Une journée à Gérardmer


Je me suis d’abord perdu dans les Vosges. Du côté du Schnepfenried, où le monde et la route s’arrêtent d’un coup dans une épaisse nappe de brouillard. Le film fantastique était de l’autre côté du pare-brise. Obligé de faire demi-tour, je suis redescendu vers Munster, lieu plus amical avant de remonter et de longer les flancs abrupts jusqu’au col de la Schlucht.

J’ai retrouvé l’ami Oliver, aguerri dans l’exercice du festival, qui s’est constitué un programme à s’user la rétine durant cinq jours. Le temps d’admirer le lac, le crachin et la vieille neige sale, on commence par un premier film: Bone Tomahawk de S. Craig Zahler. Il s’agit d’un western qui prend son temps (2h12), avec des plans qui durent systématiquement trois secondes de trop, des scènes répétitives. Le prétexte à l’aventure est complètement banal : une tribu d’indiens bizarres enlèvent une femme, un adjoint au shérif et un voyou. Le shérif embauche trois gars pour aller récupérer les otages. Seulement, le chemin est long et plein d’embûches. Commence alors un interminable chemin de croix, façon La Passion du Christ de Mel Gibson. Les courageux qui auront bravé les histoires drôles du vioque et les chutes de l’éclopé seront récompensés par quelques scènes gores puisque nos braves indiens sont les enfants illégitimes de Predator et des cannibales amazoniens. Un bien piètre récompense tout de même… Grâce à une esthétique très propre, des chouettes décors naturels et cette bonne vieille trogne de Kurt Russell en pleine forme, le film est tout de même regardable.

BoneTomahawk

Direction l’après-ski, à côté du lac, dont l’intérieur boisé rappelle vaguement le Great Northern Hotel de Twin Peaks. La raclette est bonne et copieuse, mais évidemment ça ne demande pas beaucoup d’effort de la part du cuistot. L’accueil est sympathique et la vue sur le lac jolie.

Direction l’espace LAC pour la digestion avec la projection de The Shamer. Les logos AB Vidéo et Condor Entertainment nous mettent la puce à l’oreille. Les deux champions du DTV en France trouvent ici une opportunité pour passer l’un de leurs téléfilms sur grand écran devant une salle comble. Mais le film danois se révèle tout à fait inoffensif. Le seigneur d’un royaume et sa descendance sont assassinés. Une clairvoyante est appelée pour résoudre le mystère mais c’est évidemment un piège. Le scénrio est sans surprise, on nous jette quelques dragons numériques en pâture et le méchant est démasqué à la fin.

Je finis ma journée avec le meilleur film : The Witch, de Robert Eggers, dont c’est le premier long-métrage. Le monsieur était auparavant « production designer » et « costume designer » et ça se sent dans ce film très soigné voire maniaque sur ces aspects. L’histoire se déroule au moyen âge. Une famille nombreuse s’isole à la campagne, à cause du père trop fier poru s’avouer dépendant de la société. Malheureusement, tout se passe mal : les récoltes ne donnent rien, la chasse non plus, la famine les guette et pour finir, le nourrisson a été mystérieusement enlevé. On pense d’abord à un loup mais d’autres événements bizarres évoquent rapidement l’existence d’une sorcière. Le père est un croyant quelque peu fanatique et va précipiter sa famille dans une spirale de violence.

The Witch est un film très premier degré qui reprend tous les thèmes liés à la sorcellerie : une vieille femme qui mange les gens, un bouc noir, un corbeau, une séductrice. Toutes les croyances sont ici réunies. Peu à peu, l’atmosphère devient malsaine et paranoïaque, chaque membre de la famille étant successivement accusé de pactiser avec les forces du mal. Huis-clos forestier, le film est un peu longuet mais contient quelques scènes remarquables, notamment grâce au talents des acteurs les plus jeunes. Et puis il y a ce final, pas vraiment inattendu, mais qui verse tout de même dans le fantastique le plus pur. Un premier film prometteur, comme on dit.

Un dernier Bagel tiède et hors de prix, et je refile vers la Schlucht pour retrouver le brouillard aussi épais que du munster fondu. Oliver, loyal soldat, va continuer d’enquiller les films. Vous pouvez le suivre sur le cuicuiteur : https://twitter.com/jejectr

The-Witch-Anya-Taylor-Joy


A propos de Jérôme

toute-puissance mégalomaniaque, oeil de Sauron, assoiffé de pouvoir et d’argent, Jérôme est le father de big brother, unique et multiple à la fois, indivisible et multitude, doué d’ubiquité. Il contrôle Cinétrange, en manipulant l’âme des rédacteurs comme des marionnettes de chiffons. Passionné de guerre, il collectionne les fusils mitrailleurs. Le famas français occupe une place d’exception dans son coeur. C’est aussi un père aimant et un scientifique spécialisé dans les nouvelles technologies de l’information. Pour faire tout cela, il a huit doppel gangers, dont deux maléfiques. Il habite au centre du monde, c’est-à-dire près de Colmar.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *