Retour vers le Feffs 2017 : déceptions & kaléidoscope


Parfois le FEFFS offre son lot de déceptions. Il y en avait deux à mon goût cette année.

La première est une semi-déception. Il s’agit de Lowlife de Ryan Prows. Premier essai pour son réalisateur, le film raconte l’histoire de plusieurs protagonistes plus ou moins délirants, liés tous ensemble par le personnage joué par Mark Burnham (trafiquant d’organes et magouilleur en tout genre). Le dispositif m’a semblé vu et revu. Le film s’organise en chapitres, qui correspondent au point de vue de chacun. Les personnages ne sont pas assez fouillés même s’ils se retrouvent dans des situations plutôt cocasses. Il est difficile de ne pas penser au jeune homme sorti de prison avec une croix gammée sur le visage, ce qui permet au film de retrouver un nouveau souffle dans la dernière partie du film. Le seul point positif est Mark Burnham. Acteur adoré de Quentin Dupieux, il incarne ici une sombre crapule sans scrupules. Les autres semblent bien fadasses face à lui. De plus, la mise en scène et la musique n’ont pas retenu mon attention. Dommage pour un midnight movie !

Pour la petite histoire, le film a été trop vendu au public par un animateur du FEFFS pendant plus de 5 minutes. Ne pas SPOILER avant les films (ou les expliquer) me semble définitivement nécessaire.

L’autre (vraie) déception est Thelma de Joachim Trier. 31 août avait été une claque pour moi, véritable road trip de nuit à Oslo. Tellement beau et simple. Back home, sorti en 2015, était aussi une réussite. Le film était porté par d’excellents acteurs (Jesse Eisenberg et Isabelle Huppert notamment) pour évoquer un drame familial.

Pour son troisième long-métrage, Joachim Trier s’est lancé dans le film fantastique. Cinéphile, le norvégien renoue un peu avec la figure de l’enfant maudit (des années 1970), qui aurait grandi et serait devenue une jeune fille plutôt sympathique de prime abord. La première scène est impressionnante : une fille et son père chassent dans la forêt en Scandinavie. Il fait froid, le paysage est immaculé, recouvert d’une neige vierge. Le père voit un cerf et le spectateur croit qu’il le met en joue…Erreur ! C’est sa fille qu’il vise sciemment dans le dos. Le film expliquera évidemment ce geste. Une autre scène reprend un moment célèbre de The conversation de Coppola avec un plan d’ensemble où l’on suit des personnages. Ici, le réalisateur s’attachera à une étudiante. On comprend vite qu’elle est la petite fille du départ (on voit le père lors d’un appel téléphonique) et le spectateur a beaucoup de mal à s’attacher à ce personnage ou du moins à le comprendre (elle serait dotée de pouvoirs maléfiques).

La mise en scène est plutôt lisse et lourde. Ce qui n’est pas habituel chez Joachim Trier, plus en verve dans ces deux précédents opus. Il signifie bien au spectateur que quelque chose cloche chez elle, sans donner des explications. Cependant, lorsqu’il en donne à la fin, on découvre sans surprise qu’un drame familial est au cœur de la malédiction. La fin est tout bonnement peu intéressante car le réalisateur n’a pas réussi à nous identifier à son personnage principal. L’ensemble paraît bien fade par rapport aux ambitions de l’auteur. Grosse déception pour ma part car le film ne m’a pas touché et m’a semblé bien vain, sans message (pourquoi pas) mais surtout sans réelle idée de mise en scène et avec un scénario peu inspiré. Ce réalisateur m’avait tellement marqué qu’il est difficile de ne pas voir ici une erreur de parcours. Je vais de ce pas m’acheter le DVD de 31 août pour revoir un des films de l’année 2011.

 

Kaleidoscope de Rupert Jones

Carl, interprété par l’excellent Toby Jones, est un homme timide, introverti et solitaire. Après une soirée passée avec une jeune femme, celle-ci disparaît. Carl va chercher au fond de sa mémoire ce qui s’est passé durant cette soirée. Une autre femme va apparaître durant cette recherche : sa mère.

Cette œuvre originale (au titre qui l’est tout autant) réunit deux frères : Rupert et Toby Jones. Le premier n’est pas très connu. Il a beaucoup travaillé à la TV et fait quelques courts-métrages. Il a co-réalisé The answer to everything en 2013. Toby Jones est quant à lui bien plus célèbre : méchant emblématique dans Sherlock, interprète de Truman Capote ou ingénieur son dans Berberian sound studio, sa palette d’acteur est très large aussi bien au cinéma qu’à la télévision. Le travail des deux frangins a permis l’élaboration d’une ouvre vraiment peu commune.

Le film est à l’image de son titre : labyrinthique et fragmenté. La mise en scène et le scénario de Rupert Jones vont servir ce titre qui résume très bien l’intrigue. Cette notion de kaléidoscope est présente partout. Les premières scènes sont très explicites. Le réveil de Carl au petit matin est digne d’un tableau de Hopper. Solitude d’un homme dans son petit appartement où apparaît un rai de lumière à travers le salon. Solitude amplifiée par la disparition d’une jeune femme qu’il semble connaître. La seconde scène est déjà un début d’explication à cette disparition. Puis : retour à ce que le spectateur peut appeler le lendemain. Complexe et passionnant dispositif mis en place par le réalisateur qui veut nous faire entrer dans un esprit malade, en alternant réalité et imagination de Carl. Tout est fait pour nous perdre et l’objectif est atteint. Carl est tout aussi perdu dans la cité où il habite, véritable labyrinthe architectural à l’image de son cerveau. La caméra est toujours placée de telle sorte qu’il est difficile de repérer le personnage principal dans le champ (plongée vertigineuse dans les escaliers de son immeuble, plan d’ensemble sur la façade de la cité où Carl est à peine visible).

Cependant, sans Toby Jones, impossible de rendre ce projet intéressant. L’acteur est effrayant dans ce film. Impossible de savoir qui il est et ce qu’il a fait, jusque dans les derniers instants. Il joue à la perfection ce petit homme solitaire anglais sans histoire et qui semble n’avoir aucune émotion…mais qui peut à tout moment exploser littéralement dans une violence indicible. Ce personnage torturé prend chair grâce au jeu subtil de Toby Jones et à son physique particulier. Il est très proche du personnage d’ingénieur son qui découvre l’Italie dans Berberian sound studio. Là aussi, le personnage s’enferme dans un monde intérieur où il semble totalement perdre pied (devient-il fou ?).

Kaléidoscope est un film qui va au-delà de Berberian sound studio car les frères Jones décrivent ce à quoi ressemble et à quoi peut mener la solitude. Ils montrent qu’il est difficile de faire face à la réalité, tant il est compliqué d’être seul dans un monde ultra-connecté. Fable très contemporaine, tragique et très belle sur le plan esthétique, il faudra vous rendre dans les salles pour voir cette petite pépite anglaise et revoir Berberian sound studio si vous doutiez du talent de Toby Jones.


A propos de Mister K.

Adorateur de Jean - Pierre Dionnet et des ses émissions cultes Cinéma de quartier et Quartier interdit, Mister K. aime le cinéma bis. Râleur et amateur de sensations fortes au cinéma (Anthropophagous entre autres), il viendrait d’une contrée lointaine (chère à Marine Le Pen) appelée Haute - Marne.

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