Big racket, d’Enzo G. Castellari


La vague des polars urbains américains du début des années 70, en contre point d’un cinéma contestataire, post hippie, pacifiste et souvent ancré à gauche dont l’archétype serait le génial Serpico, n’a pas laissé indifférent le continent européen et notamment l’Italie. L’apologie de la violence et de l’auto-justice à l’œuvre dans L’inspecteur Harry ou Le justicier dans la ville va faire des émules.

Les polars bis des années 70 prennent pour contexte la situation politique et sociale de l’Italie de l’époque, plongée dans une spirale de violence de plus en plus malsaine et chaotique : révolte des ouvriers, émergence des brigades rouges, paranoïa galopante vis-à-vis des groupuscules d’extrême droite et d’extrême gauche, orientation révolutionnaire des mouvements étudiants, délires sécuritaires de la flicaille, enlèvements, séquestrations, attentats… Ce sont les années de plomb. Le climat social, loin d’être clément, reflète l’esprit tordu et décadent de ce pur cinéma d’exploitation à la limite du mauvais goût.

D’ailleurs on trouvera à boire et à manger dans cette production très en vogue qui ne se caractérise pas par sa subtilité. Big racket est par ailleurs l’archétype presque stéréotypé de ce cinéma rentre-dedans, foncièrement populiste et d’une efficacité redoutable. Et moins déviant et malsain que les films torchés par Umberto Lenzi (La rançon de la peur, son chef d’oeuvre), autre artisan doué pour le polar.

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Le scénario affiche sans ambiguïté ses intentions :

A Rome,  les commerçant vivent dans la terreur car ils sont persécutés par une organisation mafieuse qui n’hésite pas à saccager les vitrines des magasins, violenter les braves gens, ou carrément les assassiner s’ils ne payent pas leur dû. Et en face, la police a les mains liées pour reprendre un titre connu du polar transalpin. Chargé de l’enquête, l’inspecteur Nico Palmieri, après plusieurs tentatives de coincer les coupables dans la légalité, finit par se retrouver à l’hôpital et ensuite mis à pied par ses supérieurs. Dès lors, il n’a qu’une idée en tête : se venger. Il forme une sorte de milice, composée de citoyens modèles, de truands à l’ancienne, de tireurs d’élite, qui ont tous en commun un désir avide de se venger.

D’une manière plus belliciste, on reconnaît là néanmoins le canevas des Incorruptibles de Brian De Palma, réalisé ultérieurement. Spécialiste du film d’action et du western, Enzo Castellari est sans doute le meilleur représentant du genre avec Fernando Di Leo, qui œuvre dans un registre plus complexe et nuancé, plus orienté à gauche aussi. Moins réactionnaire qu’Un témoin à abattre et Un citoyen se rebelle, Big racket est un polar hardboiled, un gros défouloir visuel qui ne lésine pas sur une violence extrêmes et les scènes crapoteuses, dont deux viols particulièrement complaisants. Cela pourrait être détestable mais la candeur de l’ensemble et  le souffle qui animent cette histoire invraisemblable  emportent tout sur son passage. La mise en scène nerveuse et maniérée de Castellari élève le film au dessus du produit de série. Sous influence de Sam Peckinpah, il manie l’art du montage et du découpage, filmant la même scène sous plusieurs angles, avec un savoir faire encore bluffant même 30 ans après.

Le film connut à sa sortie des gros problèmes avec la censure mais fut acclamé par le public, sans doute animé d’une colère envers les dirigeants de l’époque et venus se ressourcer de façon quasi cathartique au cinéma.

Décomplexé et divertissant, Big Racket est un poliziottesco extrême, naïf et sans concession dans un esprit de pur comic book dont les intentions sont claires. Tout le récit semble converger vers la grande séquence finale, pleine de bruit et de fureur, qui n’est pas sans évoquer Les 12 salopards. Les balles fusent, les corps tombent, le sang gicle parfois dans un ballet chorégraphique que reprendra à son compte John Woo une décennie plus tard.

Cet « action movie », devenu un petit classique aujourd’hui, ne serait rien sans son impeccable casting. Fabio Testi est excellent en inspecteur droit dans ses bottes, Vincent Gardenia est savoureux en escroc à la petite semaine et l’amateur de bis reconnaîtra des seconds couteaux incroyables qui feront la joie des amateurs de bis durant quelques décennies dont Renzo Palmer, Sal Borghese, Romano Puppo ou encore Joshua Sinclair.

A vos porte-monnaie. Ça sort chez Artus et packaging est superbe comme d’habitude.

(ITA-1976)  d’Enzo G Castellari avec Fabio Testi, Vincent Gardenia, Renzo Palmer, Sal Borghese, Romano Puppo , Joshua Sinclair

Fiche technique

durée : 100 minutes. Versions : français, italien. Sous titres : français. Format 1.85 original respecté 16/9ème compatible 4/3 Couleur

 

Bonus :

De la grande violence, par Curd Ridel

Diaporama d’affiches et photos –

Film-annonce

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A propos de Manu

Docteur ès cinéma bis, Manu est un cinévore. Il a tout vu. Sorte d'Alain Petit mais en plus jeune, son savoir encyclopédique parle aux connaisseurs de films méconnus. Il habite près de Montpellier où il peut observer la faune locale : le collectif School’s out, l’éditeur le chat qui fume et l’éditeur Artus Films. Avec son air d’Udo Kier, il n’est pas exclu qu’on le retrouve dans une production de genre.

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