20 films en 20 jours en 1000 signes, ép. 7 : Suspiria x 2 et Altered States

Suspiria de Dario Argento (1977) faisait partie des 106 classiques que j’avais jamais vu tout en ayant toujours prétendu le contraire – vous devriez m’entendre pérorer sur Tarkovski en fin de soirée. 1h50 de TGV Strasbourg-Paris aura suffi à combler cette lacune. On sent qu’Argento se bat les steaks de l’histoire d’académie de danse x couvent de sorcières, que ce qui l’intéresse c’est la mise en scène de meurtres inutilement alambiqués. Toute la partie manipulation / enquête est molle, on se fout du destin de l’héroïne, s’ennuie par moment. Mais l’image rachète ces défauts, et plusieurs fois. On est dans un cinoche de vernis & de strass : les décors, in situ ou refabriqués, sont stupéfiants, les lumières expressionnistes géniales, irréelles dès la première séquence, dans un aéroport éclairé en rouge jaune bleu. Il y a du papier peint M.C. Escher, des Erasmus allemandes & US qui papotent en italien, un leitmotiv musical exaspérant et la plus belle piscine de nuit de l’histoire du cinéma.

Enchaîné sur le Suspiria de Guadagnino (2018) qui n’est pas un remake mais « un hommage aux impressions de l’original ». Cool programme (on attend Cattet / Forzani) hélas pas du tout suivi. Là où Argento dépliait un film pantonier / catalogue de déco, Guada succombe à la tentation du siècle d’injecter du sens partout. Se payant une heure (!) de métrage en rab, il comble chaque trou du script de sa petite interprétation : la danse est un rituel, l’héroïne une traumate de sa mère, les sorcières des féministes misandres, etc. Berlin 70s est une fête de symboles avec sa partition Est-Ouest, sa bande à Baader, Pina Bausch et, je vous le donne en mille : ses anciens nazis, merci bravo. Par-dessus : une love story leakée d’un script qui devait traîner dans un tiroir voisin & un twist final aussi idiot que superflu. Surnagent quelques chorées sympas ambiance Chandelier de Sia, et une messe noire pour le coup très réussie, granuleuse et sanglante, rappelant les vidéos des zinzins de l’eurythmie.

Altered States de Ken Russell (1980) est un film schizophrène. Sa première personnalité, de loin la plus attachante, est intello & verbeuse. Elle dit la quête d’un neurologue taré qui, via caissons d’isolation sensorielle et drogues mésoaméricaines, cherche en lui-même l’origine de l’humanité. Beau récit sur l’individualisme post-hippie et réjouissant tableau du monde académique rehaussé par de magnifiques séquences psychédéliques. Arrive alors Mister Hyde sous la forme d’une série Z d’horreur corporelle mal foutue, sfx approximatifs et sauvagerie idiote. La finesse des dialogues, des plans, du montage disparaît d’un seul coup, Cro-Magnon saccageant à rebours l’ambigüité de ce qui précède. Cas d’école du « tell don’t show » au cinéma, la séquence où le héros dans la boîte raconte ses visions est mille fois plus intéressante que la vadrouille meurtrière qui suit. On ne voit rien, pourtant ça nous affecte : précisément le sujet du film avant qu’il ne lâche la bride à son sauvageon poilu.

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