Cinq fusils à l’ouest, de Roger Corman


Roger Corman débuta sa carrière avec un western. Non pas qu’il s’agisse de son genre de prédilection mais en 1955, il est de bon ton de filmer l’ouest sauvage. Rien qu’en cette année plus de 60 westerns sortent sur les écrans. Dont, bien sûr, quelques purs chefs d’œuvre comme La rivière de nos amours d’André De Toth, Le Bandit d’Edgard G Ulmer, L’homme de la plaine d’Anthony Mann ou encore Dix hommes à abattre de Budd Boeticher. Dans ce contexte riche, il est difficile pour un jeune metteur en scène de se faire une place surtout quand on se retrouve avec un budget aussi modeste que 60 000 dollars.

Roger Corman est néanmoins une figure importante du 7ème art. L’un des meilleurs dénicheurs de talents. Il a produit les premiers essais des plus grands cinéastes américains comme Martin Scorsese, Jonathan Demme, James Cameron, Monte Hellman, Joe Dante, Francis Coppola et j’en oublie. Il a distribué les classiques d’Ingmar Bergman sur le sol américain. Il a aussi réalisé une cinquantaine de films avec un attachement sans borne au cinéma de genre et particulièrement au fantastique, à l’épouvante et à la science fiction. On lui doit quelques chefs-d’oeuvre notamment son cycle de Poe avec souvent Vincent Price dans le rôle principal et Richard Matheson au scénario. Tout cela pour dire que Corman a du talent. S’il est parfois un producteur opportuniste, il demeure un metteur en scène qui aime son métier, un artisan qui soigne la confection de ses films. Et son premier long métrage ne déroge pas à la règle. S’il ne rentre pas dans les annales du western, cinq fusils à l’ouest, avec son budget de séries Z et son tournage en 9 jours, tient parfaitement la route.
Le scénario est classique mais efficace, reprenant un thème qu’Aldrich traitera 12 ans plus tard dans Les douze salopards.

La guerre civile touche à sa fin. Ne disposant plus d’assez d’hommes pour effectuer une mission dangereuse, l’armée confédérée fait appel à des prisonniers condamnés à mort afin de remplir un contrat délicat : ramener un traître à la cause sur le point de donner au camp adverse une liste contenant les noms d’espions sudistes infiltrés et 30 000 dollars en or. Tout cela en échange d’une amnistie pour chacun.
Bien sûr les personnages sont stéréotypés mais le scénario est bien construit, utilisant à bon escient les conventions du genre. On est un peu surpris, connaissant l’orientation plutôt à gauche de Corman, de le voir se plier au diktat idéologique concernant les indiens, ici de simples silhouettes incarnant le danger. Mais l’aspect le plus moderne et progressiste, concerne le rôle que va tenir Dorothy Malone, la figure féminine du film. Loin d’être le faire valoir de la horde de salopards, c’est elle qui est filmée avec délectation par Corman et demeure le personnage le plus intéressant du film. Ce côté novateur est le petit « plus » de ce western bien rythmé et filmé avec soin, bénéficiant d’un beau travail du chef op Floyd Crosby, masquant intelligemment l’aspect fauché du film.
Parmi les comédiens, on reconnaît Mick Connors, crédité bizarrement au générique sous le nom de Touch Conners, futur héros de la série Mannix.
Loin d’être le nanar redouté, Cinq fusils à l’ouest est une agréable série B loin d’égaler les classiques d’Anthony Mann ou de John Ford mais se situant dans une bonne petite moyenne et comportant suffisamment de séquences originales pour sortir du lot. Un divertissement soigné. Il s’agit en tout cas du meilleur western de Roger Corman parmi les quatre qu’il réalisa.

(USA-1955) de Roger Corman avec John Lund, Mick Connors, Dorothy Malone,

Edité par Sidonis Calysta. Durée : 75 minutes. Versions : français, Anglais. Sous titres : français. Format 1.33 original respecté. Couleur

Bonus :
Présentation du film par Patrick Brion
Bandes annonces

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A propos de Manu

Docteur ès cinéma bis, Manu est un cinévore. Il a tout vu. Sorte d'Alain Petit mais en plus jeune, son savoir encyclopédique parle aux connaisseurs de films méconnus. Il habite près de Montpellier où il peut observer la faune locale : le collectif School’s out, l’éditeur le chat qui fume et l’éditeur Artus Films. Avec son air d’Udo Kier, il n’est pas exclu qu’on le retrouve dans une production de genre.

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