Dark Star, de John Carpenter


Le spectateur lambda qui s’aventurerait par mégarde à visionner le premier film de John Carpenter risquerait de confirmer l’idée selon laquelle « les blagues les plus courtes ne sont pas les plus longues mais en plus elles sont les meilleurs ».

 Hors de la sphère cinéphilique avide de curiosités et des inconditionnels de John Carpenter (ça tombe bien je fais partie des deux), il est compréhensible de trouver le temps bien long malgré sa durée réduite (1h 22 mn). Conscient de ce problème, Carpenter a aussi proposé une version director’s cut, réduisant le film d’une bonne dizaine de minutes.

Mais cela mérite quelques explications. Au départ, Dark Star est un court métrage d’une durée de 37 mn. Cas d’école atypique pour un premier essai de fin d’étude financé par l’université, cette bouffonnerie SF n’est pas plombée par des notes d’intention intello, par une rigueur formelle un peu rigide ou un discours théorique. Il s’agit juste d’un pastiche de SF s’amusant à reprendre les ingrédients de deux chefs d’œuvre de Stanley Kubrick : Docteur Folamour et 2001 L’Odyssée de l’espace. Pour un budget initial de 6000 dollars, le résultat impressionne, à tel point (pour faire  court) que Jack Harris, producteur de The blob et d’Attention au blob, investit 60 000 dollars pour transformer ce coup d’essai bricolé en long métrage non moins bricolé. Alors évidemment, les scénaristes ont un peu tiré sur la corde et rajouter des séquences plus ou moins utiles.

L’originalité de Dark Star est de dépeindre le voyage dans l’espace sous son apparence le plus banal, décrivant le quotidien morne d’astronautes cultivant une certaine « glande ». Leur look de baba cool et leur activité écolo rappelle un autre film de SF, le très beau Silent running de Douglas Trunbull écrit par Michael Cimino.

Paradoxe du script, ces chevelus immatures ont initialement pour mission de détruire les planètes hostiles.  Il trompent leur ennui jusqu’au jour où un nuage électromagnétique va endommager l’ordinateur et doter une des bombes nucléaires d’une conscience. Ça ne vous rappelle rien ? Bien sûr l’ordinateur Hal, cette pensée en action qui traverse 2001 l’Odyssée de l’espace. Mais dans une visée, non pas moins philosophiques au final, mais nettement plus absurde.

Il faut aussi souligner un passage totalement délirant. La mascotte de l’équipage est un extra terrestre singulier, un  gros ballon rouge de plage doté de mains palmés qui n’en fait qu’à sa tête, Cela nous vaut une séquence hallucinante qui inspirera plus tard Alien. Eh oui. Il faut dire que le scénariste et aussi comédien dans Dark Star est à l’origine du script d’Alien. Il s’agit de Dan O’Bannon, réalisateur aussi d’un très marrant Retour des morts vivants.

Loufoque et nonchalant, Dark Star permet aussi à John Carpenter de se faire la main. Le style du futur cinéaste d’Halloween se dessine progressivement  par la qualité des cadrages, le sens du montage et sa grande capacité dans la  gestion du temps et de l’espace. Tourné sur 5 ans, Dark Star n’est pas un chef d’œuvre dénué de défauts. Le récit patauge un peu et on s’y ennuie parfois. On sent qu’il a fallu bien des efforts pour atteindre la durée d’un long métrage. Mais la fraîcheur  de l’ensemble, l’originalité du concept et les folles idées qui parsèment le récit font de Dark Star une vrai curiosité, un film de SF fauché et émouvant, devenu culte avec le temps.

 (US-1974) de John Carpenter avec Dan O’Bannon. Blu ray et DVD édités par Carlotta 

Fiche technique :

Durée 82 mn (ou 71 mn pou le director’s cut). Format image : 1.85. Audio : Anglais DTS-HD Master Audio 5.1 ; Anglais, Français DTS-HD Master Audio 1.0. Sous-titres : Français

Bonus

– Let there be light : l’odyssée de Dark Star, documentaire de Daniel Griffith qui revient sur le tournage du film (117 min).
– Bande annonce

3D DARK STAR BD DEF


A propos de Manu

Docteur ès cinéma bis, Manu est un cinévore. Il a tout vu. Sorte d'Alain Petit mais en plus jeune, son savoir encyclopédique parle aux connaisseurs de films méconnus. Il habite près de Montpellier où il peut observer la faune locale : le collectif School’s out, l’éditeur le chat qui fume et l’éditeur Artus Films. Avec son air d’Udo Kier, il n’est pas exclu qu’on le retrouve dans une production de genre.

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