Feffs 2015 : tome 3


Lundi soir, seul film au programme ce jour-là, je suis allé voir le film de minuit de la veille German Angst, en rediffusion à 18h au Ciné-Cité.

Ce film est en fait composé de deux courts et un moyen-métrage de qualité très inégale et sans fil conducteur, par trois réalisateurs allemands, qui ont pour point commun leur intérêt pour les films d’horreur.

Chapitre 1 : Jörg Buttgereit

Une jeune adulte au pyjama et aux attitudes infantiles se livre à des scènes de torture et de castration sur un homme ligoté dans un lit dans un appartement défraichi et bordélique tandis qu’une voix off monocorde, (la sienne), débite des informations sur la stérilisation des cochons d’Inde.

Jo Gonzo scale : * On assiste à des scènes gore techniquement réussies, mais, même si je ne vais pas faire le procès de la violence gratuite, il n’y a pas d’histoire, de fait, pas d’épouvante, de fait, cela m’a laissé un fort arrière-goût de pipeaulo-pseudo-intellectuel abstrait et cuistre. Espérons que cette tentative ne préfigure pas un envahissement massif du créneau du film de genre, jusque-là relativement préservé, par ces réalisateurs qui pensent que l’ââârt modeern’, c’est occuper le terrain en n’ayant rien à dire. Heureusement, c’est assez court.

 

Chapitre 2 : Michal Kosakowski

Un joli couple sourd-muet s’introduit dans une école abandonnée de Berlin est et se retrouve pris à partie par un groupe de néo-nazis accompagnés de sortes de hooligans anglais.

Flash-back sur la grand-mère polonaise du jeune-homme dans une situation comparable lors de l’invasion des troupes allemandes en 39, la famille harcelée par la Wehrmacht. Cette dispose d’une amulette magique, que son petit-fils a conservé sur lui.

Jo Gonzo scale : * sous un mobile traité de manière simpliste (la haine raciale envers les polonais) et incohérente (on ne comprend absolument pas pourquoi la moitié de cette équipe si xénophobe est elle-même étrangère, à part pour favoriser l’utilisation de l’anglais dans les dialogues, faut penser à l’export), on assiste à un déballage de violence très dure et très crue (membres brisés, bébé jeté par terre), qui oscille entre la dénonciation de l’horreur des films sur la Shoah comme la Liste de Schindler et d’autres classiques plus librement ultraviolents comme Orange Mécanique sans qu’au finale on ne débouche sur quoi que ce soit. L’horreur des scènes est accentuée par l’impossibilité des victimes sourdes-muettes d’émettre le moindre son. La gravité du sujet et l’absence totale de second degré nous propulse à des années lumières de ce qu’on attend d’un film de genre, bref, c’est raté.

german angst

Chapitre 3 : Andreas Marschall

Eden, quadra torturé à la voix grave et voilée des gros fumeurs rappelant celle de Mickey Rourke ou de Tom Waits, donne rendez-vous à une certaine « Blanche-Neige » draguée sur Internet à l’insu de sa compagne et dont il ne connaît rien, dans une boîte gothique branchée de Berlin. Au milieu de cette ambiance de transe gore quasi religieuse il est envouté par Kira, jeune prostituée qui lui inspire une attirance irrépressible au premier contact.

Cette dernière se dérobant soudain à son étreinte, il se lance à sa poursuite dans les rues de Berlin et se retrouve bientôt admis dans un cercle très fermé, où l’on ingurgite de la racine de mandragore et où l’on fume de l’opium avant de goûter à des plaisirs interdits dans lesquels la belle semble jouer un rôle prépondérant.

Jo Gonzo scale : ***** Marschall à lui tout seul rattrape les errements de ses collègues. Les images de transe extatique et embrumées dans cette sorte de cathédrale profanée comme destinée à un rite satanique aux lumières colorées à la manière d’un trip à l’acide, les accoutrements gothiques des danseurs et la musique techno nous plongent dans un univers parallèle d’interdit auréolé de mystère. Dans cette ambiance esthétique et délicieusement malsaine, les ondulations du corps splendide de Kira fascinent, tandis qu’une fois plongé dans un cercle fermé très spécial à la Eyes wild Shut, on nous entraîne avec ravissement, toujours au contact de cette splendide créature qui s’abandonne et se perd, dans une expérience floue, psychédélique, érotique et angoissante.  Rien que pour cette partie, ça vaut le coup de se farcir les deux premiers chapitres ! J’ai a-do-ré.

 

Mardi soir, attiré par l’affiche d’un nazi (sur moi ça marche toujours) arborant un masque à gaz de la première guerre et des oreilles de Mickey Mouse, je suis allé voir Crumbs de Miguel Llanso.

crumbs llanso

Plusieurs décennies après l’apocalypse, Llansano nous dresse le portrait d’une poignée de descendants de survivants qui vouent un culte à des objets anodins issus de la culture de la mondialisation (portrait de basketteurs connus, album de Michael Jackson, épées en plastiques, déguisement de père noël Coca Cola) en leur prêtant une histoire et une signification qu’ils n’ont jamais eues.

Jo Gonzo scale ** Ce film transpire malheureusement son manque cruel de moyens, et les personnages ne sont pas assez fouillés pour être vraiment intéressants et attachants. Comme il ne leur arrive pas non plus grand-chose…

On retrouve pourtant quelques bonnes idées : la sacralisation détournées d’icônes du passé à la Mad Max III Au-delà du dôme du Tonnerre et des gens pacifiques arborant des tenues de nazis dont ils n’ont aucune idée de la signification représente pour moi des même pas cap honorables.

A part ça, cela ressemble malheureusement plus à un reportage d’Arte dont on aurait coupé les commentaires sur les infrastructures dévastées (qui servent de décors) d’un pays déshérité du tiers monde délaissé qu’à un film post-apocalyptique.

A l’issue de la séance, avide de savoir ce que le réalisateur avait essayé de nous faire, je suis resté pour l’interview de Llansano, qui elle, m’a beaucoup plu.

Le réalisateur barbu nous a raconté une série d’anecdotes qui m’ont rendu rétrospectivement le film assez sympathique. On utilise principalement pour décors un parc d’attraction abandonné. Alors qu’ils tournaient, un bandit a soudain braqué toute l’équipe avec un AK 47 pour exiger le paiement d’une redevance pour filmer l’endroit. Mais, alors qu’ils étaient en pleine négociation, une autre bande de bandits est apparue avec les mêmes revendications et l’équipe s’est retrouvée au milieu d’un feu croisé entre deux bandes de bandits (au final, elle n’a rien eu à payer) !

Les dialogues sont en Amharique, (langue officielle de l’Ethiopie, merci wiki), que le réalisateur ne maîtrise pas, si bien qu’il a dû faire confiance aux acteurs, pour la plupart sans aucune formation de comédien (malheureusement pour certains ça se voit) alors qu’il les dirigeait. Les acteurs, non professionnels pour la plupart, ont eu une grande liberté d’improvisation.

Interrogé sur son message, Llansano indique qu’en détournant les icônes mondiales, il fait part de  sa déception par rapport à la standardisation de la culture, le fait par exemple qu’il ait plus de mal à trouver des disques de musique traditionnelle en Ethiopie que le dernier tube de Rhianna. Pas étonnant que ça n’ait pas franchement trouvé une résonnance éclatante dans le cœur de votre serviteur, qui n’est pas exactement un altermondialiste locovore patenté (même si, il est vrai,  une militante d’EELV 100% bio enterrée sous mon potager m’a assuré une récolte de tomates plus que convenable cette année).

Pour conclure, on a eu droit comme de juste à une jolie question j’me la pète TM : « Bonsoir et merci pour ce film. Je devine dans ces portraits, l’influence de Hazardous, pourriez-vous nous en dire plus ».

Le réalisateur se fait traduire la question en anglais, et à l’énoncé du titre, on le voit s’exclamer à l’interprète « What was that ??? » Cette dernière répond au spectateur sur un ton un peu peau de vache : « apparemment non ». Toute la salle se fout gentiment de sa gueule.

Le spectateur, piqué au vif, rétorque sur un ton chafouin, « pour votre information, Hazardous est un film apocalyptique qui utilise un traitement de l’image similaire ».

Soucieux d’apaiser les égos malmenés, Llansano remercie pour cette référence et assure qu’il se rencardera.

A réserver aux spectateurs qui apprécient les films contemplatifs.


A propos de Jo Gonzo

Jo Gonzo est à la critique cinématographique ce que Daniel Craig est à la saga James Bond : on se demande qui a fait le casting, mais il est là. Doté de références approximatives (il a vu plusieurs fois tous les Russ Meyer et même un Romero un coup, quelque-chose of the dead), c’est en revanche un professionnel de la survie qui passe la majeure partie de ses nuits à éclater en songe, essentiellement à la pioche et à la tronçonneuse, les hordes de morts-vivants qui assiègent sa chambre à coucher. Génétiquement modifié suite à son enlèvement par des extraterrestres nazis un soir en sortant du Nelson, relâché au petit matin dans un caniveau avec de l’urine dans son 501 et du vomi sur son T-shirt Guns’n Roses, les notions de bonne foi et de sens de la mesure ont été éliminées de son tempérament. Il aime pêle-mêle, les zombies, les bagnoles, les films, surtout ceux de zombies et de bagnoles, le catch, le Kraut-rock, sa tronçonneuse et les Ray-ban Wayfarer. Il habite Strasbourg, aussi vaut-il mieux éviter de se balader l’air hagard en trainant des pieds dans son quartier la nuit si l’on craint les appareils d’élagage.

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