Hurler de peur


Souhaitant tourner le dos à la vague de films d’horreurs d’inspiration gothique de la fin des années 50 qui marquèrent le succès de la Hammer, le scénariste Jimmy Sangster, l’une des signatures les plus importantes de la firme, décida de changer de cap. En s’inspirant lointainement des Diaboliques de Clouzot, qui remporta un franc succès en Angleterre, il concocta une intrigue particulièrement retorse avec un script intitulé See no evil dans un premier temps, puis Hell Hath no fury pour devenir finalement ce Taste of fear, Hurler de peur en Français.

Penny Appleby, une jeune américaine en fauteuil roulant, se rend dans la demeure familiale pour y retrouver son père qu’elle n’a pas vu depuis 20 ans. Alors que sa belle-mère lui affirme que son père est parti en voyage d’affaires, elle est terrorisée par l’apparition de son cadavre à plusieurs reprises. Est-elle folle ou victime d’un plan machiavélique? Perturbée, elle se confie au chauffeur de la famille. Mais le récit se corse alignant alors les retournements de situation aussi efficaces que parfois invraisemblables.

En effet, le scénario habile, tient en lui, à la fois la force et la faiblesse de ce petit thriller machiavélique. A aucun moment, nous ne pouvons anticiper sur les multiples rebondissements qui jalonnent le film même si à posteriori, une fois la projection terminée, on se pose de nombreuses questions sur la cohérence diégétique de l’ensemble. Dans un sens peu importe, on marche sur le coup. Les ressorts dramatiques du génial film de Clouzot sont habilement exploités et Jimmy Sangster évite au moins d’en faire un paresseux remake, imaginant une histoire encore plus tortueuse.

Seth Holt, artisan sans grande envergure, signe ici son meilleur film. Il réalisera deux autres œuvres pour le compte de la Hammer, Confession à un cadavre avec Bette Davies en 1965 et Blood from mummy’s tomb en 1971 qu’il ne terminera pas, décédant brutalement cette année là à l’âge de 47 ans.

La réussite plastique de Hurler de peur incombe beaucoup à la sublime photographie de Douglas Slocombe, futur chef opérateur du Bal des vampires et des Aventuriers de l’arche perdue. Son utilisation très contrastée du noir et blanc fait des merveilles dans les scènes nocturnes installant un climat de malaise et d’angoisse particulièrement réussi. La première apparition du cadavre du père de l’héroïne est un joli moment de terreur pure, on se croirait être en présence du fantôme de Bela Lugosi.

Coup de bol, avant d’Hurler de peur, un certain Psychose sort sur les écrans en 1960 et relance la mode du thriller horrifique. Le film de Seth Holt remporte un certain succès et la Hammer va enchaîner quelques thrillers psychologiques à tiroirs très réussis comme le remarquable Paranoiac et Nightmare en 1962, tous deux réalisés par Freddie Francis, autre grand chef opérateur par ailleurs (Elephant Man, Les innocents). Pour info, Christopher Lee apparaît dans un petit rôle assez anodin.

(GB-1960) de Seth Holt avec Susan Strasberg, Ronald Lewis, Ann Todd

Format : 1.77. Audio : Français, Anglais. Sous-titres : Français. Noir et blanc. Durée : 78 m. Bonus :Bandes annonces. Edité par COLUMBIA TRISTAR

DVD HURLER DE PEUR_717286


A propos de Manu

Docteur ès cinéma bis, Manu est un cinévore. Il a tout vu. Sorte d'Alain Petit mais en plus jeune, son savoir encyclopédique parle aux connaisseurs de films méconnus. Il habite près de Montpellier où il peut observer la faune locale : le collectif School’s out, l’éditeur le chat qui fume et l’éditeur Artus Films. Avec son air d’Udo Kier, il n’est pas exclu qu’on le retrouve dans une production de genre.

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