La rose écorchée, de Claude Mulot


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Mondo macabro porte bien son nom. Cette petite édition, spécialisée dans les bizarreries cultes, exhume régulièrement des petites perles venant d’un peu partout … et notamment de France. Après Les week-end maléfiques du comte Zaroff, Ne nous délivrez pas du mal et Morgane et ses nymphes, la sortie du très rare La rose écorchée (beau titre) est une bénédiction.

Distribuée à l’époque antédiluvienne de la VHS sous le titre opportuniste de Devil’s maniac, La rose écorchée est un beau mélodrame fantastique qui s’inspire ouvertement d’un point de vue narratif des Yeux sans visage tout en essayant de retrouver le cachet atmosphérique des bandes gothiques italiennes chères à Mario  Bava et à Antonio Margheriti.

Frédéric Lansac, peintre renommé, tombe éperdument amoureux  d’Anne, fine fleur à la beauté fragile et incandescente. Lors d’un accident stupide, initié toutefois par sa rivale, la pauvre fille est défigurée et perd l’usage de ses jambes. Jalouse et aigrie, elle ne supporte plus la beauté chez les autres. Une jeune infirmière, séduite par Frédéric, en fera les frais. Le peintre, acculé à un choix cornélien, va faire une découverte étonnante qui pourrait bien changer son existence. Il rencontre le mystérieux Rohmer, incarné par un Howard Vernon tout droit sorti de chez Franco et plus spécifiquement de L’horrible docteur Orloff, chirurgien déchu qui travailla ensuite régulièrement pour les malfrats. Spécialiste de la greffe, il modèle les visages. Victime d’un odieux chantage, le médecin se retrouve devant l’obligation de refaire le visage d’Anne à l’aide de tissus humains. Vous imaginez aisément la suite.

Le scénario n’a rien d’inventif de prime abord. Il puise à droite à gauche des idées et des thèmes déjà vus chez Georges Franju, Jess Franco ou encore Ricardo Freda. La construction appuyée, en forme de flash back, alourdit d’emblée une histoire qui parvient néanmoins à trouver ses marques dans une deuxième partie beaucoup plus morbide et inquiétante. Le contraste entre le romantisme échevelé du début et la noirceur de l’intrigue après l’accident est toutefois très bien rendue grâce à un climat pesant d’une lenteur aussi étrange qu’asphyxiante.

Claude Mulot, alors âgé de 27 ans, signe une œuvre fantastique tragique et poétique, baignant dans une ambiance gothique et surannée. Le raffinement de certaines situations, jouées selon un mode très littéraire tranche avec une orientation plus ouvertement bis. Décalage entre un récit très classique et une interprétation parfois précieuse, des dialogues maniérés et une esthétique aussi fauchée que volontariste. ça ne vous rappelle rien ? Allez faites un effort… Le cinéma de Jean Rollin bien sûr. Claude Mulot n’atteint que très épisodiquement le génie graphique et sonore du metteur en scène français le plus sous-estimé du monde. La rose écorchée est une œuvre hésitante, soignée, trop peut-être finalement pour nous plonger dans des abîmes de perplexité et/ou de fascination. Jean Rollin sait nous emmener loin, très loin dans des univers érotico-surréalistes alors que Mulot se cantonne souvent à rester dans un cadre très délimité, en soignant particulièrement la scénographie. Les cimetières brumeux chers à Corman, châteaux inquiétants peuplés de longs couloirs, d’escaliers en colimaçons, les peintures sombres ornementant des pièces éclairées à la bougie, les personnages secondaires atypiques et freaks de services,  les nymphes souvent dévêtues,  sont au menu de ce conte macabre et moral.

La rose écorchée réussit l’alchimie envoûtante entre érotisme et épouvante. La direction artistique est très réussie tandis que le casting est étonnant. Au côté d’Howard Vernon, la très clean Annie Duperey incarne (en caméra subjective souvent) la pauvre Anne tandis que l’excellent comédien de second plan, Francis Lemaire (qui n’est autre que le père de Christophe) incarne Frédéric Lansac. Plus étrange, une certaine Elizabeth Teissier tient un rôle plutôt conséquent. Après quelques recherches il ne s’agit pas d’un homonyme mais vraiment de l’astrologue renommée et ex-conseillère (enfin si l’on peut dire) de François Mitterrand en matière d’astres et prédictions.

Dissimulé sous le pseudo de Frédéric Lansac (sic !!!), Claude Mulot deviendra par la suite, après quelques films honnêtes comme La saignée, un bon polar,  l’un des meilleurs représentants du X gaulois avec des titres cucultes tels que  Le sexe qui parle ou La femme objet.

(FRA-1969) de Claude Mulot avec Francis Lemaire, Howard Vernon, Annie Duperey, Elizabeth Teissier

Zone All. Editeur : Mondo Macabro. Durée : 94 min. Format : 1.66. Audio : Mono. Langues : français, anglais. Sous-titres : anglais (optionnels)

Bonus :
– Interview de Didier Philippe-Gérard, assistant de Claude Mulot (23 min)
– Galerie de photos et d’affiches
– Filmographies
– A propos du film
– Bandes-annonces du catalogue de Mondo macabro


A propos de Manu

Docteur ès cinéma bis, Manu est un cinévore. Il a tout vu. Sorte d'Alain Petit mais en plus jeune, son savoir encyclopédique parle aux connaisseurs de films méconnus. Il habite près de Montpellier où il peut observer la faune locale : le collectif School’s out, l’éditeur le chat qui fume et l’éditeur Artus Films. Avec son air d’Udo Kier, il n’est pas exclu qu’on le retrouve dans une production de genre.

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