Julien Donkey Boy
Julien Donkey-Boy est l’exemple même du film dont on aurait vraiment aimé dire du bien.
Parce qu’il est réalisé par Harmony Korine tout d’abord, artiste mutant attachant et torturé proche de Larry Clark, déjà auteur du scénario de Kids (premier film du sulfureux réalisateur précité), et surtout de l’excellent Gummo, petit bijou indé-hardcore déjà chroniqué dans ces notules, dont Julien Donkey-Boy recycle une bonne partie des idées (en moins bien, mais on y reviendra). Parce qu’il tranche radicalement avec le tout-venant d’un cinéma indépendant US en très mauvaise posture à cette période ensuite, tel un pavé balancé innocemment dans la mare fangeuse de productions Miramax, à l’auteurisme académique horripilant. Bref, une sorte de vilain petit canard à la sincérité indéniable, qu’on aura pourtant le plus grand mal à prendre sous notre aile.
Mais commençons par le commencement, en l’occurrence, le scénario, si tant est qu’on puisse le désigner comme tel. Julien Donkey-Boy est une jeune schizophrène, qui passe ses journées dans un quartier plutôt glauque de Long Island, entouré d’une famille à peine plus équilibrée que lui. Un jeune frère à la personnalité inexistante ou presque, qui consacre tout son temps à s’entraîner à la lutte gréco-romaine dans l’appartement familial, coaché par un père à la fois dépressif, castrateur et autoritaire (incarné par Werner Herzog), qui à pour principaux hobbys le port de masque à gaz et la consommation à haute dose de sirop pour la toux à la codéine. Seule présence féminine, la sœur de Julien, ado enceinte qui tente tant bien que mal d’amener un peu d’affection à une famille qui en manque cruellement. Ce décor posé, force est de constater qu’il ne se passe pas grand-chose, à vrai dire rien, seulement une succession de micro-séquences, plus ou moins représentatrices du mode de vie de la famille, dont on devra se contenter jusqu’à la fin.
On conçoit clairement les intentions d’Harmony Korine, à vrai dire inchangées depuis Gummo : donner une vision apaisée et réaliste d’une poignée de freaks ignorés des caméras, ou systématiquement traités sous un angle mélodramatique et / ou misérabiliste. Et filmer au même plan, sans le moindre recul, petits riens de la vie de tous les jours et séquences lourdes de sens. Une sorte de « Strip-tease » cinématographique bourré d’empathie, qui fonctionne à merveille dans Gummo, mais s’avère cruellement somnifère et stérile dans le cas de Julien Donkey-Boy. Est-ce le choix de se cantonner au cadre d’une cellule familiale, ou à un environnement urbain ? La volonté d’obéir sans faille aux règles du Dogme établi dans les années 90 par le Danois Lars Von Trier ? Toujours est-il qu’on a bien du mal à trouver un quelconque intérêt à ce canevas dénué du moindre rythme, filmé de façon volontairement dégueulasse (images granuleuses au possible, cadrages à l’arrache, etc…), qui n’a pour lui que son anticonformisme radical et la passion incontestable et jusqu’au-boutiste de son réalisateur.
Julien Donkey-Boy (1999), d’Harmony Korine, avec Ewen Bremner, Chloë Sevigny, Werner Herzog
DVD Zone 2 E.D. Distribution
Durée du film : 94 minutes
Format : 16/9 compatible 4/3
Son : Mono
Langues : anglais avec ou sans sous-titres français
Bonus : Scènes coupées, making of, bande-annonce du film (durée totale : 25 minutes)
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