La galaxie de la terreur, de Bruce D. Clark


Le succès mondial d’Alien le 8ème passager de Ridley Scott, engendra un nombre incalculable de dérivés et de remakes déguisés plus ou moins inspirés. On peut citer, en vrac, Inseminoid, Créature, ou encore Mutant. Mais le plus original de tous, le plus fun et délirant reste malgré tout La galaxie de la terreur, qui bénéficie d’un vrai bon script co-écrit par le cinéaste lui-même, Bruce Clark. Pourtant, le début n’augure rien de particulièrement singulier, reprenant sans chercher à innover le canevas du film de science-fiction horrifique le plus conventionnel.

Les membres de l’unité spéciale Quest partent en mission pour retrouver l’équipage de la navette Ramus, qui n’a plus donné le moindre signe de vie. Ils atterrissent sur la planète Morghantus et retrouvent le vaisseau vide.  Des phénomènes étranges se produisent. Si on est habitué à visionner des séries B qui pompent sans vergogne les grands classiques, on s’attend alors à voir débarquer un monstre de l’espace tentaculaire, comme dans le film jumeau, Mutant d’ Allan Holzman, visiblement tourné au même moment dans des décors très similaires. Et bien que nenni ! La galaxie de la terreur propose au contraire de nous immerger dans une ambiance beaucoup plus insidieuse et subtile. L’équipage ne va pas affronter un monstre mais les terreurs intimes qui sont enfouies en chacun des personnages. Ce qui nous vaut des séquences hallucinantes où les auteurs poussent le délire à son paroxysme, comme le viol d’un membre (féminin of course) de l’équipe par un poulpe géant et  bien visqueux qui va littéralement comprimer la victime. Ou encore ce passage très réjouissant où Sid Haig s’arrache son bras qui prend soudainement vie comme dans Evil dead 2. Le sujet n’est pas nouveau et sera traité parfois de façon plus sérieuse comme dans Event Horizon, voire The Hole de Joe Dante, mais cette série B, nerveuse et limpide, se regarde avec un plaisir intact 35 ans après sa réalisation.

Comme beaucoup de productions Corman, La galaxie de la terreur a bénéficié d’un budget assez rudimentaire (700 000 dollars) qu’il fallait alors honorer en un temps record. Le résultat reste stupéfiant. Les effets spéciaux, parfois très gores, sont remarquables si on reste encore sensible au latex. Les décors, créés par un James Cameron débutant, sont ébouriffants d’inventivité. Le travail plastique du directeur de la photo nous ramène en plein cœur des sixties quand Mario Bava réalisait l’un de ses chefs d’œuvre, La planète des vampires, une des inspirations avouées du script de Dan O’Bannon pour Alien. La boucle est presque bouclée.

Bruce Clark n’a réalisé que quatre films et La galaxie de la terreur demeure son dernier effort. C’est bien dommage car le film possède des qualités visuelles et narratives qui ne sont pas simplement attribuables à Roger Corman. Clark utilise le potentiel de l’histoire et les talents conjugués des techniciens, pour livrer une série B jouissive, drôle, excitante d’un bout à l’autre, filmée avec un vrai sens de l’espace et du timing. Le film retrouve par moments, sur un sujet d’ailleurs similaire, la poésie futuriste de Planète interdite, autre joyau de la science-fiction et se permet quelques références amusées et pertinentes à la littérature du genre (Philip K Dick et Isaac Asimov en tête).

Enfin, cette production New World est portée par un casting hétéroclite très curieux. On y croise dans les couloirs colorées des vaisseaux spatiaux ce bon vieux Sid Haig (acteur fétiche de Rob Zombie) mais aussi l’improbable Zalman King (comédien du Rayon bleu et scénariste de 9 semaines ½ ), Erin Moran (Happy days) qui a du être embauché pour sa vague ressemblance avec Sigourney Weaver et l’incontournable Robert Englund, alors complètement inconnu avant de devenir le gentil Alien de V et le fameux Freddy Krueger.

Bref, La galaxie de la terreur est une excellente production old school, qui reste parmi les meilleures réussites du genre encore à ce jour.

(USA-1981) de Bruce D. Clarck avec Edward Albert, Erin Moran, Zalman King, Ray Walston, Sid Haig, Bernard Behrens, Robert Englund, Grace Zabriskie

Editeur : Bach Films. Région : Zone 2 PAL. Pays : France . Durée : 81′ . Image : 16/9e compatible 4/3. Audio : Stéréo. Langue : français, anglais. Sous-titres : français

Bonus :
– Entretien avec Marc Toullec (9’54)
– 3 Cartes postales collector
– Bandes-annonces

Galaxie-3D


A propos de Manu

Docteur ès cinéma bis, Manu est un cinévore. Il a tout vu. Sorte d'Alain Petit mais en plus jeune, son savoir encyclopédique parle aux connaisseurs de films méconnus. Il habite près de Montpellier où il peut observer la faune locale : le collectif School’s out, l’éditeur le chat qui fume et l’éditeur Artus Films. Avec son air d’Udo Kier, il n’est pas exclu qu’on le retrouve dans une production de genre.

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