Elysium : les cochons de l’espaaace 1


Warning : cet article révèle des éléments du scénario.

L’africain du sud Neil Blomkamp nous avait pas mal scotché avec District 9. Il y revisitait l’apartheid en opposant des extra-terrestres homardesques aux humains. Malgré quelques trous dans l’univers dépeint, on était emporté par une mise en scène « reportage sur le vif » d’un conflit social et armé. On ne sait pas trop pourquoi cette mise en scène était ensuite abandonnée pour quelque chose de classique. On ne sait pas non plus pourquoi les aliens n’utilisaient pas leurs armes surpuissantes pour se défendre. Enfin, les E.T. étaient coincés sur notre planète et souhaitaient donc aussi partir. Alors pourquoi n’y avait-il pas de collaboration entre les deux espèces ?

Malheureusement, Blomkamp aurait dû s’acheter un scénariste pour Elysium car il copie-colle quasiment tous les éléments du District, faisant presque de ce nouveau film un spin-off de l’ancien.

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Dans le futur, les riches habitent une station spatiale en orbite appelée Elysium. Les pauvres sont restés sur Terre dans des ghettos mal famés. Max, dont la jeunesse est une succession de petits délits, a décidé de se ranger. Il travaille maintenant à la chaîne chez Armadyne, usine qui fabrique des droïdes et robots policiers. Son poste consiste à envoyer des carcasses de cyborgs se faire bombarder de radiations dans un caisson. Un jour, la lourde porte du caisson est bloquée par la palette à l’intérieur. Max ne veut évidemment pas aller dedans pour débloquer la palette et se faire radioactivé. Mais sous la pression de son contremaître, il le fait quand même. C’est ballot : la porte se referme et le gars se prend une dose qui lui laisseront cinq jours de vie maximum. La seule façon de se soigner est d’utiliser une Medbox d’Elysium. D’un point de vue du scénariste, ça donne au personnage une motivation überpuissante pour aller sur la station par tous les moyens possibles, car de toute façon le bonhomme est condamné. Mais l’accident est vraiment un gros prétexte malfoutu : bizarre que le caisson n’ait pas un bouton « ouverture de porte » tout simplement. Ensuite, il apparaît clairement que le déblocage de la palette va permettre à la porte de se fermer et va enfermer Max dans le même temps. C’est, genre, évident. Dernier truc moisi : nous sommes dans un monde futuriste alors pourquoi n’y aurait-il pas une alarme qui détecte si quelqu’un est dans le caisson ? Eh bien elle existe ! Mais  bizarrement, elle ne se déclenche qu’après quelques minutes. Une alarme donc totalement inutile.

Pour alourdir le truc, on donne d’autres motivations à Max. Il souhaite renouer avec son amie d’enfance devenue infirmière. Et JUSTEMENT, la fille de Fray souffre de leucémie. Un passage sur Elysium permettrait de la soigner. COUP DE CHANCE, un groupe de rebelles prépare un projet pour faire de tous les terriens des citoyens d’Elysium. En d’autres termes, Max va faire d’une pierre cinq ou six coups. Pas mal pour un irradié.

Le gros du boulot a été abattu sur l’aspect visuel. Le design des véhicules, des armes, des écrans d’interface apporte une cohérence à un univers foisonnant. Il faut dire que le film est un régal pour les yeux presque dans chaque plan, et l’on ne se lasse pas de regarder les détails. Les visions de la Terre depuis Elysium ou inversement d’Elysium depuis la Terre sont très belles et surtout réalistes. C’est vraiment ce réalisme de tous les instants qui fait que le film est supportable. A force de voir ces navettes atterrir et décoller, on finit par y croire. La station spatiale elle aussi devient réelle, même si on y accorde beaucoup moins d’importance.

Venons-en au propos du film. D’un côté, nous avons des pauvres qui n’ont rien et de l’autre des riches qui ont tout. Sauf que Blomkamp omet d’illustrer les riches. Nous nous contenterons donc de gazon bien entretenu, de piscines et de villas. Et somme toute, on se demande pourquoi tout le monde veut aller sur Elysium car ça a l’air super chiant. De même, on ne sait que peu de chose sur la politique de la station spatiale. Seule Jodie Foster tire son épingle du jeu. En tailleur ou en pantalon, la coupe garçonne, elle incarne un ministre de la défense extrémiste qui prône la répression. Elle prépare même un coup d’Etat et met en avant continuellement la « sécurité » des citoyens afin d’autoriser tous les excès, un discours tout à fait réaliste puisqu’on peut l’entendre chez nos contemporains.

Dans le film, on voit qu’on peut soigner une leucémie ou une tête explosée en quelques secondes avec cette fameuse Medbox qui équipe toutes les maisons sur Elysium. On comprend assez mal pour quelle raison on ne pourrait pas laisser accès à cette technologie « magique » aux pauvres terriens. Et c’est ça, la maladie du scénario : tous les problèmes que le réalisateur évoque avec des clins d’oeil (inégalités sociales, accès aux appareils médicaux, ressources énergétiques, politique) ne sont finalement peu ou pas abordés dans le film. Au final, on se pose beaucoup de questions. Ainsi, le fait de « rebooter » le système qui gère la station spatiale permet de choisir un autre président. C’est une chose vraiment étrange de pouvoir hacker un système informatique pour définir sa politique ! Le président d’Elysium semble d’ailleurs être une poupée de chiffon, qui s’agite mais ne sert jamais à rien. Comme dans District 9, Blomkamp essaie d’illustrer un état policier par le biais de tous les robots que l’on trouve sur Terre et qui jouent le rôle de police. Mais les exemples sont anecdotiques et il règne une telle anarchie sur Terre que l’on a du mal à croire à un Etat qui contrôle tout. D’ailleurs, la question de qui gouverne la Terre n’est pas claire. Et pourquoi faudrait-il se soucier des gens sur Terre ? Toutes ces questions ne sont pas traitées. Sans compter que la vie sur Terre a l’air beaucoup plus marrante. On a des bandes de potes sympa, on boit de la bière et on écoute du dubstep.

Elysium est une déception, d’autant plus forte quand on voit les efforts faits sur les effets spéciaux et l’esthétique futuriste. Mais à force de ficelles scénaristiques devenues des cordes et de personnages mal caractérisés, cela ne fait que du potentiel gâché. Le réalisateur offre beaucoup de scènes d’action mais celles-ci rallongent inutilement la sauce et elles ne sont pas vraiment originales. Le final entre le grand gentil et le grand méchant se règle à coups de tatanes et de pains dans la tronche. Et le réalisateur secoue beaucoup trop sa caméra pendant les bastons, rendant certaines scènes illisibles. J’aimerais bien que les compositeurs arrêtent de refaire toujours le même score. Depuis Inception, tous les films de SF reprennent ce vrombissement sourd que l’on martèle dès qu’il y a une scène d’action avec en trame de fond les violons de Hans Zimmer. Aucune mélodie, aucun thème ne se dégage de cette composition qui fait simplement acte de présence.

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A propos de Jérôme

toute-puissance mégalomaniaque, oeil de Sauron, assoiffé de pouvoir et d’argent, Jérôme est le father de big brother, unique et multiple à la fois, indivisible et multitude, doué d’ubiquité. Il contrôle Cinétrange, en manipulant l’âme des rédacteurs comme des marionnettes de chiffons. Passionné de guerre, il collectionne les fusils mitrailleurs. Le famas français occupe une place d’exception dans son coeur. C’est aussi un père aimant et un scientifique spécialisé dans les nouvelles technologies de l’information. Pour faire tout cela, il a huit doppel gangers, dont deux maléfiques. Il habite au centre du monde, c’est-à-dire près de Colmar.


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Commentaire sur “Elysium : les cochons de l’espaaace

  • Rico

    En tout point d’accord !! Quel ennui ! J’avais apprécié le côté un peu barré de District 9, et sa progression assez originale. Tout est si prévisible dans Elysium. J’agraverai ta critique en étant, de surcroit, très réservé sur le jeu de Foster, très « machoire serrée froideur impitoyaaable », à la VF catastrophique. Et puis entre hommage et pompage de certaines idées (Robocop 2 !!), c’est limite.