The ward


En 1966, Kristen se retrouve enfermée dans l’hôpital psychiatrique de North Bend, dans l’Oregon, après avoir été retrouvée près d’une demeure qu’elle venait d’incendier. La clinique ne semble abriter que des jeunes femmes perturbées mentalement et qui disparaissent mystérieusement les unes après les autres.  Kristen va rapidement se retrouver piégée et persécutée par un spectre malfaisant.


John Carpenter is back. Mais dans la position du tireur couché, autrement dit en mauvaise posture. Un temps pressenti pour une sortie dans les salles françaises, The ward sort directement par la petite porte en DVD et Blu-Ray, victime sans doute de rumeurs peu flatteuses. A lire les premières critiques sur le Web, le pire était à craindre.

A 64 ans, John Carpenter n’a, au fond, plus rien à prouver. Même s’il est triste de voir un des plus grands cinéastes américains issu des années 70 réduit aujourd’hui au rang de yes-man. Les échecs consécutifs du barré Los Angeles 2013, de l’excellent Vampires et du décevant Ghosts of Mars ont stoppé sa carrière pendant une bonne dizaine d’années. Hormis deux segments réalisés pour les Masters of Horror, le plus classique des cinéastes américains n’intéresse plus les producteurs. Il rejoint la liste  des cinéastes de sa génération en perte de vitesse pour des raisons qui divergent : Georges Romero s’est enfermé dans l’univers autistes des zombies, Dario Argento flirte dangereusement avec le ridicule, Wes Craven vit sur ses acquis de petit faiseur cynique, Joe Dante ne trouve plus de financement, etc. La liste est longue. Triste constat pour tous ces artistes qui réussirent en leur temps à s’imposer comme de véritables démiurges même s’ils œuvraient dans un univers peu propice à la reconnaissance critique et public.

The Ward est une pure commande. Carpenter n’a signé ni le scénario ni la musique. Débauché comme un pur exécutant au même titre qu’un Patrick Lussier ou un David Ellis,  il ne semble pas l’homme de la situation pour transcender une histoire consensuelle. Ghost story assez prosaïque, The ward débute comme Sucker Punch. Le personnel hostile et inquiétant, le décor étouffant et glacial, la photographie blafarde instaurent un climat à la fois anxiogène et onirique qui n’est pas sans rappeler le très sous-estimé film de Zach Snyder.

Un autre détail accentue l’étrangeté du projet : le nombre réduit d’internées,  à savoir 5 jeunes femmes au comportement psychotique bien distinct comme si elle représentait chacune une facette de la folie. Elles sont toutes suivies par un médecin (épatant Jarred Harris, le Moriaty du dernier Sherlock Holmes) plus ambigu qu’antipathique et qui cache un lourd secret. L’hôpital devient alors une sorte d’espace mental où la réalité et le rêve fusionnent dans un environnement cloisonné. Le croisement entre le film d’épouvante à l’ancienne et le conte de fée nourri de références psychanalytiques (Alice au pays des merveilles) est  séduisant en surface mais traité superficiellement. Carpenter, en lorgnant du côté de Phenomena de Dario Argento et de  Carrie de Brian De Palma,  réussit de belles séquences oniriques comme celle de la douche assurément la plus réussie sur le plan formel.

Si l’ambiance, oppressante, est le point fort de The Ward, le scénario convenu, en dépit d’un twist final surprenant, ne dépareille guère d’un Gothika ou d’un Unborn. La personnalité de John Carpenter a du mal à s’emparer d’un projet dont on ne retrouve guère les thèmes et personnages emblématiques. Où est passé l’esprit vachard et politique d’Invasion Los Angeles et Vampire ? Et surtout cette propension à faire naître l’angoisse et le suspense en deux ou trois plans comme dans La nuit des masques et Fog ?  A l’inverse de ses personnages rebelles qui ne capitulent jamais devant l’autorité, Big John,  sans avoir perdu la main, a visiblement cédé aux exigences des studios.

Heureusement, la mise en scène ample et classique situe The Ward nettement au dessus du panier. Cette élégance visuelle, renforcée par un  découpage fluide  et une science inégalée du plan large et panoramique, prouve à quel point Carpenter reste un maître en matière de gestion d’espace et de temps. Cette virtuosité,  toute en retenue, dans la ligne droite de ses maîtres (John Ford et Howard Hawks), que n’arrive pas à atténuer un fantôme pas effrayant pour un sou et un suspense éthéré, sans tension réelle, devrait inciter les producteurs  à renouveler leur confiance au cinéaste en lui laissant les mains libres pour  un projet plus personnel.

Enfin, la sublime Amber Heard, déjà parfaite dans  All the boys love Mandy Lane, est crédible et touchante dans le rôle périlleux de Kristen. Elle pourrait devenir la nouvelle égérie des meilleurs films d’horreur à venir.
Réalisé par John Carpenter (USA-2011)  Avec Amber Heard, Mamie Gummer, Danielle Panabaker, Jarred Harris. Format : 2 :35 (16/9). Audio : français, Anglais (Dolby digital 5.1). Sous titres : Français. Durée : 88 mn

 Bonus : Commentaire audio de Jarred Harris et John Carpenter. Les coulisses du tournage. Présentation de John Carpenter. Amber Head en DVD. Bandes annonces

 


A propos de Manu

Docteur ès cinéma bis, Manu est un cinévore. Il a tout vu. Sorte d'Alain Petit mais en plus jeune, son savoir encyclopédique parle aux connaisseurs de films méconnus. Il habite près de Montpellier où il peut observer la faune locale : le collectif School’s out, l’éditeur le chat qui fume et l’éditeur Artus Films. Avec son air d’Udo Kier, il n’est pas exclu qu’on le retrouve dans une production de genre.

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