20 films en 20 jours en 1000 signes, ép. 5 : Dilili & Parasite

Dilili à Paris de Michel Ocelot (2018) est un récit imparable qui m’agace un chouia. Il y a un côté proprissime dans ce film d’animation accessibles dès 6 ans, qui réussit le triple tour de force d’être parfaitement écrit, visuellement tip-top et gavé de références. Dans le Paris de 1910, une petite héroïne métisse défait la secte masculiniste qui officie dans les sous-sols, copinant en chemin avec tout ce que l’époque compte de peoples. En vrai, mes dents grincent parce que je suis vert de jalousie : Dilili croise plusieurs de mes obsessions et travaux récents, défonce d’une main mes tentatives. Demeure quelque chose d’un peu lisse & systématique dans l’œuvre d’Ocelot, le souci minutieux du mot juste, la retenue dans les gestes, la diction des personnages. C’est un auteur reconnaissable, bienveillant, consensuel. Heureuse surprise : la laideur inattendue du donjon chtonien des mâle-maîtres, piloté par un Ubu violacé, ne laisse aucun doute sur l’horreur des violences faites aux femmes.

 

Bien aimé la première moitié du Parasite de Bong Joon-ho (2019), sorte de comédie vaudeville sur la lutte des classes. Dans l’unité de lieu d’une belle maison d’architecte, une famille de pouilleux va, sous de fausses identités, remplacer petit à petit tous le personnel. C’est d’abord plutôt drôle dans la caricature des uns et des autres, petites gens roublardes accros au wifi gratos, grands bourgeois chépers obsédés par la réussite de leur progéniture. À mi-course, un twist rebat les cartes et complique le récit, de plus en plus filandreux et malaisant. Climax lors d’une garden party ultraposh, quand le film choisit de se foutre de la gueule des riches et prôner l’insurrection armée des prolétaires. Évidemment, cela ne mène nulle part, un peu de sang et de crème pâtissière sur les nappes. On imagine la Croisette applaudir fort après avoir ri et frissonné deux heures de se voir ainsi reflétée en cet anodin miroir : des chauffeurs attendaient à la sortie pour ramener chacun à son hôtel.

 

Si vous prenez ce cloche-pied pour une liste de courses, Aquarius de Kleber Mendonça Filho (2016) est à inscrire tout en haut. Ça raconte la guerre, autour d’un appartement du front de mer de Recife, entre une vieille propriétaire bourgeoise et une boîte de BTP sans morale. Difficile de dire ce qui fonctionne si bien dans ce cinéma d’apparence froid & intello. L’impression de menace, d’abord, portée par la mise en scène et le montage, qui nous tient deux heures en bord de siège. La liberté de narration, ensuite, plongeant dans les personnages par flashbacks, monstration de pensées, fantasmes. La finesse du traitement, enfin : Filho décrit ce qu’il connaît le mieux, les familles ultrariches de la gauche nordestine. Inutile d’aller en touriste filmer la favela quand on peut mettre en scène la violence sociale d’un pays entier par les non-dits entre l’héroïne et son employée de maison. Réaliste, fantastique, fin, ouvert, passionnant. Ce que le cinéma Brésil a offert de mieux depuis pfiou.

 

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