The Wedding Party


Ne sachant rien de Derrudere, le réalisateur du film du jour, je vais fouiner sur imdb histoire de densifier ma critique. Et que ne découvre-je ? Que Die Bluthochzeit (aka The Wedding Party, aussi sorti en Wallonie sous le titre français Lune de guerre) a été adapté d’une bédé de Hermann et Van Hamme (Aire Libre, 2000). Quoique tourné en allemand et en Allemagne, il s’agit bel et bien d’un film belge. Ce qui ne change grand-chose, sauf peut-être dans l’acidité du portrait des teutons. A vue de nez, c’est quand même plus une histoire de pognon et de production, l’histoire ayant un je-ne-sais-quoi d’universel…

Tout part en vrille autour d’un cocktail de crevettes… Aujourd’hui, Mark Walzer épouse Sophie Halberstadt. C’est une noce huppée et intime : une douzaine de convives. Vin d’honneur, puis repas dans une belle auberge campagnarde (où les portables ne captent pas). Le père du marié, un homme d’affaire audacieux (ou un dangereux psychopathe, c’est selon) a des vues sur cette propriété, qu’il a déjà tenté d’acheter en vain. Voilà qu’en ce jour de joie, le patron ose refuser la dernière offre qui lui est faite. Alors le vieux argue d’un problème avec les fraîcheur des fruits de mer. Et le ton monte. Et l’on se fâche. Et tout bascule.

Très minutieusement scénarisé, Die Bluthochzeit est une chouette comédie en quasi huis-clos, où tout ne fait qu’aller de mal en pis. D’abord simple brouille d’honneur entachée de menaces, la rixe finit par générer, petit à petit et presque mécaniquement, en un catalogue assez exhaustif de délits puis de crimes. Cette progression constante vers le n’importe quoi est la grande réussite du film, qui réveille dans le spectateur des joies de petit garçon écrasant des pâtés de sable. Par moments il peut même être se sentir vaguement inquiet, sur le mode « non mais quand même, ils vont pas aller jusqu’à… » Alors que si. Hourrah.

Le film compte une vingtaine de personnages, tous solidement campés, tous crédibles, avec des vues variées et dont les relations sont mises à mal par le conflit. On a ainsi droit à de bonnes doses de psychodrame, un peu à la Festen (en plus light, en plus burlesque), faisant grincer pour notre plaisir sadique les mécaniques des familles et des couples. L’action ne cesse de rebondir de droite et de gauche, l’unité de temps et de lieu faisant le ménage et empêchant de trop se perdre. Le tout mené tambour battant jusqu’au final (sanglant comme il faut) en 1h30 de violence bien tassée.

Le DVD, édité par TLA Releasing, est en allemand avec des sous-titres anglais surimprimés. Ce que laisse à penser qu’il n’est pas des plus aisé à dégotter par chez nous. Mais si vous tombez dessus – ou si vous êtes fans de mariages qui dégénèrent – ça vaut le coup de lui consacrer un bout de soirée. C’est drôle et méchant, et même pas si bête en fin de compte.

Die Bluthochzeit est un film de Dominique Derrudere, daté de 2005. Les Américains l’ont racheté pour en faire un hilarant remake (avec plus de sang, moins d’alcool et un générique en nu metal). Armin Rohde campe le père de famille tyrannique, Uwe Ochsenknecht joue le patron de restaurant dépassé par les évènements : le salopard et le gentil brutal, empêtrés dans un concours de bite géant, avec figurants et balles perdues.

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A propos de Léo

écrivain du XIXème, poète maudit du XVIIIème, Léo fut auteur de nouvelles et a publié le roman de sa vie : Rouge Gueule de Bois, ambiance apocalypse alcoolique. Il traîna ses guêtres dans les favellas, il participa à la Révolution d’Octobre et milite aujourd’hui pour l’abolition du droit d’auteur. Malheureusement, il finit sa carrière en tant que pigiste à Cinétrange. Dans l’horoscope de Tolkien, c’est le troll rieur. Il est là. Domicilié à Strasbourg, ou à Rio.

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