The impossible, de JA Bayona

Séance de rattrapage pour l’un des beaux films populaires sortis en 2012, n’ayant pas bénéficié d’un soutien critique pertinent.

Ce qui frappe d’emblée avec le second film de Juan Antonio Bayona, après l’émouvant L’orphelinat, c’est la limpidité du postulat de départ. Une famille heureuse et charmante (presque trop) débarque en Thaïlande. Le tsunami ravage tout sur son passage et la gentille cellule familiale est soudain dispersée. Tout le reste du film tend vers un seul objectif : réunir à nouveau le père, la mère et leur progéniture après le traumatisme.

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Par sa dimension émotionnelle, The impossible parvient à dépasser le film catastrophe traditionnel en essayant de contourner les clichés inhérents au genre. Bayona ne joue pas sur un suspense factice en nous brossant pendant des plombes le portrait d’une multitude de personnages. Il va à l’essentiel. La catastrophe arrive très rapidement, simplement et provoque un affect inédit. Les effets spéciaux sont époustouflants d’hyper réalisme. Cette production espagnole cherche évidemment à rivaliser avec les modèles américains tout en essayant d’adopter un point de vue plus personnel. On pense souvent au cinéma de Steven Spielberg par le déploiement de moyens mais aussi par cette façon de mêler étroitement le spectaculaire avec l’intime.

Le récit, finalement ténu, a parfois du mal à tenir la distance après les ravages de la vague meurtrière. Les images chocs resteront gravées dans les mémoires et le travail du cinéaste consiste ensuite à faire le deuil du drame et à suivre chaque protagoniste dans leur quête de retrouvailles. Evidemment, à partir de là, ça se gâte un peu. The impossible n’évite pas toujours le pathos. Les enfants sont perdus, la mère est hospitalisée et le brave père de famille prend son courage à deux mains pour réunir à nouveau ce joli petit monde. Le récit bouleversant et édifiant du récit se heurte parfois à un sentimentalisme outré qui n’évite pas toujours une forme d’obscénité, telle ses gros plans racoleurs sur le visage à moitié défiguré de Naomi Watts ou la tristesse appuyée du regard des enfants. Mais le pire se situe dans la représentation de la population locale qui n’existe que pour une fonction : porter assistance aux occidentaux. Une faute de goût (à chaque fois présente dans le cinéma mainstream) qui n’altère pas la qualité du film cependant.

Bayona joue sur la corde raide. Il s’engouffre parfois dans les effets les plus éculés de ce type de cinéma très prisé à hollywood. En même temps, c’est la règle du jeu. Sans cynisme, il filme un mélodrame avec une grande franchise et sincérité. Il crée surtout une tension, un suspense palpable grâce à une mise en scène très fluide et ample. Il filme à hauteur d’homme. La caméra, souvent en mouvement, colle au basque des personnages, ne s’égare pas dans des plans d’ensembles inutiles ou des effets visuels inappropriés. Et en filmant l’après catastrophe, The impossible se démarque de classiques comme Titanic, La tour infernale ou 2012.

Enfin, les comédiens sont formidables. On n’a aucune difficulté à partager l’angoisse, la volonté de se battre d’Ewan McGregor, comédien un peu transparent mais auquel il est très facile de s’identifier. Et Naomi Watts, même défigurée et immobile pendant presque tout le film, parvient à nous bouleverser avec un simple regard. Elle s’impose à nouveau comme l’une des plus grandes comédiennes en activité,  loin devant les minauderies d’une Nicole Kidman.

Bayona perd un peu de son identité espagnole dans ce film spectaculaire et saisissant mais s’offre un ticket mérité pour Hollywood. On peut néanmoins regretter qu’il n’ait pas poursuivi sa carrière dans le cinéma d’épouvante ibérique. Mais soyons encourageant, on tient là un cinéaste à la fois habile et sensible.  Plus proche de Spielberg que de Roland Emmerich.

(ESP/GB) de Juan Antonio Bayona avec Ewan McGregor, Naomi Watts, Tom Holand

Sortie en Blu-Ray et DVD chez M6 Video.

Format vidéo:  2.35 (16/9 Anamorphique). Zone:  2. Sous-titres: Français

Bonus:

Le casting (6′)
« Réaliser The Impossible » (6′)
Scènes coupées (34′)
Commentaire audio de Juan Antonio Bayona, Sergio G. Sánchez et du producteur
Bande-annonce (2′)

1 commentaires sur “The impossible, de JA Bayona”
  1. Même en sachant qu’on se fait manipuler, j’ai été emporté par le mélo. J’ai trouvé que le gosse jouait plutôt bien, un peu façon Christian Bale dans l’empire du soleil. Et ce que j’ai trouvé pas mal, c’est la description crue et graphique des blessures. Un plan en particulier que je ne révélerai pas mais qui a dû en marquer certains…

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