Maniac Cop, de William Lustig


Beaucoup de cinéphiles ont une vision parcellaire de la carrière de réalisateur de William Lustig, fondateur de la compagnie Blue Underground, spécialisée dans l’édition (exhumation ?) de pépites bis. Ils ont tendance à occulter ses débuts dans le hard vers la fin des 70’s (les excellents The Violation of Claudia et Hot Honey, signés du pseudo Billy Bagg) ou à dénigrer une petite série B comme Uncle Sam (1996) – qu’il serait d’ailleurs grand temps de réhabiliter -, trop occupés qu’ils sont à réduire son œuvre à une « sainte trinité », portée aux nues par les fanboys : le classique Maniac (1980), le bien nommé Vigilante (1983) (modèle épuré de vigilante flick à l’efficacité redoutable) et Maniac Cop (1988), premier opus de la trilogie du flic maudit Matt Cordell – suivront Maniac Cop 2 (1990) et Maniac Cop 3 (Maniac Cop 3 : Badge of Silence, 1993) -.

Alors que Maniac Cop vient de ressortir en DVD/Blu-ray chez Carlotta Films, sous la bannière Midnight Collection (aux côtés de Basket Case, Frankenhooker, The Exterminator, Blue Jean Cop, …), et bien que beaucoup de choses aient déjà été dites au sujet du bébé de Bill Lustig, faisons tout de même un examen approfondi du bambin en quelques points essentiels.

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Street Life

À l’image d’une poignée d’œuvres de la même période, Maniac Cop a parfaitement su retranscrire l’ambiance de déliquescence urbaine du New York pré-Giuliani, pour y inscrire son postulat de série B (un flic monstrueux assassine quiconque a le malheur de croiser son chemin). Les rues sont sales et mal famées, la racaille sévit dans les quartiers chauds et à la faveur de la nuit… on croirait presque humer l’odeur nauséabonde des détritus jonchant le sol ! Nous voici bien loin du faste, des paillettes et de l’artificialité communément associés aux glorieuses 80’s.

La Cohen’s touch

Producteur et scénariste du film, Larry Cohen (The Stuff) y a apposé sa griffe : plutôt retors, le scénario fait minutieusement monter la tension jusqu’à son dénouement final sur un quai industriel à l’abandon et un ultime « pied de nez », maintenant constamment le spectateur sur la brèche, en attente de nouvelles exactions du maniaque en uniforme. C’est aussi à Cohen que l’on doit ce brillant renversement des valeurs, où un représentant de la loi commet les pires crimes au lieu de venir en aide aux civils. Sacré Larry !

Triste police

Maniac Cop dresse un portrait peu avenant des forces de l’ordre : la plupart de leurs éléments n’ont aucune éthique, sont à la solde du système et aveuglément dévoués à leur hiérarchie, tandis que chacun d’eux – ou presque – ne songe qu’à ses intérêts personnels. Les policiers s’avèrent lâches, ripoux, dépressifs, infidèles (l’adultère du personnage de Bruce Campbell provoquera indirectement la mort de sa femme), lorsqu’ils ne cachent pas délibérément des pièces à conviction ou arrosent leurs soirées pour mieux oublier. On a déjà vu plus consensuel…

 

Sights & Sounds

Le film se démarque par sa photographie nocturne aux tonalités bleues et rouges, donnant la part belle aux lumière artificielles, comme ces néons colorés qui ajoutent une touche de rose aux intérieurs des bars et boîtes de nuit. Un duo de chefs opérateurs s’était partagé le boulot sur les images, optant pour le 35 mm et de solides caméras Arriflex : James Lemmo et Vincent J. Rabe.

Le premier cité avait auparavant collaboré avec Abel Ferrara, occupant le poste de D.O.P. sur L’ange de la vengeance (MS. 45, 1981), New York, 2 heures du matin (Fear City, 1984) et le téléfilm Gladiator (1986) ; des expériences qui ont forcément conditionné son approche du tissu urbain new yorkais sous la houlette de Bill Lustig. Au final, ils se seront retrouvés sur cinq films (Vigilante, Maniac Cop, Psycho Killer, Hit List et Maniac Cop 2), ce qui fait de Lemmo un des plus précieux partenaires artistiques de l’auteur de Maniac. Le second (Vincent J. Rabe) allait de nouveau cosigner la photographie de Hit List (1989) avec Jimmy Lemmo. Il n’y a pas de secret…

Mais que serait Maniac Cop sans l’extraordinaire B.O. synthétique de Jay Chattaway ? Très dynamique, elle sait aussi se faire plus discrète et inquiétante, pour mieux souligner le destin sacrificiel de Matt Cordell, faire naître le suspense ou susciter l’effroi. Par la suite, Chattaway fera bénéficier la Cannon de son savoir-faire (Missing in Action, Invasion U.S.A., …), tout comme Larry Cohen (L’ambulance) et diverses séries de la galaxie Star Trek (Deep Space Nine, Voyager, Enterprise, …). Lustig l’aura personnellement employé à cinq reprises (Maniac, Vigilante, Maniac Cop, Psycho Killer et Maniac Cop 2). Ajoutons que James Glickenhaus (réalisateur de The Exterminator et Blue-Jean Cop) est le producteur exécutif de Maniac Cop, une fonction qu’il remplira aussi sur certains projets de Frank Henenlotter : Basket Case 2 (1990), Frankenhooker (1990) et Basket Case 3 (1991). La grande famille de Big Apple, on vous dit !

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Festival de trognes

Maniac Cop se repose sur des gueules plus ou moins burinées et chères aux amateurs de cinéma de genre : le grisonnant Tom Atkins (Fog, New York 1997), l’icône de la blaxploitation Richard Roundtree (Shaft en personne !), Bruce Campbell (Evil Dead, Bubba Ho-Tep), William Smith (Fast Company, Conan le barbare) et Robert Z’Dar (Tango & Cash, Samurai Cop), sans oublier Laurene Landon (Hundra, La vengeance des monstres), l’atout charme numéro un du film (à l’époque, elle n’avait pas encore trop cédé à l’appel du bistouri…). Tous ces noms forment un casting hétéroclite et haut en couleur, qui fait toute la saveur du récit des exactions de Matt Cordell.

L’attrait pour le surnaturel

Certes, l’imposante stature de Robert Z’Dar et son visage si atypique (proéminant et anguleux) sont déjà de nature à faire baisser les yeux, mais Lustig se plaît à nimber chaque apparition de Cordell d’une aura fantastique, qui en font une sorte de « boogeyman surnaturel » à la Michael Myers (tueur mutique de la saga Halloween). On connaît tout autant l’amour du cinéaste pour l’horreur la plus graphique que pour l’épouvante gothique, ce n’est donc guère une surprise de constater que la genèse du bad guy en képi et son martyr à Sing Sing l’érigent un peu en égal des grandes créatures du bestiaire classique (Frankenstein, le Loup-garou, …). Car oui, souvent, on ne naît pas monstre ; on le devient.

Espérons que tout cela vous aura donné envie de (re)voir Maniac Cop, un B movie comme on n’en fait plus… parole de vieux con ! En sus, vous pourrez vous délecter d’un caméo de Sam Raimi dans la peau d’un journaliste du JT.

Maniac Cop (1988) de William Lustig, avec Tom Atkins, Bruce Campbell, Laurene Landon, Richard Roundtree, William Smith et Robert Z’Dar.

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A propos de Alan

Alan Deprez était un môme étrange, à l'imagination débordante et souvent prisonnier de son monde intérieur. Le cinéma fantastique et d'horreur - bientôt rejoint par les films asiatiques, bis, érotiques et pornographiques - se sont dressés en piliers de sa cinéphilie, construite face à la petite lucarne et au vidéoclub de son quartier. Depuis lors, il partage son temps entre les plateaux (plusieurs clips et courts-métrages à son actif, dont Erotomania - hommage enamouré aux romans pornos de la Nikkatsu - et Cruelle est la nuit, un home invasion décalé, 100 % pur belge) et son activité de journaliste, chroniqueur et critique cinéma. Après avoir prêté sa plume aux magazines Hot Vidéo ou Metaluna, et rédigé toute une série de critiques pour L'Encyclopédie des longs-métrages français de fiction 1929-1979 coordonnée par Armel De Lorme, il n'en est évidemment pas resté là. Il écrit régulièrement pour le site du magazine Lui, mais aussi pour la revue culturelle Vivre Paris et, plus ponctuellement, pour le magazine Mad Movies. Sans oublier sa participation habituelle au semestriel CinémagFantastique, via quelques chroniques et en taulier de la rubrique rose Le Loup derrière la Bergerie. Mais ce n'est pas tout, car Alan contribue aussi aux fanzines « historiques » Médusa et Darkness, respectivement dédiés au Bis et à la censure cinématographique.

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