Oblivion et le mariage pour tous

Attention, cet article contient du spoiler. Le film essaie de cacher le plus longtemps possible des choses que le spectateur finit par comprendre assez vite. Oblivion évoque un monde post-nucléaire. La Terre est ravagée et un couple d’humains, Jack et Vika, est chargé de surveiller des sortes de moissonneuses d’eau de mer, pour faire des réserves et aller établir une colonie sur Titan. Ils sont en contact avec le Tet, un vaisseau spatial en forme de tétraèdre. Leur mission est mise en péril par les Scavengers, qui sabotent les moissonneuses et les drones chargés de la surveillance.

Ce que le scénario tente de cacher trop longtemps et trop peu subtilement, c’est que dans le Tet, il y a des aliens qui ont dupé le couple et que les Scavengers sont en fait les survivants humains. Malgré une panoplie d’indices plus ou moins gros, Jack et Vika mettent du temps à découvrir l’embrouille. Ils ont une circonstance atténuante : ce sont des clones d’humains, d’où le matricule 49 sur leur combinaison. Tout se complique quand se crashe une navette, dans laquelle Jack retrouve une survivante : Julia, qui n’est autre que sa femme. Enfin presque.

Nous suivons donc Tom Cruise 49 (le 49ème clone de l’original) tout au long du film mais malheureusement celui-ci doit se sacrifier à la fin pour faire exploser le vaisseau alien. On ne peut pas décemment tuer une star comme Tom Cruise dans un blockbuster hollywoodien. Il revient donc à la fin sous forme de clone. Si on résume : Julia, qui croyait avoir affaire à son mari (Tom Cruise 1, l’original), a noué une relation avec Tom Cruise 49 dont il va naître un enfant. Tom Cruise 49 étant mort, elle finit par retrouver Tom Cruise 52 et se dit que comme « ce sont les souvenirs qui font ce que nous sommes », elle pourra très bien se lier à Tom Cruise 52. Ca ne dérange donc ni la femme (qui n’est pas un clone), ni les scénaristes, que celle-ci puisse avoir un relation avec trois hommes différents. Même si ce sont des clones, ce sont quand même trois êtres différents. En plus, ils ont eu la mémoire effacée (plus ou moins bien) par les aliens et ont un vécu différent. C’est plus qu’il n’en faut pour alerter le comité de bio-éthique. En tout cas, c’est un bel exemple de travers scénaristique, lié à des contraintes de casting, que l’on essaie de récupérer tant bien que mal. Il n’en reste qu’au final, le propos devient immoral et pervers. Pensons quelques instants à la vie intime et sexuel entre Julia et les différents clones de Jack. Ne va-t-elle pas être la  proie de questionnements philosophiques ? Si un enfant naît de son union avec Tom Cruise 52, est-ce que ça en fait le frère ou la sœur de l’enfant fait avec Tom Cruise 49 ? La question est vaste et promet des repas de famille animés. Et en espérant que Tom Cruise 50 et 51 ne montrent pas le bout de leur nez !

Oblivion

 

Tom Cruise 49

Oblivion

Tom Cruise 52

Malgré quelques visuels scotchants, malgré un univers détaillé, et malgré des effrayants drones qui sont un mix entre l’oeil de 2001 et l’ED209 de Robocop, Oblivion est plombé par de gros problèmes de scénario. Le film est aussi alourdi par un américanisme primaire agaçant. Jack a des réminiscences du passé. Jack est américain. Donc de quoi pourrait-il se rappeler ? De l’Empire State Building, d’un match de baseball, d’un chalet au bord d’un lac. On pourrait assez simplement faire un remake français avec la Tour Eiffel, un match de football et une résidence secondaire à Saint Tropez.

C’est dommage car j’aimais bien le Tron Legacy du même jeune réalisateur Jozef Kosinski. Même s’il n’était pas révolutionnaire, il avait quand même pour lui une esthétique hors du commun. L’univers du film est en fait entièrement noir et ce sont les contours phosphorescents qui se détachent. Le design des véhicules a été extrêmement soigné et va dans les moindres détails, même pour un plan qui dure quelques secondes. La première scène était une charge inattendue et audacieuse contre les systèmes d’exploitation fermés comme Windows ou Apple. Tron Legacy abordait des thèmes sympathiques : la relation père-fils à travers les évolutions de technologie (le wifi ? J’y avais déjà pensé dans les années 80 lance Jeff Bridges!), la rébellion contre un système autocratique. On y parle aussi, de manière superficielle, de la machine qui prend conscience, thème cher à Mamoru Oshii. Et enfin, il faut tout de même saluer la musique qui se veut la plus originale depuis de nombreuses années pour un gros film américain. Du Daft Punk grand public certes, mais dont l’électronique a été mélangée avec du symphonique et une énième variation du Hans Zimmer style. Un mélange hétéroclite qui fonctionne finalement bien et qui correspond au coeur du film : la gestion du passé, du présent et du futur, notre lien toujours plus intime avec la technologie de l’information.

Malgré un côté esthétique glacé volontaire mais qui pourra ne pas émouvoir, Kosinski semble vraiment être un esthète obsédé par le métal et le verre. Toute l’esthétique d’Oblivion tourne d’ailleurs autour de ces deux matières. Cependant, il semble avoir une vision assez étriquée de la femme. Dans les deux films, on retrouve une brune et une blonde (ok, un peu rousse pour Vika). La brune est douce et gentille, la blonde est froide et méchante. Si c’est assez justifié dans Tron Legacy, c’est plus louche dans Oblivion car Jack fournit à Vika tout un argumentaire pour lui prouver qu’ils sont abusés. Mais elle ne le croit pas, sans qu’on sache vraiment pourquoi.

vika

maychante !

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maychante !

Oblivion -- Olga Kurylenko as JuliaGentille !

Olivia-Wilde-As-Quorra-in-Tron-Legacy-Production-Still-HQ-olivia-wilde-17374436-1920-1079-e1294975945443Gentille !

1 commentaires sur “Oblivion et le mariage pour tous”
  1. Vu récemment. Très déçu à partir de la première scène de Morgan Freeman. Il n’a ni queue ni tête ce film. Heureusement qu’il existe des UNIVERSAL SOLDIER: LE JOUR DU JUGEMENT et des PAPILLON pour se consoler ! ^^ Vu aussi récemment le JACK REACHER avec Tom Cruise… Je voulais le voir parce que Werner Herzog joue le méchant dedans… Pas mal, mais le film n’a pas vraiment d’identité, il se perd un peu après la grosse course-poursuite (impressionnante de réalisme).

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