Feffs 2014 – derniers jours


Vendredi après-midi, j’avais pris RTT. Je suis donc allé voir : Starry Eyes. remière française.

starry

Sarah  travaille dans un fast-food, sous les ordres d’un patron paternaliste et débonnaire et un peu lubrique sur les bords. Sur son temps libre, elle a une autre activité : elle est actrice, de théâtre et de cinéma. En collocation avec d’autres artistes en mal de succès, Sarah qui a les dents longues, nourrit des rêves de célébrité internationale, et subit les petits succès de ses amis comme un véritable affront personnel.

Aussi, lorsqu’elle participe finalement à un casting en plusieurs séances assez déroutantes, elle se prête aux demandes de plus en plus malsaines de ses interlocuteurs, persuadée qu’elle est sur le chemin de la gloire. Les évènements prendront peu à peu une tournure inattendue.

Jo Gonzo scale *** J’ai assez bien aimé ce film en deux parties, la première débutant comme tous ces films d’Hollywood dont le sujet est Hollywood qui se regarde le nombril, à la Sophia Coppola et consorts. Sur le moment, ça m’a énervé, avant que je me rende compte qu’en réalité, les choses sont plus subtiles que cela. Kevin Kolsch nous promène dans ce sujet redondant, inutile et éculé justement parce qu’il nous est familier et qu’on en a dit depuis belle lurette le peu qu’il y avait à en dire, afin d’accentuer le contraste avec la deuxième partie, qui elle est franchement barrée ! Pour le coup, il a peut-être repompé l’idée à Lynch qui utilise le même sujet de départ dans Mulholland Drive, mais avec des références pareilles, peut-on vraiment lui en faire le reproche ?

Jo Gonzo shitless scaring ability ***Une note honorable est obtenue dans ce film, d’abord par le climat étrange qui règne dans la première partie et qui rend le spectateur anxieux de l’évolution de l’intrigue. Nul doute que Kolsch aime Lynch, ou alors il y a quelque chose qui m’échappe. Puis dans la seconde partie, alors que le corps de Sarah se transforme de manière spectaculaire, on évolue vers le gore lorsqu’elle vomit des vers ou que ses dents se détachent, ce genre de chose, et on se demande où cela s’arrêtera. On complète ce tableau par quelques « bouh » qui font sursauter le spectateur dans son fauteuil.

Jo Gonzo blood and violence **** Si la violence est absente de la première partie, ce n’est que pour mieux se faire attendre. Dans la seconde partie, c’est un festival, entre les images gores précitées, qui évoluent carrément sur un carnage en bonne et due forme, modèle homologué films de Yakuza avec des têtes qui sautent et des jugulaires qui giclent par intermittence des litres d’hémoglobine. Le tour de force réside dans le fait qu’il était impossible de deviner la tournure des choses en début de film….

Jo Gonzo même pas cap factor *** Outre les éléments développés dans la rubrique précédente, on a aussi un personnage féminin, j’ai dit féminin ? bref, un personnage de femme autoritaire et hommasse, les traits grossiers, les cheveux courts, la tenue rigide, dénuée de sex appeal et encore plus d’humour, qui est emprunté sans nul doute aux méchantes membres du Spectre des James Bond. (Je parle bien entendu des vrais James Bond, jusqu’à Goldeneye, pas des espèces films d’action pourris et pas drôles qui viennent après).

Jo Gonzo cars : RAS.

Jo Gonzo Columbo factor : ***** Assurément l’un des points forts du film. A regarder les trois premiers quarts d’heure, impossible de soupçonner les évolutions de l’œuvre.  On se fait avoir comme des bleus.

Jo Gonzo erotic charge : ***Alexandra Essoe est une belle fille scuplturale, que le cinéaste apprécie de nous faire découvrir dans les différentes épreuves du casting auquel elle est soumise. Mention spéciale pour les uniformes du fast-food, qui comportent notamment un pantalon, peut-on d’ailleurs parler d’un pantalon à ce stade-là ? Plutôt un collant, si serré, qui faut probablement se dégripper au WD40 pour l’enfiler, nous laissant admirer une chute de reins magnifique…

En sortant de là, j’ai fait l’acquisition du tome 3 de « Zombies », de Sophian Cholet et Olivier Péru. En regagnant ma turne,  en mode Vanishing point sur mon vélo, la BD qui pendait de mon guidon est venue se coincer dans mon genou, poussant la barre de direction à angle droit, et Jo Gonzo s’est écrasé sur le macadam à 30 à l’heure dans un soleil magnifique.

A la séance de 18h, et un gros bleu à la hanche, je suis allé voir le film de minuit de la veille, j’ai nommé :

Discopathe

discopathe

Renaud Gauthier nous replonge en plein dans les années 70, la grande période des Bee Gees (dont j’ai un jour essayé d’enfiler le futal ce qui m’a occasionné une chirurgie testiculaire en urgence).

Les jeunes gens branchés passent leurs vendredis soirs sur les pistes transparentes illuminées par le bas, à s’éclater sur le Freak, Raspoutine (forcément ma préférée), et autres classiques du genre, qui déchainent la libido des filles libérées. Dans ce contexte, Duane Lewis est un brave garçon, qui n’a qu’un problème : le seul fait d’entendre de la musique disco le transforme immédiatement en serial killer spectaculaire et sanglant.

En fuite au Québec après son premier carnage, où il parvient à se cacher, au hasard, dans un internat de jeunes filles aux hormones en ébullition et aux professeures en mal de compagnie, la musique disco finit par le rattraper…

Jo gonzo scale : *** Dans discopathe, on fait dans la caricature. L’ambiance, d’une part, puisque Gauthier nous a présenté le pire du kitsch des années 70, tant en matière de musique que de fringues (les shorts flottants) ou de mobilier. Sur la forme, on se rend compte qu’on a affaire à un vrai cinéphile, qui est allé jusqu’à tourner son film dans des tonalités rappelant les pellicules de l’époque, un peu en mode Technicolor, comme dans Hobo with a shotgun. Les sous-titres (tant l’anglais que le canadien sont doublés, vu les expressions employées c’est mieux, on y aurait perdu) apparaissent même dans une police désuète et un peu floue, comme dans les films de l’époque.

Jo Gonzo shitless scarring ability ** Clairement, Discopathe est là pour nous faire rire. Il n’y a pas vraiment de suspens, l’intérêt réside principalement dans le caractère imaginatif des mises à mort.

Jo Gonzo blood and violence ***** Sur ce critère, on est très satisfait. Le tueur des dancefloor utilise tout ce qui est à sa portée pour massacrer ses victimes, notamment des disques vinyles qui cassés en plusieurs morceaux, se muent en armes redoutables. Des décapitations sanglantes à tire-larigot, des scènes de torture, une vraie boucherie comme on adore.

Jo Gonzo même pas cap factor ***

Jo Gonzo cars ** Si Gauthier est soucieux de la forme jusqu’à copier l’éclat des pellicules contemporaines, en matière de bagnoles, c’est le festival des anachronismes. Une Cadillac de 83 qui a eu le temps de rouiller jusqu’au châssis alors qu’on est en 81, et même une Chevrolet Caprice corbillard en phase 2, donc d’après 87.

Jo Gonzo Columbo factor *** RAS sur le Columbo factor. On suit le déroulé-type d’un  slasher, on en respecte le plan à la lettre, on ne peut pas s’en plaindre.

Jo Gonzo erotic charge **** Le cinéaste joue avec les codes des abondantes productions érotiques voire porno de ces années-là.  J’ai écrit ça moi ? Je ne sais pas pourquoi j’écris ça, alors que je ne les ai pas vus, vous pensez bien. Les filles sont nombreuses, recluses (c’et un internat), jolies, pulpeuses,  délurées, très entreprenantes, et le désir qui les ronge vous saute au visage.

Samedi, j’ai vu Honeymoon que j’ai trouvé assez insipide. J’ai assisté à un exercice un peu scolaire de ce film qui pourrait rappeler par certains aspects la série X-Files dans les années 90.

En réalité, the place to be, samedi soir, ou plutôt, dimanche matin, c’était la suite.

Après une cérémonie de clôture un peu collet-monté, (il faut bien rassurer les financeurs), que j’ai été obligé de zapper cette-fois-ci, ayant d’autres obligations, après un palmarès discutable (ils ont finalement choisi white god, c’est dire) une fois le plancher débarrassé des directeurs de banque et autres représentants des collectivités subventionneuses, on se retrouve traditionnellement entre geeks, métaleux gothiques chauffés à la 8.6 et gonzo reporters à la sauvette qui ont hanté les projections durant toute la semaine dans la grande salle du Star Saint-ex pour le point culminant du festival, j’ai nommé :  la nuit des nanars, baptisée pour l’occasion « nuit Cannon testostérone ».

Cette année, ça allait chier. On nous promettait du relou boosté à la gonflette : un Stallone, un Van Damme et un Chuck Norris, rien de moins. Des films des années 80, et en VF parce que c’est dans cette langue qu’on connaît les dialogues par cœur du temps où on les regardait au 1er degré, à notre décharge, on avait 10 ans.  Afin de prouver leur maîtrise de l’exercice de programmation même lorsqu’ils vont déboucher le siphon des toilettes du cinéma, les organisateurs n’ont pas oublié de nous pondre un fil conducteur dans l’enchaînement des films : il s’agit ici de trois films de la Cannon, société de production qui fit la gloire de la série B dans les années 80. Soit.

Déjà, dans la fille d’attente, ça sentait la beuh et les sacs à dos émettaient des bruits suspects de bouteilles et canettes s’entrechoquant, tandis que le taux moyen d’alcoolémie devait s’établir à environ un gramme. Certains étaient venus déguisés, à moins qu’ils ne le soient tous les jours : T-shirts Iron Maiden, lunettes d’informaticiens,  on distinguait notamment un mec arborant une combinaison rappelant vaguement une licorne.

On prend place dans la salle, rapidement remplie aux deux tiers. Ce qui frappe aux premiers abords, c’est une table, d’une forme curieuse, entre le premier rang et l’écran, tandis que le bruit du dégazage des canettes se fait entendre autour de nous. Il est actuellement une heure moins le quart : on n’est pas couchés.

C’est un Daniel Cohen hilare qui accueille une salle chauffée à bloc, et appelle devant le public cinq mecs musclés appartenant à l’association Alsace Bras de fer, qui vont nous présenter Over the top. Des armoires à glace au cœur sensible. Le président de l’association nous explique alors, sous les encouragements avinés avec démonstration à l’appui, les règles et principes du bras de fer, tout en nous indiquant que la masse de muscle n’est pas la qualité unique dans la discipline, la technique étant tout aussi fondamentale. La technique « over the top », qui a donné son nom au film, nous est montrée. Si j’ai bien suivi, il s’agit de placer sa main au-dessus de celle de son adversaire pour bénéficier d’un effet levier plus important.

Après quelques combats de membres de l’association, très impressionnants, Daniel Cohen s’y colle et se fait allonger en quelques secondes. C’est vrai qu’il n’est pas vraiment taillé pour les soirées muscles. Sur cette défaite, il nous annonce alors solennellement que ce soir, toute personne capable de battre l’un des membres de l’association, se verra remettre le prix du camion américain qui est l’enjeu du film Over the top, à savoir 100 000 €. L’offre a l’air sérieuse ! Chiche ?

Pas de candidature de Jo Gonzo, vous m’excuserez de ne pas avoir voulu humilier ainsi de braves sportifs dans leur propre discipline.

La licorne de la file d’attente est le premier candidat. Le costume enveloppant en réalité un gringalet manifestement là plus pour réchauffer l’ambiance que pour gagner, elle se fait rapidement aplatir, sous les acclamations de la salle.

Un deuxième candidat s’élance. Le président de l’association fait remarquer « ah, celui-là, il a des bras ». Cette fois, l’homme n’a pas l’air franchement là pour déconner. Il ne sourit pas, lui, il est descendu pour gagner cent mille balles. Et là, c’est le drame.

Les deux combattants se mettent en position sur la table de bras de fer. Le combat commence. Cela penche du côté du président de l’association de bras de fer. Pourtant, il n’a pas l’air de transpirer, ni de forcer. On le soupçonne de jouer. Le candidat du public, lui, met tout ce qu’il a. Il veut sa thune. Le combat est long, plus d’une minute. La salle exulte.

Soudain, sous nos yeux, un craquement sinistre se fait entendre. Le genre de craquements qui vous provoquent une décharge électrique dans la colonne vertébrale et vous procurent une sensation de froid immédiate lorsque des os sont broyés dans un film d’épouvante. Le bras du spectateur téméraire se plie instantanément, à un endroit où il n’y a pas d’articulation…

Pour vous donner une idée de ce à quoi on a assisté, voici ce que ça donne :

Même en vidéo,  ça ne vous met pas à l’aise, avouez ?

Le président de l’association, sans se départir de son calme, nous explique : fracture nette de l’humérus, en 28 ans de pratique, c’est la première fois qu’il est confronté à une telle blessure, même si elle survient parfois dans la discipline. Dans la salle, on hésite entre l’hilarité et la stupeur. On ne sait pas encore si c’est du lard ou du cochon. Le type est vert fluo désormais… Daniel Cohen tente un « rassurez-moi les mecs, il est avec vous ? » auprès des athlètes… En fait non, il n’est pas avec eux, c’est un vrai spectateur, c’est très sérieux, on vient de voir un mec se faire plier l’humérus en deux sous nos yeux ébahis…

On est invités à quitter la salle le temps que les secours évacuent le blessé. Dehors, les joints se rallument, les fiasques passent de main en main. On rit, on déconne, on a l’impression d’avoir assisté à une mauvaise blague. Les discussions vont bon train, on compatit pour le mec qui va devoir expliquer lundi à son boss qu’il est arrêté pour deux mois pour s’être pris pour Stallone dans un cinéma à une soirée nanars… mais qu’en même temps, il faut quand même être un peu con pour défier des champions internationaux de bras de fer, et que si ces derniers avaient l’intention de lâcher 100 k€ au premier clampin venu, ça se saurait. On se demande aussi si ce genre de conneries est couvert par l’assurance du festival…

Il est deux heures moins le quart lorsqu’on réintègre le cinoche. La séance était prévue pour minuit. Daniel Cohen nous explique que la victime est partie pour six semaines de convalescence, mais qu’elle ne gardera pas de séquelle de son défi. Forts de cette information, on s’autorise à déconner. Ça nous permettra de voir le film sous un autre angle. On ne se l’était pas vraiment interdit, en fait.

Over the top débute.

OvertheTop

On se fend la gueule devant le chef-d’œuvre, chacun y allant de son commentaire pour faire marrer une salle acquise à la cause. Chaque combat soulève les acclamations des spectateurs, « vas-y Stallone », les allusions à l’accident du début de séance du genre « défonce-lui l’humérus ! » rajoute un peu de piquant provoquant l’hilarité générale. Au générique de fin, la salle est en standing ovation.

A la pause, on déconne sur la suite. « Maintenant, démonstration de full-contact, avec notre ami, tout droit venu de Californie. Jean-Claude, tu veux bien venir s’il te plait ? On offre 500 000 € à qui parviendra à le battre : des candidats ? »

En réalité, l’animation suivante est plus sage. Un quizz, sur les films de la Cannon, les lauréats gagnant, outre un DVD de film d’action pourri, deux minutes à se faire vanner par le présentateur qui se fout de leur gueule d’une manière très drôle. Puis, après une bande-annonce improbable d’un film quitchissime des années 80, Bloodsport commence.

bloodsport

La salle éructe littéralement devant les performances, tant physiques que comiques, de l’égérie du film d’action des années 80. Faut dire qu’il s’y croit, Frank Dux. J’avais pas vu ce film depuis le milieu des années 90… j’y trouve quand même une curieuse dimension raciste, avec des noirs qui éclatent des noix de coco ou qui se battent comme des chimpanzés, ce qui fait beaucoup marrer la salle… Ici encore, chaque combat fait l’objet d’acclamations et d’applaudissements, malgré l’heure tardive, tout le monde est au taquet.

Au générique de fin, je décide de zapper Portés disparus, je suis rétamé, il est six heures du mat, et j’ai une semaine de boulot qui m’attend.

portes-disparus

Le temps de prendre un café et un morceau de cake au petit déjeuner offert pour rebooster les troupes avant la projection du Chuck Norris, et je me retrouve dans la rue, au petit matin. Je suis vidé, j’ai sommeil, un peu froid. En réintégrant ma caisse garée sur les quais, une jolie brune me demande du feu. Mes idées se troublent, ma vue se teinte de rouge. Je ne me rappelle plus vraiment comment je suis rentré. J’ai fait un mauvais rêve…

 


A propos de Jo Gonzo

Jo Gonzo est à la critique cinématographique ce que Daniel Craig est à la saga James Bond : on se demande qui a fait le casting, mais il est là. Doté de références approximatives (il a vu plusieurs fois tous les Russ Meyer et même un Romero un coup, quelque-chose of the dead), c’est en revanche un professionnel de la survie qui passe la majeure partie de ses nuits à éclater en songe, essentiellement à la pioche et à la tronçonneuse, les hordes de morts-vivants qui assiègent sa chambre à coucher. Génétiquement modifié suite à son enlèvement par des extraterrestres nazis un soir en sortant du Nelson, relâché au petit matin dans un caniveau avec de l’urine dans son 501 et du vomi sur son T-shirt Guns’n Roses, les notions de bonne foi et de sens de la mesure ont été éliminées de son tempérament. Il aime pêle-mêle, les zombies, les bagnoles, les films, surtout ceux de zombies et de bagnoles, le catch, le Kraut-rock, sa tronçonneuse et les Ray-ban Wayfarer. Il habite Strasbourg, aussi vaut-il mieux éviter de se balader l’air hagard en trainant des pieds dans son quartier la nuit si l’on craint les appareils d’élagage.

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