EFS 2009 : jour 4

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 Les Documents Interdits

Culte réel pour ceux qui les ont vu sur Antenne 2 ou sur Arte, Les Documents Interdits renvoient à une effarante mise en abîme. Bien avant la mode totale du docu qui ment, Jean Teddy Filippe tenta un coup de bluff, qui était déjà dans l’air du temps de ces années quatre-vingt, preuve que le concept et l’envie d’en forcer certaines limites ne date pas d’hier. L’auteur de cette œuvre fondatrice désirait dans ces treize épisodes (treize !)  jouer avec le médium et y apporter du fantastique et de la poésie plutôt que de se moquer avec un brin de cynisme de la crédulité du spectateur qui prends pour argent comptant tout ce qu’il voit via le tube télévisuel. Le seul défaut de l’entreprise, c’est que Filippe s’y est tellement bien pris qu’il a dû régulièrement répéter que tout ceci était faux à des gens persuadés du contraire. "Il n’y a pas de fumée sans feu…" pensèrent-t-ils.

Le Cas Ferguson (épisode 11) : Une équipe de chaine de télévision pénètre dans un manoir immense. Plus ils progressent, plus la communication avec l’extérieur se brouille, jusqu’à la coupure. Très vite, avec certitude, il est prouvé qu’ils ont disparu à jamais. Le responsable de la chaine s’explique sur les faits.

Les Crown filment les Young (épisode 9) : En 1973, les archives de films d’un particulier font état d’une sordide histoire de meurtre dans une communauté banale et tranquille.

Le Soldat (épisode 6) : Un soldat américain, dans la Sicile de 1943, assiste à un évènement surnaturel : des personnes surgissent de la mer.

Le naufragé (épisode 1) : Une caméra retrouvée sur un canot retrace l’odyssée d’un naufragé russe qui refusa le retour à la civilisation. Aurait-il assisté à un phénomène paranormal ?

La Sibérie (épisode 12) : À la fin de la guerre froide, une équipe de reporter filme un camp peuplé de travailleurs laissés pour compte qui ont servi de cobayes pour des expériences ultra-secrètes de bio-mécanique.

Si Les Documents Interdits disposent toujours d’une aura de mystère et d’une efficacité intacte, malgré le flot de vidéos tronquées sur le net, c’est par la volonté des auteurs de "fabriquer l’authenticité" de la manière la plus précise qui soit. Ainsi, le document La Sibérie fut filmé en Agfacolor puis reporté sur une bobine de film de l’ex-URSS, apportant un rendu visuel égal aux prises de vues soviétiques d’alors. Les pistes sont brouillées avec succès. C’est à se demander, quand on apprends que Les Documents Interdits ont été diffusés aux états-unis, si Daniel Myrick et Eduardo Sánchez n’y ont pas puisé toute leur inspiration pour The Blair Witch Project. La similitude avec le segment Le Cas Ferguson paraît flagrante.

Villemole 81

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"Villemolle ! Villemolle !"

C’est le cri de ralliement qui réunit tous les fiers villemollois, des villageois du Tarn. Fiers, mais bras cassés irrécupérables. Tous alcooliques et plus ou moins à l’ouest, ils préparent avec ferveur un spectacle historique, « La Battaille de Villemole » (avec deux t, oui) contant le haut fait d’armes de la commune, quand les villemollois ont bouté l’anglais hors de leurs terres. Comme rien ne se passe comme prévu ici, une météorite vient s’écraser et répand un virus zombiesque à la vitesse d’un hamster communal au galop. Les solides campagnards ont en vu d’autres et s’emploient à régler ce nouveau soucis sans l’aide de quiconque, suivant la tradition.

Villemolle 81 comporte deux films pour le prix d’un. Le premier est proche des reportages Grolandais, dans un habillage très FR3 régional d’il y a vingt ans, avec un point de vue acide sur la France d’en bas… enfin, très en bas. Si tous les personnages sont croqués de façon outrée ils n’en restent pas moins sympathiques. Que ce soit le maire au taquet en permanence, la secrétaire de mairie lectrice de littérature médiévale érotique tous les mardis chez elle, l’écologiste qui aime se déguiser en Super Nounours, Zoltar le grand gourou, ils sont tous garants de franche rigolade. Si la première partie touche au but avec ses acteurs en roue libre, la deuxième, après l’irruption du fantastique, dilue un peu l’intérêt sur la longueur (l’invasion des zombies, on connait la chanson). Il n’empêche, le long-métrage est ovniesque tant il oscille entre l’Atomik Circus sans le sou et des constructions graphiques développées. À cet égard, les publicités sont un grand moment de n’importe quoi hilarant. Le tout donne une production-guérilla de bric et de broc, insolite dans le contexte frileux hexagonal et qui, malgré tout, a vu le jour à l’arrache. Indispensable, non, mais amusant, certainement.

Black Dynamite

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Il est rude, il est fort, il est black… C’est Black Dynamite ! Le film-surprise de l’Etrange Festival cuvée 09 est sans conteste l’une des meilleures parodies que j’ai vu depuis un bail. B.D., c’est de la bombe, baby !

Le film est dominé par un Michael Jay White ubersexuel jusqu’à la longueur de son revolver. LE justicier badass dont la virilité fulgurante ferait tourner les talons à Jean-claude Van Damme et Steven Seagal réunis. Il fonce comme un bolide, distribuant des torgnoles, des rimes qui font mouche et des pruneaux à tour de bras. Par la même occasion, notre héros fait frémir d’aise, avec force œillades et roulements de mécanique, tout individu féminin sur son passage… jusqu’à la première dame, madame Nixon elle-même !

Tribut à Jim Kelly et Fred Williamson, hommage patenté à tout un pan du cinéma d’exploitation des années soixante-dix (Blaxploitation, kung-fu flicks, bisseries de guerre, pimp-movies, films de complots pas croyables), Black Dynamite  emporte haut la main son pari tant il est clair que les créateurs adorent et connaissent sur le bout des doigts le sujet qu’ils pastichent. L’équilibre entre la distanciation ironique et l’engouement sincère envers les genres cités se maintient sur le fil du début jusqu’à la fin.

La formule est connue ? Ce serait encore une fantaisie d’un gros malin de geek ? Peut-être, mais qui en aurait cure tant Black Dynamite s’avère exact dans le détournement des codes des genres (tous les codes y sont répertoriés) et bien agencé dans son tempo comique. Pour parachever le tout, la bande originale funky reste en tête bien après la projection. Réjouissant, défoulant, over-the-top. Dynamite is the man !

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