétement impuissant (à la fois physiquement, sexuellement et psychologiquement et même verbalement (sauf une fois, il crie ce qui accentue son impuissance sexuelle). Voila ce qu’engendre le système de cinéma américain pour Refn selon moi d’après ce film (je prend des gants là pour éviter les remarques du genre de celles de Mr Freeze)

  14. Il y a peut-être un manque dans toute les critiques de film: l’ignorance du public auquel s’adresse le film. En fait il s’agit d’un facteur très compliqué à prendre en compte ce qui explique peut-être sa mise à l’écart, pourtant je crois que c’est fondamental au moins dans les deux derniers films de Refn. Si on admet que le public qui paye pour voir Drive et Only god est un public plutôt habitué aux films d’actions américains, Refn réussi le tour de force de faire voir à ce public des personnages dotés à la fois d’une psychologie et d’une vision du monde ambigüe, travaillé par des tensions internes. Pas de méchants vs. gentils, élaboration d’une critique virulente du voyeurisme en utilisant magistralement l’identification des spectateurs pour leur faire voir exactement l’inverse de ce à quoi il s’attendent : le héros de l’histoire ce n’est pas Gosling mais l’acteur thaï, c’est lui le personnage mystérieux mais reconnu par les gamins boxeurs et par le personnage de Gosling, c’est la star du film à l’intérieur du film (intra-diégèse )mais pas à l’extérieur pour le public, ou pas encore à l’extérieur.. en faisant ça il provoque une identification au personnage impuissant, au perdant (monsieur « petite bite » d’après sa propre maman !) et place le vrai héros hors de portée de l’identification psychologique des spectateurs, ce qui dénote une réflexion ou du moins un intérêt assez profond pour l’impact du médium; critique radicale du système de production industrielle du cinéma américain le tout avec une économie de dialogue bien plus parlante que tout le bla bla creux du cinéma actuel ainsi qu’en parallèle une image travaillée, chargée en signification. Scénario abreuvé de christianisme, typique de Hollywood pour certains mais rappelant aussi ses compatriotes Dreyer et Van Trier. Bref il me semble que Refn s’approche de ce que le cinéma français à fait de mieux et qu’il a oublié depuis bien longtemps : un grand art populaire.

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