Hobo with a shotgun, de Jason Eisener 1


Si Godard ou Kubrick se sont souvent amusés à triturer les codes de genres variés (films noirs, SF, guerre…), Tarantino s’est intéressé, plutôt qu’aux codes, à l’esprit d’un Cinéma mal élevé et peu fréquentable, celui que l’on dit « d’exploitation ». D’une certaine manière, Tarantino avait fait dans les 90’s ce que Spielberg et Lucas avaient fait à la fin des 70’s : remettre au goût de son temps l’esprit d’un Cinéma que l’on pensait, sinon révolu, du moins dépassé. Et comme Spielberg/Lucas, Tarantino suscitera beaucoup de vocations ou engendrera des alliances de sensibilités – avec Robert Rodriguez, notamment –  et une espèce de « mouvement » sans nom mais néanmoins reconnaissable.

Si Tarantino et Rodriguez sont plutôt des gamins des 60’s / 70’s et vont naturellement puiser dans l’exploit’ de cette époque, la génération qui les suit est, en toute logique, plutôt inspirée par les fameuses – certains iront même jusqu’à « glorieuses » – années 80. Comme Jason Eisener, jeune Canadien qui, après quelques courts-métrages, tente avec succès sa chance au concours de fausses bandes annonces organisé en 2007 à l’occasion du double programme Grindhouse. Ainsi naquit le court Hobo with a shotgun, idée à la con gentiment branque entièrement résumée par son titre, qui n’avait pas spécialement destination à devenir un long. Il faut se méfier des idées à la con gentiment branques, surtout lorsqu’elles sous-tendent l’ensemble d’un film. C’est vachement instables, ces machines-là… Au mieux, ça donne du culte authentiquement déviant, au pire du gros bouzin qui renifle le fond de calbute mal entretenu.

Mais notre Hobo désormais devenu long métrage ne se situe hélas/heureusement dans aucun de ses deux extrêmes. Quoique, en ce qui concerne l’hypothèse « culte », il convient de laisser passer un certain laps de temps (voire un laps de temps certain) avant de se prononcer. Hobo est, comme l’on pouvait s’en douter, un film-concept et un exercice de style. Et comme souvent dans ces cas-là, cela peut être à la fois sa force et sa faiblesse. Commençons par la « mauvaise nouvelle » : Hobo participe largement de cette tendance toute tarantino-rodriguezienne à la citation cinéphilico-bisseuse. Cela aussi, on pouvait s’y attendre. Ainsi, on trouvera une photo soigneusement étudiée qui rappellera les riches heures de Brain damage (en beaucoup moins granuleux, le film n’usant pas des effets de pellicule en post-prod du diptyque Grindhouse) ou des références plus ou moins directes à Street Trash, bien sûr, mais aussi à Invasion Los Angeles ou Evil Dead 2 (il manque juste un « Groovy ! » à la fin d’une certaine séquence de bricolage pour parfaire le feeling). On le constate, le réalisateur Jason Eisener se déclare, avec franchise, tributaire d’un cinéma indé (au sens large) et low budget. Si on peut lui reprocher d’exprimer son amour sans grande finesse, on peut tout autant lui concéder d’avoir bon goût.

Seulement voilà, le risque lorsque l’on cite ainsi ses références est que l’on prête fatalement le flanc à une comparaison qui peut s’avérer fort peu flatteuse. Et c’est là que l’on arrive à la bonne nouvelle : le film se défend plutôt bien. Hobo fait preuve d’une énergie juvénile effrontée et communicative. Hobo est un vrai trip crade, gore et outrancier dont on croyait que seul Troma avait réussi à conserver miraculeusement la recette. Mais pourtant, ô agréable surprise, Hobo ne se vautre pas dans un second degré post-moderniste hélas trop courant dans le domaine du petit budget qui cherche à dissimuler son indigence sous le masque du « nanar volontaire ». Derrière son côté « film bis à l’ancienne komonhenféplu sétémieuhavan » – le sujet de l’exercice imposé, en l’occurrence – Hobo n’oublie pas d’être un bon film bis, lapalissade a priori, mais pourtant fait assez rare pour être marquant : C’est foutraque et bordélique comme un plaidoyer pour faire de la suspension d’incrédulité une discipline olympique, c’est pulp à souhait et le film montre de quoi se fâcher à jamais avec l’Office du Tourisme Canadien, mais tout ça semble assumé avec une décontraction et une candeur qui font plaisir à voir. Un bon bis, quoi. Et c’est très heureux, parce qu’avec un Rutger Hauer impérial comme interprète principal (je vous fais l’insulte des présentations ?), Eisener avait tout intérêt à ne pas louper son coup.

À dire vrai, on imagine presque que si Hobo with a shotgun était sorti tel quel il y a 30 ans (le fameux « laps de temps certain » ?), il serait sans doute cité en référence au même titre que ses modèles et la chronique que vous avez sous les yeux traiterait probablement de son remake-éloigné-de-l’esprit-bis-de-l’original. Mais voilà, en l’état, Hobo demeure un exercice de style, un pastiche. Réussi, sincère, jouissif et bien plus proche de l’esprit de la lettre que la tentative Grindhouse de Tarantino/Rodriguez. C’est déjà beaucoup pour un premier long métrage.

Disponible en DVD et Blu-Ray chez TF1 Vidéo.


A propos de Nunzio

Nunzio n'a pas un prénom courant, mais il le vit bien. Par égard pour autrui, il prend l'identité pas secrète et plus facile à retenir de Noon (ou Ze Noon) et officie en tant qu'artiste indépendant. Il dessine, il met en page, il infographe, il auteurise et il chronique. Même qu'il fait du théâtre. Bref, Nunzio est assez peu socialement utile.


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Commentaire sur “Hobo with a shotgun, de Jason Eisener

  • manu

    Grosse déception que ce film d’exploitation vulgaire, creux et pas drôle. Et surtout incroyablement moche sur le plan visuel. Reste des effets gore amusants et la prestation convaincante de Rutger Haurer. Pour le reste le film affiche tellement son côté provoc son aspect « grindhouse » que rien ne fonctionne. Dommage.