Feffs – jour 3


Pour ce troisième jour, j’ai ralenti un peu le rythme.

Pris par des obligations d’ordre domestique, j’ai malheureusement manqué la master class Tobe Hooper, un instant tenté de revoir Texas Chain Saw Massacre qui passait à la même heure, remballant mon attirance pour les tronçonneuses je suis allé revoir directement :

Life Force à 18h.

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Pour une critique du film par quelqu’un d’éclairé, veuillez vous référer de préférence à l’article de Manu à l’occasion de la sortie Blu-Ray. Vous y apprendrez le contexte de la genèse du film, ses filiations, et bien d’autres informations artistiques que je suis bien en mal de vous fournir.

Quant à moi, c’est la deuxième fois que je vois le film de Tobe Hooper, et j’avoue que j’ai toujours autant de mal à comprendre ce que le réalisateur a essayé de nous faire. C’est si foutraque, que rien que vous en raconter l’histoire n’est pas chose aisée.

Alors disons que dans les grandes lignes, c’est le futur, et l’équipage d’un cigare volant opportunément appelé le Churchill (ça c’est fait), tombe sur une sorte de vaisseau extra-terrestre qui recèle trois cercueils en verre contenant deux éphèbes au physique surnaturel rappelant un peu la poupée Ken de Barbie, et  Mathilda May entièrement à poil. Fascinés par ce buste, ces hanches, cette chute de reins, ces lèvres sensuelles,  ces cuisses, ces… merci pour le seau d’eau. Bref, fascinés, ils décident donc de concert de faire ce qu’il ne faut jamais faire depuis Alien 1 : ramener les trois cercueils sur terre. Une fois sur terre, (où d’ailleurs, pour une raison obscure, on n’est plus dans le futur, le script est un peu en braille), là, c’est le drame : les trois macchabés se réveillent et « vampirisent » les personnes présentes, qui si elles ne se procurent pas une sorte d’éclair bleu de nature indéfinie extraite d’un autre être humain dans les deux heures, se transforment en statue de pierre et tombent peu à peu en poussière. D’où le développement rapide d’une sorte de pandémie, alors qu’un « docteur Bukowsky », dont l’auteur éponyme n’aurait probablement pas déjugé le casting féminin, sort comme un cheveu sur la soupe une théorie foireuse selon laquelle on aurait affaire à une forme de vampires qui ont par le passé donné lieu à l’élaboration des légendes des Carpates. WTF ??? Si si.

On perd peu à peu le fil de l’intrigue avec le sentiment que les protagonistes qui mènent l’enquête ne s’y retrouvent pas très bien non plus, jusqu’à ce que la population de Londres évolue en zombies à la Romero sans qu’on n’ait trop bien compris le lien avec les créatures qui se transformaient en statue de pierre du début, pour un final ressemblant à une mythologie de jeux vidéos avant l’heure assez déconcertante.

Jo Gonzo Scale : ****

J’aime l’audace, la provocation, et les filles gracieuses nues.

Ce qui m’a chiffonné un peu : mes zombies et mes vampires, je les préfère académiques, je veux dire modèles brevetés Carpenter et Romero. Pour moi, un vampire, ça ne se voit pas dans un miroir, ça ne sort pas la journée, ça s’éloigne à l’aide d’un crucifix et d’une gousse d’ail et ça se bute avec un pieu dans le coeur. Quant aux zombies, ça avance lentement et ça s’élimine en visant la tête, de préférence avec  une pioche. De plus, je n’aime pas du tout qu’on mélange les deux, sinon, c’est le bordel. Le reste est dans les notations catégorielles.

Jo Gonzo shitless scaring ability ** Le moment de suspens principal a été pour moi l’instant où l’équipage du Churchill visite le vaisseau extraterrestre en début de film, étrangement angoissante. Par la suite, les réactions des personnes qui ont été au contaminées sont tellement loufoques, diversifiées et improbables, que la terreur s’éloigne à mesure que le scepticisme s’installe.

Jo Gonzo blood and violence *** Malgré l’agressivité des sujets contaminés et les réactions spectaculaires des personnes à l’occasion de leur infection, Lifeforce ne dégage pas une impression de violence majeure. Mais peut-être est-on tellement déconcertés par ce qui nous arrive que l’incompréhension gomme un peu les aspects gore de l’œuvre.

Jo Gonzo même pas cap factor ***** Là je vous avoue qu’on a failli péter la jauge. « Alors Tobe, après Massacre à la tronçonneuse, même pas cap de partir d’un Alien tendance Moonraker, de caser des vampires qui n’ont aucun attribut vampiresque, et terminer sur des zombies, le tout en intégrant une fille à poil tout au long du film et en casant les noms « Bukowski » et « Churchill ». ». «-Comment ça je suis pas cap ? Je te parie une tournée de Jäger que je suis cap. » Inutile de dire qu’il a amplement mérité son Jägermeister.

Jo Gonzo cars ** Niveau voitures, c’est l’encéphalogramme plat. Allez, un petit bonus pour le vaisseau Churchill, pour le nom et parce qu’il ressemble à une navette de la NASA qui serait passée par le tuning club de Charleville- Mézières.

Jo Gonzo Columbo factor ***** Il est rare qu’on affiche cinq étoiles au Jo Gonzo Columbo factor. Ici, les évolutions de l’intrigue sont à ce point improbables qu’on est bien en mal de deviner où le cinéaste essaie de nous emmener.

Jo Gonzo erotic charge ***** Un autre strike. Mathilda May, nue, magnifique, dont on n’a pas été radins sur les apparitions. Qu’est-ce qu’elle est belle !!!

Suite à ça, je suis allé voir The Devils, de Ken  Russels, présenté dans le cadre de la rétrospective Sympathy for the devil. Celui-là, je ne sais pas trop quoi en dire : mes parents ne m’ont certes, pas épargné grand-chose, à l’exception notable de la religion. Du coup, aller voir un film blasphématoire c’était pour moi comme convier un footballer professionnel à un congrès international d’astrophysique : ça m’en a touché l’une, sans faire bouger l’autre, jusqu’à m’ennuyer. Par contre, les gens dotés d’une culture religieuse en sont sortis assez satisfaits. Désolé.

 

Lundi soir, en sortant du boulot, j’ai vu The Canal de Ivan Kavanagh.

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En présence de l’acteur Steve Oram

David est heureux en ménage. Il partage sa vie avec une femme somptueuse et un petit Bobby d’environ 4 ans, dans une vieille bâtisse à la décoration un peu passée et qu’on devine chargée d’histoire, achetée quelques années auparavant, alors qu’ils attendaient leur enfant (ricanements).

C’est à son travail d’archiviste de cinéma que David tombe un jour sur une vieille bobine mettant en scène sa maison, dont il découvre qu’elle a été le théâtre de meurtres sanglants au début du XXème siècle. Simultanément, il découvre des indices le laissant penser que sa femme entretient une liaison. Le décor est planté.

Emotionnellement à bout, David commence à ressentir une présence paranormale dans la vieille maison. Un soir, il suit Alice à la sortie de son travail et se rend compte qu’elle le trompe effectivement avec une relation professionnelle. Choqué, David rejoint la maison en suivant le canal qui s’écoule derrière cette dernière (d’où le nom du film), mais doit s’arrêter, pris d’un haut-le-cœur, dans les chiottes de Trainspotting qui passaient par là par hasard. (Très hype, dernièrement les chiottes de Trainspotting, voir sur ce point ma critique de Wetlands.) Dans le délire qui s’ensuit, il assiste, impuissant, depuis les chiottes dans lesquelles il ne peut se déplacer qu’en rampant à la manière d’une serpillère à merde, à l’agression de sa femme par un inconnu terrifiant au bord du canal sans savoir s’il s’agit d’une hallucination ou de la réalité.

Alice ne reparaissant pas les jours suivants, David contacte la police, qui le considère rapidement comme le suspect numéro 1 du meurtre, alors que les apparitions surnaturelles se multiplient dans la maison de David qui cherche par tous les moyens à protéger son fils.

Jo Gonzo scale ***** Je ne vais pas bouder mon plaisir, j’ai a-do-ré ! Partant d’une maison hantée, Kavanagh a réussi à me coller une pétoche comme j’en ai rarement eue, jusqu’à hanter la salle de cinoche toute entière qui  outre le fait qu’elle était comble, ne comportait pas que des lecteurs de Pif gadget, puisqu’on avait parmi les spectateurs Tobe Hooper himself et quasiment tous les membres du jury du festival.

Jo Gonzo shitless scaring ability ***** Un conseil, évitez les aliments riches en fibre avant d’aller voir ce film et veillez à la présence d’un défibrillateur si vous êtes cardiaques, car on a affaire à un orfèvre de la peur qui sait utiliser toutes les gammes de stratagème pour que vous fassiez dans votre froc ! On commence par attendrir la viande en distillant insidieusement des éléments angoissants, renforcés par un travail sur le son qui se démarque vraiment des standards du genre, jusqu’à ce que soudain, à la faveur d’un traveling express, une vision furtive et effrayante, presque subliminale, vous saute littéralement à la gorge hors de l’écran avant de disparaître…

Jo Gonzo blood and violence ***** The Canal est avant tout un film où l’on joue à la playstation avec vos nerfs, ne vous attendez donc pas à une cascade d’hémoglobine à la Shining. Néanmoins, les couteaux de bouchers, marteaux, etc., ne restent pas pour autant au placard, tandis que les apparitions furtives de corps sacrifiés ou d’ogres sanglants se succèdent. Finalement, on apprécie cette retenue, qui de toute manière doit être calibrée au millimètre pour vous faire flipper votre mère, vu le degré de maîtrise du reste.

Jo Gonzo même pas cap factor **** « Eh, Kavanagh, même pas cap’ de caser les chiottes de Trainspotting dans un film sur une maison hantée ? » « – Quoi ? je suis pas cap ? tu vas voir. Je te parie une tournée de Frison Geist !». Il y a eu tournée de Frison Geist. A part ça, pas beaucoup de provoc’ dans ce film, mise à part l’attitude confiante et détachée de l’enquêteur alcoolique joué par Steve Oram, qui est la seule touche humoristique. On n’est pas là pour rigoler, ça risquerait de vous mettre en confiance, et alors, là, vous n’auriez plus autant les boules, donc pas bon. Le défi ici réside dans le fait de revisiter le thème éculé de la maison hantée en en conservant tous les codes, tout en y apportant sa patte et en réussissant au final à vous coller les chocottes de votre race, et ça, c’est du vrai même pas cap comme on aime.

Jo Gonzo cars ** Les voitures brillent par leur absence, à part la BMW E30 du policier, mais c’est une phase 2, donc sans les chromes, et dénuée de jantes BBS, si bien que ça ne mérite vraiment pas une bonne note. Pour une maison hantée, une épave rouillée de Plymouth Belvedaire rouge sang dans la cour avec des toiles d’araignées, ça aurait eu de la gueule. Ah, on me glisse que ça a déjà été fait ?

Jo Gonzo Columbo factor  *** Petite déception pour moi ici : le film se termine une fois encore en mode Fight club. Mais c’est amené si subtilement, contrairement à nombre d’autres films où cela permet surtout de boucler le script rapidos parce que houlàlà, l’heure tourne, que ça n’est finalement pas si pénalisant.

Jo Gonzo erotic charge ***** Quand la peur est là, le désir n’est jamais loin. Hannah Hoekstra est belle à couper le souffle en début de film et la tension qui règne après sa disparition laisse au spectateur la possibilité qu’il pourrait se passer n’importe quoi, dès lors qu’un personnage féminin entre dans le champ de la caméra. A signaler pour les spectatrices ou les spectateurs qui préfèrent les mecs, qu’à l’issu de la séance, une spectatrice a demandé d’un air gourmand lors des questions-réponses à Steve Oram s’il était possible de se procurer le numéro de Rupert Evans qui joue David, et elle avait l’air tout, sauf isolée dans sa requête.

J’ai ensuite vu ce jour-là White bird in a Blizzard, mais je manque de temps pour écrire (je bosse la journée), donc je vous en ferai une critique ultérieurement, si j’ai le temps.


A propos de Jo Gonzo

Jo Gonzo est à la critique cinématographique ce que Daniel Craig est à la saga James Bond : on se demande qui a fait le casting, mais il est là. Doté de références approximatives (il a vu plusieurs fois tous les Russ Meyer et même un Romero un coup, quelque-chose of the dead), c’est en revanche un professionnel de la survie qui passe la majeure partie de ses nuits à éclater en songe, essentiellement à la pioche et à la tronçonneuse, les hordes de morts-vivants qui assiègent sa chambre à coucher. Génétiquement modifié suite à son enlèvement par des extraterrestres nazis un soir en sortant du Nelson, relâché au petit matin dans un caniveau avec de l’urine dans son 501 et du vomi sur son T-shirt Guns’n Roses, les notions de bonne foi et de sens de la mesure ont été éliminées de son tempérament. Il aime pêle-mêle, les zombies, les bagnoles, les films, surtout ceux de zombies et de bagnoles, le catch, le Kraut-rock, sa tronçonneuse et les Ray-ban Wayfarer. Il habite Strasbourg, aussi vaut-il mieux éviter de se balader l’air hagard en trainant des pieds dans son quartier la nuit si l’on craint les appareils d’élagage.

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