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Pour chaque lettre de l’alphabet, on a trouvé un mot et chaque mot a été donné à un réalisateur pour qu’il le relie à la mort dans un court-métrage. L’ensemble est évidemment hétéroclite, ce qui implique un manque de liant malgré un thème commun, mais qui permet aussi de ne pas s’ennuyer. Avec vingt-six films, il vaut mieux ne pas dépasser les cinq minutes si on ne veut pas se retrouver avec une anthologie en plusieurs volumes. Les réalisateurs ont été choisis pour leur notoriété dans le film de genre.

L’ensemble des films donne une assez bonne peinture de l’état du fantastique dans le monde. Les Japonais remportent haut-la-main la palme du plus gros délire, à base de fluides corporels, de gore, de sexe et de nourriture. On savait déjà qu’ils avaient la pornographie la plus libérée du monde mais c’est peut-être tout l’imaginaire japonais qui ne semble pas connaître de limites. On sera par contre déçus des productions américaines et même européennes, qui se contentent de refaire ce qui a déjà été fait, une sorte de maladie dans le fantastique occidental.

On ne va pas procéder alphabétiquement mais plutôt par thématique. Mettons dans un panier les courts anecdotiques comme Apocalypse, Bigfoot (Adrian Garcia Bogliano), Gravity (Andrew Traucki), Exterminate (Angela Bettis), Jidai Geki (Yudai Yamaguchi), Miscarriage (Ti West), Quack dont les scénarios sont aussi minces que les moyens mis à disposition. On se demande d’ailleurs comment le budget a été réparti puisque certains courts frisent l’amateurisme tandis que d’autres ressemblent à des super-productions ou alors bénéficient d’une photographie étonnante. Pourtant Apocalypse est signé Nacho Vigalando, qui avait fait l’épatant Los Cronocrimenes.

On a ensuite les réalisateurs qui ont intégré les codes et qui s’en servent à bon escient, sans toutefois révolutionner le genre. C’est le cas de Jake West et son Speed avec un délire madmaxien de filles junkies dans le désert. Hydro-electric Diffusion n’était un mot pas facile pour le norvégien Thomas Malling. Il s’est finalement bien débrouillé avec une espèce de parodie live de Tex Avery dotée de costumes étonnants : un chien pilote d’avion et une renarde en Ilsa tigresse du goulag ! Ingrown de Jorge Michel Grau filme la violence conjugale avec une mise en scène assez trash. Un mari met fin aux jours de sa femme qu’il a attachée dans une baignoire. Du coup, on hésite un peu. C’est sérieux ou pas ? Pressure de Simon Rumley parle de prostitution et de pauvreté avec un joli enchaînement d’ellipses. C’est peut-être le film le plus sérieux de la collection et du coup, il fait un peu tâche. Nuptials de  Banjong Pisanthanakun est une petite comédie sympathique mais inoffensive avec un perroquet un peu trop bavard.

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Vagitus de Karee Andrews veut faire grand en inventant tout un univers de science-fiction. C’aurait pu être bien, d’autant que les moyens sont là (avec un robot assez convaincant), mais les cinq minutes sont une contrainte beaucoup trop lourde pour l’auteur qui semblait avoir beaucoup à dire; dommage. Youngbuck de Jason Eisener (Hobo with a shotgun) est un truc assez dérangeant avec un oncle incestueux et chasseur. WTF (what the fuck) de Jon Schnepp. Eh bien… Difficile de l’attaquer. C’est du gros délire, du vrai what the fuck, on n’est pas volés. Mieux vaut avoir la surprise !

Viennent les problèmes :

Xavier Gens a réalisé XXL et l’on sent dans sa mise en scène comme une forte odeur de Requiem for a dream. Il reprend donc le style de la mise en scène de Darren Aronofsky jusq’aux violons stridents. Et pour le plan final, on pense aussi  à Martyrs. Beaucoup d’effets « dans ta face » mais pas d’originalité et un propos de base finalement éludé (l’obésité).

J’aurai aimé aimer Orgasm d’Hélène Cattet et Bruno Forzani mais ils refont ce qu’ils ont déjà fait dans Amer. En d’autres termes  : un joli travail sur les couleurs, les textures, le son, mais le résultat est une belle coquille vide qui laisse quelque peu froid. Un comble pour un orgasme.

Cycle du chilien Ernesto Diaz Espinoza reprend lui aussi un concept : celui de Lost Highway, ou même de Los Cronocrimenes ! On y suit un homme qui revit une scène où il se voit lui-même. Et il y a un trou de végétation, invoquant directement les coins sombres de la demeure du film de Lynch.

Pareil pour Removed de Srdjan Spasojevic (le réalisateur du célèbre A serbian Film) qui fait ce qu’il sait faire. C’est à la fois violent, gore et très beau : un homme hospitalisé a de la pellicule de cinéma sous la peau et ensuite il pousse une locomotive. Ca ne veut pas dire grand chose. Alors on met un extrait de l’arrivée d’un train en gare de la Ciotat pour se donner une posture et on se dit que ça va passer. Pour moi, ça ne passe pas.

Unearthed de Ben Wheatley  nous refait le coup de Kill List. Ca a l’air génial mais pour moi ça reste un tour de passe-passe. Un démon dans la forêt, des éclairages sépias sympas, des gens hystériques. On a l’impression qu’il se passe beaucoup de choses bizarres mais on ne sait jamais quoi. De la poudre aux yeux.

On garde le meilleur pour la fin :

Marcel Samiento se fait remarquer avec Dogfight qui est filmé complètement au ralenti et qui montre de très belles images d’un combat entre un boxeur et un chien de combat. En général, des effets de mise en scène sont utilisés pour ne pas montrer directement le contact entre l’homme et l’animal mais ici, tout est montré en frontal et en gros plan. Le chien et l’homme se mordent, se donnent des coups, se sautent dessus… Un tour de force réellement impressionnant. De plus, le réalisateur n’oublie pas d’inclure une histoire, certes modeste, mais qui permet au film de dépasser le simple exercice de style.

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Bizarrement, les films plus originaux sont ceux qui abordent le domaine de la gastro-entérologie. Pet, caca, toilettes, c’est peut-être dans ces tabous qu’il faut trouver une nouvelle philosophie pour les films d’horreur. T for Toilet de Lee Hardcastle  raconte les affres d’un enfant pour passer du pot aux « grandes toilettes ». C’est à la fois effrayant, drôle (humour anglais un brin cruel), gore et avec une « chute » pour le moins tragique. Et c’est même visible sur le net :

Noboru Iguchi hérite de la lettre F et de Fart, soit Pet en français (est-ce un hasard?). Il conte les aventures saphiques de deux femmes. Alors qu’une explosion libère un gaz mortel dans toute la ville, la plus jeune amoureuse préfère mourir des pets de son aînée plutôt que par le gaz chimique. L’histoire d’amour se terminera dans les intestins de la belle. Il y a quelque chose de profondément subversif dans le fait de montrer ces jeunes japonaises innocentes et gracieuses faire d’immondes pets. Dans le film d’animation Klutz du danois Anders Morgenthaler, c’est une nouvelle fois une femme, aux prises cette fois avec une crotte récalcitrante qui ne veut pas se laisser emmener par la chasse d’eau.

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Zetsumetsu de Nishimura Yoshihiro est évidemment complètement ouf. Il y a des gens à poil qui font des sushis, il y a un combat avec une nana qui a comme arme une énorme bite avec un sabre dans l’urètre. Et tout ça sur fond de deuxième guerre mondiale et de révisionnisme japonais. Tout ce mauvais goût et ce mélange des couleurs rappellent les débuts d’un Peter Jackson avec son Meet the feebles notamment.

Libido est mon préféré car il mêle sans tabou du sexe et du gore, et il prend le risque de choquer son public. Deux types sont obligés de se masturber devant un sujet. A chaque étape, le sujet change. Au début, c’est une femme nue, puis une femme amputée qui se fait du bien avec sa jambe de bois. Et bien sûr à chaque fois c’est pire, de moins en moins érotique. Mais le premier qui éjacule a le droit de continuer. Celui qui n’est pas assez rapide meurt empalé. Nous suivons un homme particulièrement endurant. Mais jusqu’où pourra-t-il aller ? Après les catégorie III hong-kongais, les délires japonais, c’est de l’Indonésie que nous viennent des choses extrêmes. Le réalisateur est Timo Tjahjanto, auteur de Macabre.

ABC of death est sorti chez nos amis outre-manche en dvd et en blu-ray chez l’éditeur Monster Pictures. Il y a des sous-titres anglais pour les films non anglophones mais de toute façon, il n’y a globalement pas beaucoup de dialogues.

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A propos de Jérôme

toute-puissance mégalomaniaque, oeil de Sauron, assoiffé de pouvoir et d’argent, Jérôme est le father de big brother, unique et multiple à la fois, indivisible et multitude, doué d’ubiquité. Il contrôle Cinétrange, en manipulant l’âme des rédacteurs comme des marionnettes de chiffons. Passionné de guerre, il collectionne les fusils mitrailleurs. Le famas français occupe une place d’exception dans son coeur. C’est aussi un père aimant et un scientifique spécialisé dans les nouvelles technologies de l’information. Pour faire tout cela, il a huit doppel gangers, dont deux maléfiques. Il habite au centre du monde, c’est-à-dire près de Colmar.


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2 commentaires sur “ABCs of death

  • Damien

    Ouais, au-delà de l’aspect forcément inégal de ce type de projet, j’ai trouvé ça quand même assez pourri dans l’ensemble.

    Pour ma part, je retiens avant tout le Pressure de Simon Rumley (c’est celui qui avait déjà fait le très réussi Red, White & Blue), et Libido de Timo Tjahjanto. Plus éventuellement le Dogfight de Marcel Samiento, même si niveau scénar’, c’est quand même très léger.

    3 courts honnêtes sur 26, ça fait très light quand même !!

    Contrairement à toi, j’ai pas du tout accroché aux courts japonais, je trouve qu’ils se vautrent vraiment dans tous les clichés lourdingues attribués au pays, du style « ah ces Japs, ils sont vraiment déjantés quand même ». Non ?

  • Jérôme

    Si tu as vu les autres films de Nishimura Yoshihiro et Noboru Iguchi, c’est clair que ça tourne toujours autour des mêmes trucs, les fluides corporels, pour résumer.
    Maintenant j’ai l’impression qu’ils ne s’autocensurent jamais et du coup, leur côté what the fuck me semble sincère. En plus sur cinq minutes, je trouve ça rigolo et plus intéressant que les trucs qui se prennent (trop) au sérieux.