La dernière maison sur la plage, de Franco Prosperi


Le petit classique instantané de Wes Craven, La dernière maison sur la gauche, remake moderne et trash de La source de Bergman, n’aura pas tardé à faire des émules chez les cinéastes italiens, toujours sur les bon coups lorsqu’il s’agit de plagier les succès outre atlantique. Dans le Craven, une bande de dégénérés viole et tue deux jeunes filles avant de se réfugier chez les parents de l’une d’elles qui ne tarderont pas à se venger. Le concept du rape and revenge est posé, un sous-genre déviant qui existait déjà par le passé mais de manière moins crapuleuse et complaisante. Car tout film de vengeance appartient au fond à cette catégorie.

Le plus célèbre rip off italien de La dernière maison sur la gauche reste La maison au fond du parc de Deodato, qui reprend par ailleurs l’acteur principal, le très mauvais David Hess. Mais d’autres titres sont à retenir comme l’excellent Le dernier train de la nuit d’Aldo Lado, Vacances pour un massacre de Fernando di Leo, Terreur express de Ferdinando Baldi et … La dernière maison sur la plage, affublé d’un titre un peu idiot et facile. On remplace gauche par plage et le tour est joué.

Le film de Franco Prosperi, artisan méconnu à ne pas confondre avec son homonyme réalisateur des douteux Mondo Cane 1 et 2, mérite néanmoins l’attention de l’amateur de bizarrerie transalpine.

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Le film s’ouvre par une excellente scène de braquage, évoquant le prologue de Mitraillette Kelly le  chef d’œuvre de Roger Corman, construite en hors champs. On pense à un souci économique dans un premier temps mais la suite nous donnera tort et cet aspect épuré sera justifié par l’évolution d’un des protagonistes. Les trois braqueurs se réfugient dans une vaste demeure avec vue sur la mer. A l’intérieur, un groupe de jeune filles répète une pièce de Shakespeare, Songe d’une nuit d’été, sous la direction de Christine. On apprendra rapidement que cette dernière est une nonne et que les quatre jeunes filles sont vierges. Du pain béni pour ces psychopathes d’opérettes, trop excentriques pour être totalement plausibles. Seul le personnage incarné par Ray Lovelock intrigue. Avec sa gueule d’ange blond, il passe pour le plus équilibré,  le plus sensé, le seul capable de mettre un frein aux pulsions sexuelles et meurtrières des deux autres. Or les apparences sont trompeuses et le parti pris de ne pas avoir filmé le hold up prend alors tout son sens dans la conduite de la narration. Le script n’est donc pas si débile même si le genre ne peut se défaire de son image racoleuse. La mise en scène, plutôt sophistiquée, s’éloigne de ses modèles américains en accumulant les effets de caméra, les gros plans outranciers, les ralentis inutiles, les affèteries de montage. L’aspect brut et documentaire du film de Craven est totalement évincé, ce qui enlève de la puissance au film, l’éloigne d’un aspect malsain dans le réalisme forcé. En revanche, sa belle facture visuelle permet à cette bisserie d’être agréable à visionner, ce qui n’était peut être pas la but premier du film de Franco Prosperi.

On regrettera néanmoins certaines longueurs dues à la répétition des situations et le manque d’intensité de la partie « revenge », expédiée en quelques minutes violentes certes mais frustrantes.

Face à un Ray Lovelock, moins fadasse que prévu en sociopathe pervers et manipulateur, Florinda Bolkan (La longue nuit de l’exorcisme, Le venin de la peur) est crédible en nonne même si elle ne joue pas grand-chose. Les jeunes actrices sont très mignonnes, ce qui n’est pas pour déplaire les amateurs de curiosités légèrement déviantes.

Du cinéma d’exploitation tout ce qu’il y de plus consommable édité dans une belle copie. Et puis il s’agit vraiment d’une rareté inédite en France.

(ITA-1978) de Franco Prosperi avec Florinda Bolkan, Ray Lovelock, Flavio Andreini.

Fiche technique:

Durée : 86 minutes. Versions : français, italien. Sous titres : français. Format 2.35 original respecté 16/9ème compatible 4/3. Couleur. Interdit aux moins de 16 ans

 

Bonus

– Le Rape and Revenge italien, par David Didelot

– Diaporama d’affiches et photos

– Film-annonce

Edité par ARTUS FILM


A propos de Manu

Docteur ès cinéma bis, Manu est un cinévore. Il a tout vu. Sorte d'Alain Petit mais en plus jeune, son savoir encyclopédique parle aux connaisseurs de films méconnus. Il habite près de Montpellier où il peut observer la faune locale : le collectif School’s out, l’éditeur le chat qui fume et l’éditeur Artus Films. Avec son air d’Udo Kier, il n’est pas exclu qu’on le retrouve dans une production de genre.

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