The House of the Devil, de Ti West 1


Voulant rendre hommage au cinéma d’horreur des années 70 et 80, le jeune réalisateur Ti West choisit d’utiliser la technologie nécessaire pour donner corps à ses clins d’œil et propose un pitch assez classique : l’histoire se déroule dans les années 80, Samantha, étudiante, répond à annonce de baby-sitting dans le but de gagner de l’argent pour son nouvel appartement. Une amie l’emmène en voiture et les deux jeunes femmes découvrent que la maison de l’annonceur est isolée dans les bois et se révèle loin d’être rassurante. Les propriétaires, un vieux couple étrange, veulent assister à l’éclipse lunaire qui aura lieu tard dans la nuit. Mais ils apprennent à Samantha qu’il n’y a pas de bébé… Elle finit par être dissuadée par l’argent et décide de rester dans la maison.

Il est difficile de reprocher à Ti West ses choix de réalisation : The House of the Devil est tourné en 16mm, ce qui donne un look rétro au film et rappel certaines péloches des années 80 avec beaucoup de succès, sans oublier une bande originale des plus clichés (dans le bon sens du terme), des styles vestimentaires respectant la mode de l’époque (festival des jeans taille haute) et des détails minutieusement pris en compte comme le baladeur cassette, les bagnoles ou le logo de Coca-Cola. West soigne sa première partie et gagne toute l’attention de son spectateur en filmant son actrice avec une distance appropriée et un respect salutaire et prend son temps pour poser son intrigue.

Samantha dit bonsoir dans ce film.

C’est justement là que l’enthousiasme commence à s’éteindre : arrivé dans la baraque de l’annonceur (joué par un Tom Noonan plutôt sympathique), le film commence à s’étirer dangereusement ; nous en sommes encore à une sorte d’introduction alors que le film en est déjà à sa moitié. West semble avoir vraiment envie de rendre hommage aux films d’horreur classiques en jouant principalement sur les sons étranges, le hors-champ et un suspense sans fin. Mais ces différents éléments demeurent mal exploités : ce n’est pas parce qu’il suit une jolie fille se promener dans une baraque inquiétante que le film devient un tant soit peu intéressant. Car effectivement, ça se promène dans The House of the Devil : Jocelin Donahue marche, danse, marche, mange une pizza, marche, casse un pot, marche, cri un coup, marche… Tout ça pendant près de 30 minutes ! Cette espèce de promenade de santé interminable et d’exposition immobilière à la Century 21 donne juste envie d’appuyer sur avance rapide. Le fantôme de Robert Wise a sûrement fuit la maison en courant et lorsqu’il se passe enfin quelque chose, Ti West perd littéralement son film parce qu’il ne parvient même plus à savoir quel point de vue adopter au sein de la maison de son œuvre.

Le dernier quart d’heure présente un rituel satanique plutôt ennuyeux et l’enchainement des évènements ne parvient toujours pas à nous faire sortir du coma. Au contraire, Ti West semble avoir pris le terme « film d’horreur classique » au premier degré : aucune surprise et un twist final durant lequel le spectateur est en droit de se demander s’il n’est pas un peu pris pour un con.

Samantha danse dans ce film.

Au final, l’intérêt de découvrir The House of the Devil est celui de pouvoir faire une comparaison avec un autre film de Ti West : Cabin Fever 2 : Spring Fever, parce qu’il s’agit de deux œuvres complètement opposées. Le premier est beaucoup trop retenu et ressemble à une longue introduction d’1h30, tandis que le second est un véritable cartoon gore, grotesque et jouissif qui ne cesse de nous faire dire « What the fuck ??? ».

TF1 Vidéo a été suffisamment généreux sur cette galette en y intégrant le commentaire audio de Ti West et Jocelin Donahue qui ne mérite pas forcément d’être écouté, un making of d’une dizaine de minutes encore plus chiantes que le film, une série de photos du tournage et les projets d’affiches. Ces derniers, par contre, méritent un véritable coup d’œil parce que l’hommage voulu aux affiches des 70’s et 80’s est vraiment réussit, chaque affiche présentant un travail imaginatif et très fun (cliquez ici pour avoir un aperçu).

Samantha marche beaucoup dans ce film.

A propos de Rock

même si son nom évoque la boxe ou le catch, il y a une grande sensibilité chez Rock. Enfant spirituel d’Harmony Korine, il se plait à explorer les mêmes errances que le réalisateur américain. Même si ses goûts sont larges, il s’intéresse au cinéma mal branlé, et éprouve une compassion pour les réalisateurs fauchés. Ceux qui n’ont pas le budget mais qui font leur métier en y mettant tout leur coeur. Grand mélomane (Ernest Ping, Nipple boy), il s’essaie à la réalisation de clips et de courts-métrages. Domicilé à Strasbourg

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Commentaire sur “The House of the Devil, de Ti West

  • contrebandier

    Alors là, tout à fait d’accord, ce film (qui date de 2008) est à l’avance surestimé du fait de son ambiance 80s, mais est complètement ennuyeux !! Réservé aux amateurs du détail documentaire qui n’ont rien d’autre à voir ….
    Sinon je viens de découvrir BLACK CHRISTMAS (1974) de Bob Clark, ça c’est un grand film « vintage » !!