Destination finale 5 / Shark 3D


Je ne vais pas me lancer dans une logorrhée contre la 3D et ses effets nuisibles. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le rejet massif des spectateurs envers une technologie pas si nouvelle que ça  s’explique en partie par une utilisation opportuniste et sans grand relief (c’est malin !) du procédé et par la médiocrité des produits proposés. Car il s’agit bien de produits pour lesquels vous devez payer une majoration de 2 euros et de 1 euro pour les lunettes si vous ne les conservez pas précieusement.  Pour un Pina de Wim Wenders ou La grotte des rêves perdus de Herzog, combien de Meurtres à la saint valentin ou de Scar 3D  encombrent les salles obscures.

Résultat amusant de la démarche : des nanars sympathiques, au lieu de remplir les bacs à soldes aux rayons inédits, bénéficient  de sorties en salles grâce à une technologie de pointe.  Absurde mais ludique au fond.  L’amateur de séries Z de luxe peut se réjouir. Il a enfin le plaisir de visionner des petits chef-d’œuvres dans des conditions optimales. Prenez Shark 3D. Rien de fracassant sous le soleil humide des requins assoiffés de sang. David Ellis, spécialiste dans l’horreur old school, réalisateur de l’excellent Des serpents dans l’avion et du très moyen Cellular ne s’embarrasse d’aucun cliché. D’emblée, nous sommes en terrain archi balisé. Une bande de jeunes étudiants typés (l’intello, le sportif, les bombasses, le black etc.) décide de s’aérer un week-end sur une petite île paradisiaque entourée d’un immense lac salé de Louisiane. Tout va pour le mieux ! On s’éclate, on flirte, on boit des bières et paf un requin bouffe le bras de Malik, le black champion de foot,  en plein délire de ski nautique. Le cauchemar ne fait que commencer. Tous les ingrédients du bis fun et décontracté, divertissant mais sans surprise sont présents. Bien sûr, le film d’Ellis est nettement au-dessus de la série des Shark attack et de tous ses ersatz faisandés. Pas difficile me direz-vous. Si le genre ne vous déplait pas, Shark 3D constitue une surprise agréable même si l’ensemble demeure d’une timidité assez embarrassante. Avares en séquences gores et moins sexy qu’un Piranha, cette production « Dimension » bénéficie en revanche de superbes images aquatiques boostées par une 3D honorable, ayant au moins le mérite d’accepter son statut de gadget. Mais le petit plus est à chercher du côté du script. Accumulant tous les poncifs du genre pendant ¾ d’heure  jusqu’à la caricature, le récit bifurque vers des eaux nettement plus troubles, dressant le portrait de rednecks  tous droit sortis du Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper. Du coup, le mélange survival avec films de requins devient curieux et relance l’intérêt d’une bisserie cossue dont on croyait avoir toutes les clés en main. Malgré un twist racoleur qui surfe sur les plates bandes de beaucoup de films d’horreur contemporains, Shark 3D fonctionne comme un petit plaisir coupable post-estival moins pénible que les sous Saw à la pelle et tout de même mieux foutu qu’une vulgaire production Asylum ou Nu image.

David Ellis est un habile faiseur, nostalgique du cinéma pop corn des années 80. Réalisateur du Destination final 2  et 4, il laisse cette fois ci les commandes à  un certain Steven Quale (et non Squale), un des responsables des effets spéciaux sur Avatar. La série des Destination finale n’est pas ce qu’on peut appeler du cinéma. C’est une attraction foraine, un tour de grand huit qui ne s’embarrasse nullement de développer un scénario. Fun et jouissif dans l’instant, ces films disparaissent aussitôt de la mémoire. Rien ne retient l’attention. D’un épisode à l’autre, les acteurs semblent interchangeables, les situations se répètent, les scripts sont identiques et n’évoluent guère. Mais le concept est tripant. Reste à chaque fois de trouver le prologue qui tue, la scène choc d’enfer. Après le crash en avion, le carambolage en bagnole, l’accident forain et les gradins qui s’écroulent pendant un match de base ball, la prémonition cette fois-ci concerne l’effondrement d’un pont. Les auteurs puisent toujours dans l’imagerie populaire du cinéma catastrophe. Ce qui nous vaut une ouverture d’anthologie peut-être la plus spectaculaire et sensationnelle de la série. Seul bémol : les effets gore sont terriblement kitch. La synthèse, même en 3D, ne parvient pas à faire illusion. Ce qui rend le film presque visible pour un jeune public.

La suite vaut pour les effets marrants du relief  qui mettent en avant la succession de meurtres macabres et nventifs. Le film véhicule un humour noir salvateur qui contrebalance l’aspect moraliste du thème  « personne ne peut échapper à la mort ». Ce principe est renouvelé par une astuce de scénario : « si on supprime la vie de quelqu’un d’autre, on reste en vie ».

Je ne révèlerai pas ce qu’il en est pour ne pas gâcher le plaisir aux spectateurs naïfs qui pensent encore être surpris par ce type de cinoche, aussi  agréable qu’inconsistant. Logiquement, à en croire la fin (réussie), il n’y aura pas de sixième épisode. Si le film cartonne au box office, je reste toutefois sceptique devant les bonnes intentions affichées par ce cinquième opus.

 

SHARK 3D. USA-2011  de David Ellis avec Sara Paxton, Dustin Milligan, Katharine McPhee

DESTINATION FINALE 3D. USA-2011 de Steven Squale  avec Nicholas D’agosto, Emma Bell, Miles Fisher

 


A propos de Manu

Docteur ès cinéma bis, Manu est un cinévore. Il a tout vu. Sorte d'Alain Petit mais en plus jeune, son savoir encyclopédique parle aux connaisseurs de films méconnus. Il habite près de Montpellier où il peut observer la faune locale : le collectif School’s out, l’éditeur le chat qui fume et l’éditeur Artus Films. Avec son air d’Udo Kier, il n’est pas exclu qu’on le retrouve dans une production de genre.

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.