FEST’ival de Puteaux 2012 / Compte-rendu coagulé 1


Les festivals de courts sont traditionnellement des endroits où les curieux de la profession aventurent leurs museaux et où les cinévores avisés aiment à planter leurs crocs avant tout le monde, quasi certains de ramener au moins quelques bons morceaux de chair fraiche dans une inégale mais foisonnante diversité de mets (rappelons que Fabrice du Weltz ou Nacho Cerda, entre autres talents actuels, sont des metteurs en scènes qui ont brillamment émergé de ce format).

Ceci est encore plus vrai pour le FEST’ de Puteaux, organisé par l’assoce les Films Avenir, et qui tend généreusement sa carotide aux passionnés du cinéma qui saigne, puisqu’il s’attache à défendre sous ses quatre lettres (malicieux acronyme) toutes les déclinaisons d’un genre pluriel (Fantastique, Etrange, Suspens et Thriller), étendu à un panel international.

Pour cette très attendue 2nde édition (la 1ere fut un franc succès en termes de qualité) Franck Villette et Romaric Poirier (les deux instigateurs) ont effectivement bien taillé en amont dans le gras (400 courts visionnés), pour ne garder que la crème lunaire de ce cinéma de l’ombre (21 rescapés d’un double avis tranché), ne demandant qu’à imploser sous le projecteur du Central (un beau cinéma de quartier décomplexé, aux allures modernes).

Dévoilée sur 2 demi journées (les 21 et 22 septembre derniers), la sélection n’avait effectivement rien à envier au très réputé Court Métrange de Rennes, dont il se rapproche formellement et qu’il devance désormais d’un petit mois sur le calendrier.

Le programme respectait même diablement bien sa note d’intention, confrontant des bobines soft, souvent drôles, parfois oniriques ou intrigantes, à des segments radicalement plus violents, voir ouvertement gore.

Petit tour d’horizon funèbre de cette édition 2012.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si l’ambition du Fest’ V2, par sa programmation bigarrée, est toujours de diversifier les plaisirs, tout en brouillant les pistes (contrairement aux longs, vendus sur leurs pitchs, l’avantage précieux des courts, ce sont leurs scénarios mystères), impossible de ne pas regrouper certains métrages autour de thématiques communes, ou d’angles d’approche similaires.

L’humour, tout d’abord, qui se taillait la plus grosse part du compteur cette année, mais pas forcément à dessein de désamorcer les propos (humour noir sur rouge, rien ne bouge, mais toujours ce p’tit arrière gout malsain qui reste en bouche).

Le moins abouti dans cette catégorie fut clairement le mineur Barbie Girls de Vinciane Millereau (déjà croisé au détour d’une sélection de Fantastic’arts), où une pyjama party entre copines dans une maison de campagne dégénère en slasher féministe.

Passé l’aspect parodique de sitcom, et malgré le grain de folie des actrices impliquées, le twist final (plutôt saignant, il faut l’avouer) ne s’élève pas vraiment au dessus de la blague de fin de repas.

Mieux pensé, le Faut qu’on parle ! de Lewis Eizyckman, ménage lui son effet de surprise en faisant dérailler une banale déclaration d’amour en bain de sang sur la base d’un simple quiproquo.

Les effets sont dosés, et le budget serré (lieu minimaliste, dialogues en champ/contre-champ) mais très bien exploités (le gore est appuyé par des petits détails sordides qui font forcément grincer les dents).

Autres faces à faces sanglants, traités sur le mode de la dérision, et empruntant tout deux la même vaine (celle du meurtrier loquace, partageant ses états d’âmes avec sa victime), Bost Litro, monté par un  duo franco-basque, et Postaction de Pascal Savard.

Le premier se complet un peu trop dans le monologue ironique, pour une chute qu’on voit venir à des kilomètres, mais se paye tout de même la performance d’un acteur hautement caustique (Yvan Rusinol, également derrière la caméra) et que l’on imagine très bien en transfuge dans une comédie acide d’Alex de la Iglesia.

Postaction gère plus habilement l’alternance folie douce / folie pure, avec son  cinglé schizo séquestrant des flics dans une cave, dans l’espoir de retrouver le père qui l’a abandonné, et dont c’était la profession.

Rien de très mordant à signaler sur le plan de la mise en scène, mais le jeu des acteurs est vivace, et la chute, une bien belle référence au genre, qui ne manque pas de faire sourire.

Côté humour référentiel, c’est tout de même La mystérieuse disparition de Robert Ebb du collectif made in France, Goby, Landour et Bola, qui décroche la palme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Hommage appuyé au cinéma fantastique désuet, plus particulièrement aux craignos monsters des sixties, il conte les mésaventures d’un pauvre quidam coincé dans un costume de poulpe géant et qui déclenche l’hystérie collective dans sa petite ville.

C’est drôle, sacrément bien shooté et photographié, et secoué comme ces spots orangina où une bouteille sanguinaire et hystérique semait la zizanie.

Le jury, pour ne pas le laisser repartir bredouille, lui a remis le prix du scénario, mais c’est  bien plus sur un plan esthétique que cet attachant court aurait du être célébré.

Moins chiadé techniquement, c’est cependant Clonk de Bertrand Lenclos, qui restera sans conteste le film le plus hilarant de la programmation (même s’il fut présenté hors compétition). Par une sorte de mise en abime du cinoche de genre (le film d’horreur qui vire à l’horreur), Lenclos règle ici ses comptes avec les principes autoritaires (et souvent castrateurs) de l’industrie du cinéma, révélant que l’envers du décor et parfois pire que ce qui se joue à l’écran.

Clonk narre les mésaventures d’un cast & crew embarqué sur un tournage bidon par un réal’ grande gueule, manipulateur, mytho, et tyrannique, montant une de série B au pied levé autour de la modeste star qu’est Jacky Berroyer (dans son propre rôle et fidèle à lui-même … C’est-à-dire, impérial).Tout vire bien sûr au cauchemar lorsque l’amateurisme patenté du metteur en scène forcené finit par épuiser toute son équipe, sans pour autant le détourner de son objectif premier: faire son film coûte que coûte, dans la sueur… et le sang.

Le rire y est grinçant, et le final carrément grotesque, mais c’est ce qui fait toute la force de cette attachante bobine.

Ce brusque court, drôlement violent (comme son onomatopée de titre) ne concourait pas, mais est reparti tout de même avec le prix coup de cœur de l’association, et a déjà à son actif un Brutal d’Or, récompense très prestigieuse du festival Cinemabrut (défenseur de péloches autofinancées).On lui souhaite encore longue mort !

Blagues mises à part, le second degré n’est pas l’unique façon de détourner le genre, c’est bien ce que nous a rappelé de manière puissante l’excellent Matriarche de Guillaume Pierret (reparti avec le prix de la technique).

Son court, et de l’aveu même de son auteur (venu sur place le présenter), a clairement été pensé et construit autour d’une seule scène choc.

Mais quelle scène ! Un braquage en plein rue, rude et carabiné, d’une sauvagerie inédite (du moins, dans le genre codifié des polars actuels), extrêmement graphique, l’inscrivant directement au tableau d’honneur des attaques à mains armées les plus saisissantes vues sur grand écran (courts et longs confondus).

Le cadre de l’histoire baigne même dans une atmosphère âpre qui n’est pas sans rappeler le cinéma de Nicolas Boukhrief, et même si, effectivement, la pirouette finale peut paraître un peu fabriquée, cela fonctionne en termes de narration.

On a donc hâte de voir ce que donnera ce jeune réalisateur sur un projet de plus grande envergure.

Idem pour Vincent Lebrun qui a su séduire le public avec Des trous dans le silence, et repart avec le prix du même nom.

Déclinant une banale scène de la vie quotidienne (forcément déjà vécue par bon nombre de personnes habitant un appart’ mal isolé et claquées d’entendre leurs voisins vivre), son histoire dérive rapidement dans un univers oppressant et paranoïaque pas très éloigné de ceux du Locataire et de Répulsion de Polanski.

Agathe Dronne, l’actrice principale et quasi unique de ce huis-clos caverneux, nourrit, au travers de ses expressions paniques, toute la singularité de l’histoire, et comme elle ressemble beaucoup à Emmanuelle Devos (actrice non moins singulière), on se laisse volontiers prendre au jeu (même si on aurait aimé plus d’excentricité dans la réalisation).

Au rang des actrices habitées, l’héroïne de L’attrape Rêve (court-métrage Belge de Léo Médard) aura également marqué les esprits. Une psychose jouée avec une justesse plutôt troublante dans ce récit d’une mère pas totalement remise des séquelles d’un violent accident de voiture. Pas de gros effets, mais une prestation emprunte de beaucoup de réalisme suffisant à donner du relief à ce post-trauma qui, habilement développé, aurait pu donner lieu à un long.

En tout cas, une prestation nettement plus convaincante que celle d’Elsa Lunghini (la teen idole de nos années 80) qui plombe fâcheusement le pourtant très recommandable Block 66 de Patrice Gablin.

Situant son action dans les camps de la mort, où une jeune femme juive tente de sauvez son enfant des griffes des nazis, le film ne bénéficie pas d’un casting assez puissant pour porter cette histoire glaçante. Dommages, car l’intention et le style étaient bien là.

Pour ce qui est du fantastique pur, il revêtait une forme plutôt onirique dans cette sélection.

Deux fables shootées en noir et blanc, deux films d’animations et deux délires abstraits.

 

 

 

 

 

Commençons par le joli Sudd, du suédois Erik Rosenlud (repéré à Cannes avec son film d’animation Looking Glass) ; une jeune femme y est  poursuivie par une maladie, physiquement personnifiée par un être aux traits chaotiques. On comprend qu’il veut l’empêcher de trouver un remède. Joli, mais pas vraiment nourri ; la bonne idée de départ n’étant pas suffisamment exploitée, on reste sur sa fin.

C’est un peu la même frustration qui accompagne la vision de Nachtbus, de l’allemand Benjamin Teske, drapé dans un clair obscur du plus bel effet, mais dont le scénario tient malheureusement sur deux lignes (ok, c’est un court, mais ça n’empêche pas d’avoir de la suite dans les idées).On comprend bien vite que cette mystérieuse femme au fond du bus, accoudée à un type amorphe et inquiétant, n’est pas recommandable, et en effet … Elle ne l’est pas.

Les courts d’animation s’avéraient eux beaucoup plus ambitieux pour le coup.

Du moins sur le fond. Le très abouti Fard de David Alapont et Luis Briceno, vint confirmer, après le long Renaissance de Christian Volckman, que le monde de l’animé français n’a désormais plus rien à envier aux japonais.

Brossant un univers ultra aseptisé (dans un futur non daté),  traversé de lignes strictes et de couleurs lissées (superbe mélange ocre/crème), Fard développe une intrigue que n’aurait pas renié Aldous Huxley. On y suit la traque d’un cadre d’entreprise, qui après avoir ouvert un paquet qui ne lui été pas destiné, y découvre une lampe torche, dont le faisceau lumineux met à jour son vrai visage (celui d’un humain) ; il est alors pris en chasse par les garants du conformisme sociétaire.

Sur le plan visuel, l’effet est étonnant et quasi inédit, puisqu’il intègre dans de mêmes scènes, des segments en prises de vues réelles et des crayonnés. Le film a été en amont tourné avec de vrais comédiens, et cela s’en ressent autant dans la fluidité des mouvements qu’au niveau du panel émotionnel, plus large et beaucoup plus réaliste qu’en motion-capture par exemple.

Emmené par un vrai rythme, et beaucoup d’intensité, voilà un récit SF qu’on aurait aimé suivre sur plus d’une heure ; la preuve que les deux réalisateurs sont déjà prêts pour la prochaine étape.

 

 

 

 

 

 

 

Confirmé, et prêt depuis des lustres lui, le britannique Barry Purves (véritable maitre reconnu de l’animation image par image, aux côtés de Ray Harryhausen) revient de loin avec son Plume.

Et par la petite porte pourrait-on dire, lui qui travailla par le passé sur le Mars Attack de Tim Burton, et qui vit tout son travail passer à la trappe après que des exécutifs aient choisi de s’en remettre au tout numérique.

Des artisans comme Purves, on n’en voit que trop peu, et l’on risque même de ne plus en voir du tout.

Un vrai déchirement que de s’en remettre à cette certitude, surtout lorsqu’on voit tout le soin qui est apporté à cette fable chimérique qu’est Plume, et qu’on pourrait voir comme une subtile relecture du mythe d’Icare.

Avec cependant cette morale toute cathartique pour son auteur, nous rappelant qu’il faut savoir se relever de ses échecs, sans nécessairement emprunter la même voie, si l’ont veut pouvoir un jour reprendre son envol.

Logique donc que le film soit reparti avec le prix le plus prestigieux, sorte de récompense d’honneur pour son humble créateur.

On passera rapidement sur deux courts sacrifiés sur l’hôtel d’un sur-esthétisme un tantinet racoleur, ne racontant pas grand-chose, mais faisant vivement passer l’envie de passer à table.

Next Floor de Denis Villeneuve (déjà lourdement couronné à Cannes), où une assemblée de riches convives se gavent comme des cochons autour d’un banquet et font s’effondrer le sol de l’étage où ils se trouvent à chaque nouveau coup de fourchette.

Joliment shooté en 35mm, c’est malheureusement tout le bien qu’on sera tenté d’en dire.

Son pendant gore, CTIN ! de Cyrille Drevon, ne séduit pas plus, trop foutraque et ragoutant pour être honnête. Tentant vainement de reproduire (dans l’esprit) la scène du repas de Massacre à la tronçonneuse, en la déplaçant dans un contexte baroque. La sauce est plutôt chargée, mais ne prend pas.

Au rayon anecdotiques : Souterrain d’Erwin Haecker, se la joue petit thriller au twist malin (mais est malheureusement grillé assez vite); Trotteur, très beau segment de pellicule (made in Québec) mettant en scène un défit adolescent un peu hors sujet (si ce n’est l’étrangeté, et les consonances esthétiques qu’il partage avec les vidéo-clips de Laurent Boutonnat).

Le Lac Noir de Victor Jaquier (un habitué des festivals fantastiques), qui malgré des SFX assez pro et son histoire qu’on croirait sorti d’un conte des frères Grimm, peine à trouver un ton et une ambiance.

Enfin, La Cruz de l’espagnol Alberto Evangelino, auquel on ne croit pas une seconde, sans doute à cause de son format court justement (le pétage de plomb inopiné d’un père de famille apparaissant trop décalé par rapport à l’histoire qu’il raconte).

Pourtant, mis à part ce faut pas, l’Espagne restera sans conteste la nation qui aura offert les plus beaux courts-métrages à ce festival.

Reconnu comme étant le nouvel Eldorado du cinéma de genre (depuis le sacre d’Amenabar, Balaguero et autres glorieux noms), il l’est manifestement tout autant sur le format court.

Pour preuve le magnifique Leyenda de Paul Teixidor (repéré au PIFFF 2011 et unique film de la sélection à être interdit aux moins de 16ans), qui se révèle d’une férocité redoutable (si l’on considère qu’il met en scène une jeune fille dans des scènes d’une incroyable violence).

Sur une aire d’autoroute, en pleine nuit, cette dernière doit faire face à une folle dingue qui zigouille ses parents et semble vouloir la kidnapper. Mais le véritable mal surgit de là où ne l’attend pas.

L’épilogue, assez énigmatique, se réfugie un peu facilement derrière la symbolique de l’enfant loup, mais est suffisamment intriguant pour séduire.

Mais LA véritable pépite du lot restera à mon sens le She’s Lost Control de Haritz Zubillaga, déjà récompensé l’année précédente pour Las Horas Muertas (sorte de neo slasher mettant à mal un groupe de trotters aux prises avec un snipper fou).

 

 

 

 

 

 

 

 

On se rappelle de son sens du cadrage, de sa mise en scène atypique, et surtout de l’approche originale de son sujet; ils sont restés intacts dans She’s Lost Control, véritable tour de force visuel.

La meilleure partie se déroulant sur la banquette arrière d’une voiture, où l’on comprend qu’une femme, qui s’est volontairement jetée dans les griffes d’un violeur meurtrier, va tenter de reprendre ses esprits, et le dessus sur les événements.

Une scène d’une grande maestria, à rendre jaloux Tarantino, et qui se paye le luxe d’une photographie aux tonalités bleutées absolument sublime.

Toujours associée à la bande son, Aranzazu Calleja est l’autre révélation de ce court ; son score distille une musique aux accents très Carpenteriens du plus bel effet.

Le fait que She’s Lost Control n’ait obtenu aucune récompense cette fois-ci, ne suffira pas à le maintenir dans l’ombre.

Et soyez certains que ce dynamique duo n’a pas fini de faire parler de lui, et risque fort de faire mal, mais alors très, très mal sur un format long !

Bref, vous l’aurez compris, le FEST’ 2.0, par son lot de surprises, et son faible quotas de films secondaires était peut-être l’un des événements cinéphiles les plus incontournables de cette rentrée.

Vous êtes donc prévenus pour l’édition 2013, les absents auront forcément tors.

 

PS: Remerciements à Franck Villette, Romaric Poirier, ainsi qu’à toute l’équipe des Films Avenir pour l’accueil.


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Commentaire sur “FEST’ival de Puteaux 2012 / Compte-rendu coagulé

  • Guillaume Pierret

    Très bon compte-rendu, merci pour les quelques lignes élogieuses à propos de « Matriarche » 😉