La guerre des gangs, de Lucio Fulci


Seul polar urbain (poliziottesco) réalisé par Fulci qui n’était pas tendre avec le genre, et qui considérait les films de Umberto Lenzi et consorts comme des tracts fascistes, La guerre des gangs tourne le dos au discours réac ambiant. Il ne s’agit nullement de décrire un pays en proie à la corruption (un peu quand même)  et malmené par des voyous chevelus et irresponsables. Dès les premières images, le ton est donné. Lucas est de l’autre côté de la loi, mais il s’agit d’un contrebandier loyal, à l’ancienne, qui ne fait pas de vagues. Son trafic se limite aux cigarettes et aux courses hippiques. Il va s’opposer au Marseillais, mafieux nouvelle tendance, sans code d’honneur,  qui veut investir le marché de la drogue. Sadique et ambitieux, il va tenter d’éliminer tous ses concurrents. On peut admirer le cinéma révulsif et excessif de Fulci , toujours borderline dans ses partis pris radicaux mais dans le film qui nous occupe, force est de constater que le scénario relève de la blague. La naïveté et la maladresse du récit frisent l’absurde. Fulci croit sincèrement qu’il existe au sein même de la pègre, des gentils d’un côté qui ne touchent pas à cette saloperie de cocaïne et de l’autre des méchants qui n’hésiteraient pas à sacrifier leur propre mère. Ce manichéisme outrancier est aussi une manière de ne pas prendre le film très au sérieux et de le visionner pour ce qu’il est, un film d’action décomplexé et efficace, d’une violence cathartique n’ayant rien à envier à certains films gores.

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En 1980, Lucio Fulci est d’ailleurs à un tournant de sa carrière. Il vient de signer l’incroyable Enfer des zombie, fausse suite opportuniste du film de Romero mais vraie réussite d’un point de vue esthétique en dépit d’un script rachitique et d’une interprétation déficiente. Il va continuer sur sa lancée avec toute une série d’œuvres funèbres dédiées à la putréfaction des corps, des poèmes barbares centrés sur les sensations. Frayeurs, L’au-delà, La maison près du cimetière constituent d’authentiques réussites, des cauchemars sur pellicule beaucoup plus personnels que leurs oripeaux racoleurs ne laissent entrevoir.

La guerre des gangs est une parenthèse au sein d’une période entièrement vouée à l’épouvante. Mais par un curieux effet de débordement,  Fulci aborde le film de mafia classique comme un pur film d’horreur viscéral. En découle un polar hard boiled, aussi violent que lénifiant dans son propos, qui n’hésite pas à nous montrer du sang qui gicle, des cervelles qui s’écrabouillent contre les murs, des bouts de chair qui explosent. Bref : bienvenue chez Fulci, fasciné par les corps malmenés, déchiquetés, violentés. L’impact des balles laissant des trous béants sur les personnages, a fortement influencé Quentin Tarantino sur Django Unchained notamment. Cette manière baroque de laisser complaisamment les geysers de sang s’étaler sur l’écran,  ferait passer le cinéma de Sam Peckinpah pour un ascète adepte de la suggestion.

Fulci, certainement lucide sur le scénario prosaïque de son polar, assume pleinement de verser du côté du pur cinéma d’exploitation ne lésinant pas sur les effets les plus racoleurs et une misogynie inhérente au genre. La scène de viol permet à Fulci de démontrer ses capacités de cinéaste en terme de découpage et de filmage, en instaurant un véritable suspense, une angoisse diffuse et malsaine. En revanche, la dimension spectaculaire d’un dispositif qui demande un peu de pudeur, peut laisser un arrière goût nauséeux dans la bouche. Mais Fulci n’en a cure. Il laisse le bon goût pour les auteurs traditionnels. Son créneau c’est l’excès et la transgression, même au sein d’un produit en apparence plus calibré comme cette Guerre des gangs, œuvre mineure mais bien emballée.

Au côté d’un impeccable Marcel Bozzuffi, cantonné dans des rôles de pourris depuis French Connection, Fabio Testi assure en contrebandier droit dans ses bottes. Et comme souvent dans les poliziottesco , les seconds rôles possèdent des vraies gueules de bad guys.

Encore un effort pour Ecstasy of films (ou un autre éditeur), il reste au moins trois grands films de Lucio Fulci à sortir : Perversion story, Le venin de la peur et surtout La longue nuit de l’exorcisme, à mon sens le chef d’œuvre de son auteur.

(ITA-1980) de Lucio Fulci avec Fabio Testi, Marcel Bozzuffi, Ivana Monti, Guido Aberti, Enrico Maisto

 

Fiches techniques :
Durée : 1h33
Langues : Anglais, Français
Sous-titres : Français
Son : Anglais Dolby Digital 2.0 mono, Français Dolby Digital 2.0 mono
Image : 2,35 : 1, 16/9eme comp. 4/3

 

SUPPLÉMENTS :

– Livret 16 pages « La Guerre des gangs » par Lionel Grenier et interview exclusive du compositeur Fabio Frizzi

DVD1 : Présentation du film par Fausto Fasulo (1min27)

DVD2 : Suppléments
– Document INA – JT Antenne 2 (04/08/1978) : Contrebande de cigarettes à Naples (Inédit) (5min30)
– Lucio Fulci – Un cinéaste en guerre (12 min) VF et VF avec sous titres anglais disponible
– « La Guerre des gangs » par Lionel Grenier et interview du compositeur Fabio Frizzi (texte du livret en anglais sous forme de page sur le DVD)
– Bande annonce « La Guerre des gangs »
– Galerie de photos
– Court métrage « Die Die my Darling » de François Gaillard (19 min) VF et VF avec sous titres anglais disponible
– Entretien avec François Gaillard et Pascal Garcin (30 min)
– Entretien avec l’équipe du film(26 min)
– Entretien avec Rurik Sallé (16 min)
– Court métrage « A Tout Prix » de Yann Danh (15 min) sous titres anglais disponible
– « A Tout Prix – Démasqué » (23 min)
– « A Tout Prix – The Fulci Connexion » (3 min)
– « A Tout Prix – Rencontre avec David Scherer » (3 min)
– Émission radio « Culture Prohibée » avec une interview du réalisateur Yann Danh au festival « Genre III » (2012) – (21 min)
-Bande annonce TORSO et  LA LAME INFERNALE)

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A propos de Manu

Docteur ès cinéma bis, Manu est un cinévore. Il a tout vu. Sorte d'Alain Petit mais en plus jeune, son savoir encyclopédique parle aux connaisseurs de films méconnus. Il habite près de Montpellier où il peut observer la faune locale : le collectif School’s out, l’éditeur le chat qui fume et l’éditeur Artus Films. Avec son air d’Udo Kier, il n’est pas exclu qu’on le retrouve dans une production de genre.

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